Interview de Jean Kissi du CAR : « Le recensement a-t-il vraiment commencé ? Non… les opérations n’ont véritablement pas pu démarrer à la fin de la première journée »

0
255

jean-kissi-500


Le recensement électoral a commencé dans la zone 1 depuis le 15 mars dernier. Comment les acteurs politiques apprécient-ils le processus ? Jean Kissi, Secrétaire général du Comité d’action pour le renouveau (CAR) et Secrétaire exécutif de la Coalition arc-en-ciel se prononce sur le sujet.
 
« Selon les rapports que nous avons reçus, tout au long de la journée du 15 mars dans plusieurs préfectures, les populations se sont rendues massivement dans les centres de recensement pour découvrir que le matériel n’est même pas déployé. Dans plusieurs localités les opérateurs de saisie ont refusé de travailler en signe de protestation contre les conditions dans lesquelles ils ont été déployés sur le terrain », rapporte Jean Kissi actuellement aux États-Unis pour une session de formation. Lire l’entretien
 
Afreepress : Quelle appréciation faites-vous du recensement électoral qui a commencé le 15 mars dernier ?
 
Jean KISSI : Le recensement a-t-il vraiment commencé ? Non, le processus a été lancé par la CENI boiteuse de Mme Aguigah, mais les opérations n’ont véritablement pas pu démarrer à la fin de la première journée. Selon les rapports que nous avons reçus, tout au long de la journée du 15 mars dans plusieurs préfectures, les populations se sont rendues massivement dans les centres de recensement pour découvrir que le matériel n’est même pas déployé. Dans plusieurs localités les opérateurs de saisie ont refusé de travailler en signe de protestation contre les conditions dans lesquelles ils ont été déployés sur le terrain.
 
Afreepress : La CENI a pourtant rendu public les conditions de traitement de ces opérateurs, votre critique n’est-elle pas purement politicienne ?
 
Jean KISSI : N’est-ce pas parce qu’il y a de la grogne sur le terrain que la CENI a finalement réagi par ce communiqué ? Comment pouvez-vous comprendre que ces agents recrutés par la CENI soient pour la plupart d’entre eux sur le terrain depuis le samedi 9 mars sans savoir ou loger ni quoi manger ?
 
Revenons au communiqué, si on peut comprendre que compte tenu de leurs niveaux de compétence, les agents techniques perçoivent un peu plus d’indemnités que les opérateurs de saisie, quelle est cette inégalité pernicieuse qui veut que les opérateurs de saisie se logent a 2000 F CFA la nuit contre 5000 F pour les techniciens. N’ont-ils pas tous besoin d’être dans une forme de santé physique correcte pour bien faire le travail ? De plus, pour des gens qui vont en mission pour une Institution de l’État, de l’Ogou jusque dans le Grand Nord du pays, pourquoi leur transport n’est-il pas organisé en groupe ? Partir ainsi chacun de son côté et dans l’anonymat, si l’un d’entre eux faisait un accident en route ou tombait gravement malade, comment la CENI le saurait-elle ? C’est irresponsable et abominable.
 
Afreepress : Tel que vous décrivez les choses, on a l’impression que tout est faussé. Pourquoi ne regagnez-vous pas vos places au sein de cette institution ?
 
Jean KISSI : Est-ce que vous, vous arrivez à comprendre les gens de l’actuelle coalition gouvernementale qui se sont accaparés de la CENI comme un bien personnel alors que les Accords et lois que nous avons prescrivent une CENI équilibrée entre la majorité qui gouverne et l’opposition ? Pourquoi ont-ils fait main-basse sur toutes les structures et pourquoi s’enfoncent-ils dans la précipitation ? Allez-y comprendre.
 
Ces gens ont une majorité mécanique pendant cinq ans sans pouvoir, malgré leurs propres engagements et les appels répétitifs de l’opposition, accepter un dialogue franc et sincère pour trouver un consensus pour l’organisation des élections. Voyez là où on en est, à ridiculiser notre pays avec une équipe de la CENI qui étale aux yeux des partenaires et de la communauté internationale tout entière sa médiocrité et son incapacité chronique à organiser un bon recensement électoral.
 
Afreepress : Mais le Togo ne doit pas vous attendre jusqu’à l’éternité, il y a un délai constitutionnel qu’il faut tenir.
 
Jean KISSI : Délai, vous parlez de quel délai ? Sommes-nous encore dans une question de délai ? S’ils ont le don de disparition pour se transformer en homme invisible et aller attraper dans l’irréel, les prétendus pyromanes du grand marché ont-ils aussi le don de ramener ou de ressusciter le passé pour se retrouver dans le délai ? Si c’est le cas, pourquoi ne le feront-ils pas pour les élections les plus importantes qui sont les locales ? Ou bien, n’est-ce pas aussi un devoir régalien pour l’État d’organiser des élections locales ? Et entre les locales et les législatives : lesquelles sont les plus assorties de délai ?
 
Moi je suis en route pour l’Europe et les États-Unis dans le cadre d’un programme du Département d’État et je vais avoir la chance de tomber sur des élus locaux et des organismes qui travaillent sur le développement des structures décentralisées, mais la coopération décentralisée ne se faisant qu’avec des représentants élus, le Togo ayant des délégués spéciaux vieux de plus de 20 ans à la place des élus locaux, il va y avoir des difficultés a discuter avec ces gens d’opportunité de coopération décentralisée pour les collectivités du Togo.
 
N’est-ce pas méchant de la part du régime qui a maintenu le pays dans le système de Délégation spéciale jusqu’à présent ? Vous connaissez probablement l’histoire récente d’un colloque international sur la gestion des collectivités locales ou les organisateurs ont dit aux représentants togolais qu’ils n’ont pas leur place dans lesdites assises parce qu’ils n’ont pas le mandat des électeurs ! Même si le ridicule ne tue pas les gens du pouvoir, au moins que la honte les fasse réagir dans le sens de l’évolution du monde.
 
Propos recueillis par Bernard A.
 
afreepress
 

Laisser un commentaire