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Interview du Directeur exécutif de « Lungi à Jamais » Habib Amouzou : « Aujourd’hui, nous faisons tout pour rendre hommage à nos parents »

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Le 3 juin 2007, se produisit le crash de Lungi en Sierra Leone dans lequel 13 Togolais perdirent la vie après un match des éliminatoires de la CAN 2008. Presque 13 ans après ce drame, les familles de ces victimes continuent de réclamer justice. Elles ont assigné en justice début décembre la Confédération africaine de football (CAF), la Fédération togolaise de football (FTF) et la Sierra leone football association. Selon la requête, ces trois entités sont appelées à comparaître le 25 février prochain devant le Tribunal de première instance de Lomé. Pour obtenir réparation des préjudices subis, ces ayants-droit réclament chaqu’un quatre-vingt-un millions huit cent trente-sept mille deux cent soixante-onze (81.837.271) de FCFA, soit au total d’un milliard soixante-trois millions huit cent quatre-vingt-quatre mille cinq cent vingt-trois (1.063.884.523) pour l’ensemble des treize (13) demandeurs. Habib Amouzou, époux de la victime Olive Mensah, et Directeur exécutif de ‘’Lungi à Jamais’’, dans l’interview ci-après, explique à L’Alternative les contours de cette assignation.

Comment vivez-vous aujourd’hui, une douzaine d’années après le drame de Lungi ?

Aujourd’hui, nous avons commencé par prendre conscience de l’importance de ce drame qui n’est pas seulement personnel, mais national. C’est vrai qu’aux premières heures, on était dans la passion, ce qui a fait que nous n’avons pas été assez objectifs dans les démarches que nous devons mener. Mais aujourd’hui, nous faisons tout pour rendre hommage à nos parents disparus pour le football togolais. Je dirai tout simplement que nous vivons avec cette douleur, mais elle nous permet d’honorer la mémoire de nos parents.

Q u ’ a v e z – v o u s ressentis tout juste après l’annonce de la triste nouvelle ?

C’est vrai que cela fait 12 ans que les souvenirs ne sont plus très exacts dans nos têtes. Mais je me rappelle tout simplement que nous avons été informés de l’accident par un confrère un petit matin. Nous savions qu’on y était impliqués puisque nous avons nos parents parmi la délégation qui a fait le voyage. On l’a mal vécu parce que c’était un choc. Nous ne savions plus exactement ce qu’on faisait. C’est avec le recul qu’on se rend compte qu’on avait besoin d’un accompagnement psychologique. Ce soutien nous a manqué. Ce qui a permis que certaines choses nous soient arrivées. Nous avons très, très mal vécu cette période-là.

Est -c e q u e les autorités togolaises vous ont soutenu ?

Quand vous dites soutenir, oui je peux le dire parce que le chef de l’Etat avait octroyé deux (2) millions de FCFA à chaque famille pour faire les funérailles. En plus il y avait eu un problème d’assurance. Les personnes qui étaient en déplacement n’étaient pas toutes assurées. Il n’y avait que cinq (5) personnes assurées. Le chef de l’Etat était encore intervenu pour la deuxième fois pour qu’il n’y ait pas de disparité dans le deuil, c’est à-dire payer les frais d’assurance de ceux qui, initialement, ne l’étaient pas. Quand nous étions en train de travailler avec notre premier conseil, le chef de l’Etat était informé. J’évoque encore son nom parce qu’il a donné des instructions pour que nous puissions trouver un accord, un règlement à l’amiable avec l’Etat sierra-léonais qui était fautif. Voilà pour l’essentiel des soutiens que nous avons eus des autorités. Nous avons de bonnes relations, avec la Fédération togolaise de football (FTF). Aujourd’hui nous commençons à lier de bonnes relations avec le président du CNOT, Azaad Kelani Bayor. En ce qui concerne le ministère des Sports, je ne peux pas parler de bonnes relations parce qu’il y a trop de promesses non tenues. On ne sait pas exactement pour qui le ministère roule. Nos relations avec le ministère des Sports ne sont pas au beau fixe.

Dans ce contexte, est-ce que  vous avez eu des nouvelles de la Confédération africaine de football ? Aucune nouvelle directe de la CAF. Même au lendemain du crash, ne serait-ce qu’une lettre de condoléances n’a été envoyée par l’instance continentale. Maintenant, je suis sûr que dans les jours à venir, nous aurons des nouvelles de la CAF puisqu’elle a été assignée au même titre que la Fédération sierra-léonaise de football et la FTF au parquet de Lomé. Nous aurons forcement de leurs nouvelles dans les jours à venir.

Pourquoi avoir attendu une douzaine d’années avant d’intenter une action en justice ?

Nous avons voulu être de bons élèves et de bons enfants, vu que nous sommes dans un processus de règlement à l’amiable qui avait été d’ailleurs proposé par l’Etat de la Sierra Leone. On attendait à ce que ce règlement puisse aboutir. Mais notre surprise a été grande quand on s’est rendu compte que l’Etat sierra léonais s’en foutait éperdument des victimes togolaises. On a constaté que cet accord n’a pas été respecté. Nous le dénonçons. Et nous allons maintenant devant les juridictions pour que ce problème puisse se régler une fois pour de bon.

Que contient cet accord à l’amiable ?

 Les ayants-droit de chaque victime devraient recevoir cent mille (100.000) dollars. La moitié dès la signature de l’accord, le reste payable deux fois dans les six (6) mois suivant l’accord. Là on est en 2020. Il y a la première moitié qui a été payée moins une victime. Il y a eu 13 victimes togolaises. La Sierra Leone avait envoyé la première moitié pour 12 personnes. On ne sait pas pourquoi. Nous étions en collectif à l’époque et nous avons procédé de manière à ce que tout le monde touche quelque chose de sorte que lorsque les derniers règlements vont se faire, le tort causé à la 13è victime puisse être réparée. Pour l’Etat sierra-léonais c’est un acompte et un règlement définitif. On s’est dit que ce n’est pas sérieux.

Que reprochez-vous à la Fédération togolaise de football puisqu’elle est aussi assignée en justice ?

  La FTF est coorganisatrice de la rencontre à l’issue de laquelle il y a eu le crash, au même titre que la Fédération sierra-léonaise de football. N’oublions pas que ce match rentrait dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2008. La Confédération africaine de football est également co-organisatrice. Normalement, dans ces genres de choses, les organisateurs doivent prendre toutes les dispositions pour assurer un minimum de sécurité à toutes les personnes qui y prennent part. Et je pense que vous devez le constater, la mesure de sécurité a fait défaut et cela a causé des pertes en vies humaines.

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