Insécurité : Le dysfonctionnement entre Yark et Massina fait l’affaire des braqueurs

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Les braquages avec des armes de guerre suivis de mort d’homme sont devenus un phénomène banal à Lomé et dans certaines localités à l’intérieur du pays. Il ne se passe de semaine où les opérateurs économiques ne soient victimes de curieux malfrats qui opèrent au nez et à la barbe des forces de sécurité. Le dernier fait d’arme de ces individus qui, visiblement, sont en territoire conquis, est le braquage d’un commerçant aux feux tricolores du marché d’Amoutivé mercredi en plein jour au cœur de la capitale. Et comme toujours, ils se sont évaporés dans la nature avant l’arrivée de l’unité spéciale de la police nationale ( GIPN ).

Le constat de la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire nous renseigne davantage sur les faits. Extrait : « Après avoir collecté une somme de cent vingt-deux millions huit cent soixante-huit mille cent soixante-quinze francs (122 868 175 F CFA) auprès de deux commerçants au grand marché de Lomé, la victime se rendait à l’aéroport international Gnassingbé Eyadema à bord de son véhicule Toyota Starlett immatriculé TG-5888-AL pour convoyer ladite somme en Chine. Chemin faisant et arrivé à hauteur des feux tricolores du marché d’Amoutivé, un binôme non identifié armé d’un FAC et à dos d’une moto de plaque d’immatriculation ghanéenne a profité de l’arrêt de la victime aux feux rouge, pour la bloquer.

Instantanément, le remorqué est descendu et a ouvert le feu sur les pneus de la voiture et le second malfrat conducteur de la moto a ouvert les portières de la voiture, l’a fouillé et a retrouvé sous le siège chauffeur la sacoche contenant la somme d’argent ». L’identité de la victime est mentionné et à la fin du rapport, il a été indiqué « une enquête est ouverte ».

L’ouverture des enquêtes sans suite au Togo est deveneu tout aussi curieuse que les braquages. Sinon comment comprendre que depuis la vague des braquages de l’aéroport de Lomé, l’assassinat à Baguida du promoteur de la société La Roche, les braquages répétitifs au grand marché de Lomé, dans la ville et à l’intérieur du pays n’ont jamais connu de résultats. Comment dans un pays aussi militarisé où les forces de l’ordre et les militaires sont capables de détecter la moindre idée ou activité politique contre le régime, sont incapables de mettre la main sur des braqueurs qui jouent au Far West en plein jour?

Les fameuses enquêtes, tout comme les nouveaux dispositifs déployés par le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile ne sont en réalité que de la poudre aux yeux. Ils sont finalement nombreux, ces Togolais et même étrangers qui pensent ou sont même convaincus que ces braquages ne sont pas le fait de simples individus.

Dysfonctionnements dans l’appareil sécuritaire

Si les braqueurs sont en territoire conquis, c’est que le système sécuritaire a des failles. Pour comprendre les réalités du moment, il faut analyser les relations entre le Directeur de la Gendarmerie nationale et le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile. Le Général Yark Damehame et le Colonel Alex Yotroféi Massina ne sont pas les meilleurs amis du monde. Ce n’est pas un secret, les deux hommes se détestent à mort. Du coup, lorsque le second, précédemment connu à l’ANR (Agence nationale de renseignement) prend les commandes de la Gendarmerie, son premier réflexe est de mettre à l’écart tous ceux qui sont supposés être les hommes du ministre.

Mieux pour être chef incontesté de la Gendarmerie, il a créé une structure dans laquelle il a parqué la plupart des officiers supérieurs (commandants, colonels) qui passent leur temps dans un bureau à tourner les pouces. Pendant ce temps, des jeunes sans aucune expérience sont promus sur le terrain et même parfois certains éléments retraités sont rappelés sur la base de contrats pour être opérationnel.

Il faut ajouter à tout ceci l’intégration de plus en plus des fantassins dans la Gendarmerie. Même les missions à l’extérieur sont suspendues. Conséquence, le moral des troupes est bas, manque de motivation, méfiance entre frère d’armes pour éviter les délations. Les relations tumultueuses entre les deux hommes ont obligé le ministre de la Sécurité à se rabattre uniquement sur la Police ou parfois sur certains gendarmes qui lui sont restés fidèles. Or au sein de la Police, tout n’est pas rose non plus. Les conditions de travail de ce corps sont de plus en plus difficiles. Cela fait plusieurs années que les policiers attendent le décret d’application du statut général de la Police nationale adopté en conseil des ministres.

Le manque de plan de carrière, les conditions de travail très difficiles, la sur -exploitation des effectifs, les salaires de misère sont de plus en plus intenables. Lorsqu’au sein d’un appareil sécuritaire, le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile et le Directeur de la Gendarmerie nationale qui est sous ses ordres ne peuvent pas parler le même langage, pire, se regardent en chien de faïence, il est indéniable que le dispositif soit en faillite et que les braqueurs en profitent. Dans un scénario « complotiste », il n’est pas exclu que certains actes soit posés sur le terrain dans le but de fragiliser le dispositif mis en place, d’où la question sur la vraie identité des braqueurs.

Le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile n’est pas un inconnu au Togo, surtout en matière de zèle et de répression. Le Directeur de la gendarmerie nationale est également du même ADN. Des relations tumultueuses entre ces deux personnes ne peuvent déboucher que sur une insécurité des citoyens, surtout dans un système mafieux comme celui du RPT-UNIR où tous les coups sont permis.

Il urge de revoir le plus tôt possible le fonctionnement de la Police et de la Gendarmerie en améliorant non seulement les conditions de travail des hommes et femmes en termes d’infrastructures, de moyens, de salaires, mais aussi revoir le management à la tête de ces deux structures. Malheureusement au sommet de l’Etat, dans une logique de conservation du pouvoir, on aime bien diviser et opposer les chefs corps que de les voir unis. Et c’est bien triste.
 
source : L’Alternative
 

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