Interview / Père Marie Chanel Affognon : « Seul Dieu a un pouvoir absolu et éternel, même les pouvoirs les plus absolus finissent un jour (…) »

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Père Pierre-Marie Charnel Affognon
Père Pierre-Marie Charnel Affognon

La situation politique post-électorale ne laisse personne indifférent. Dans une interview qu’il nous a accordée, le Révérend Père Pierre Marie Chanel Affognon,  prêtre et citoyen engagé en parle et apprécie également les démarches de médiation initiées par les responsables des églises : catholique, méthodiste et évangélique presbytérienne. Il évoque son engagement en tant que citoyen, le sort des enseignants volontaires catholiques… Le ministre du Christ nous fait également part de ses espoirs.

2020 se révèle une occasion de plus manquée pour l’alternance au Togo. Faure Gnassingbé a prêté serment dimanche pour un nouveau mandat. Peut-on dire que le vin est tiré et il faut le boire ?

Je ne saurais le dire (…) Dans tous les cas, nous sommes un peuple en marche et le désir le plus profond de tout Togolais est de vivre  dans un pays prospère, où le bonheur est partagé entre tous. C’est ce que nos aïeux ont appelé le Togo, l’Or de l’Humanité. Est-ce que la prestation de serment de Monsieur Faure Gnassingbé nous permet d’être plus proche de cet idéal qui est au fondement de notre Nation, c’est-à-dire faire du Togo l’Or de l’Humanité ? Je crois que chaque Togolais, devant Dieu et devant sa conscience, pourra répondre.

Comment appréciez-vous les résultats officiels rendus publics par la CENI et la Cour constitutionnelle?

            Je n’ai rien d’autre à dire, si ce n’est ce que la Conférence des Evêques du Togo a déjà exprimé dans son communiqué par rapport à ces résultats. En effet, les évêques déclaraient que, la main sur la conscience, ils ne peuvent pas dire que cette élection a été transparente. Je crois que depuis le Chef de l’Etat lui-même, passant par les membres de la CENI, la Cour Constitutionnelle, les candidats à cette élection et l’ensemble des électeurs, chacun doit se tenir sincèrement devant Dieu et devant sa conscience pour répondre à la question suivante : L’élection présidentielle de 2020 a-t-elle été libre, transparente et crédible ? A chacun de répondre car on peut mentir ou dire la vérité, mais à Dieu et à sa conscience, les deux ne peuvent jamais tenir ensemble.

D’aucuns accusent le pouvoir en place, d’autres l’opposition, de ce nième échec de l’alternance. A qui réellement la faute ?

Je ne sais pas s’il faudrait chercher un coupable en disant la faute est au pouvoir ou aux partis politiques communément appelés de l’opposition, ou même aux populations togolaises. Je préfère reconnaitre qu’il y a ici une volonté claire de se maintenir au pouvoir qu’on ne peut pas ignorer ou passer sous silence, et ensuite un désir de conquérir le pouvoir qui, de part et d’autre, ne met pas nécessairement au cœur des stratégies de conservation ou de conquête du pouvoir la volonté du peuple qui, normalement, est souveraine et précède toute conception du pouvoir politique en démocratie. C’est cela qui est dommage et qu’il faut déplorer. Si le peuple est vraiment souverain, chaque acteur politique devrait jouer un franc jeu pour reconnaitre l’expression dudit peuple et arriver à la prouver à temps et à contretemps, contre vents et marées. Cela n’est pas malheureusement le cas. Du coup, le peuple est comme laissé à lui-même, et ne peut pas se prononcer valablement par rapport à cette élection avec preuve à l’appui, et c’est vraiment dommage.

La société civile, elle autre, a-t-elle suffisamment joué sa partition ?

Je crois que la mission d’une société civile, c’est d’être du côté des populations pour porter leurs aspirations en organisant la veille citoyenne et en travaillant pour l’éveil des citoyens par rapport aux questions qui touchent au vivre-ensemble en société.

La société civile togolaise a-t-elle suffisamment fait sa part ? Oui et non. Oui, parce que je crois que chaque organisation a essayé de faire sa part. Non, parce que la société civile dans sa diversité et son organisation est malheureusement très influencée par les acteurs ou les tendances politiques au point où on peut se demander si elle est vraiment libre pour être l’organisation qui défend, à temps et à contretemps, les aspirations profondes du peuple. Vous le savez, il suffit de tenir un discours axé sur la justice sociale et les valeurs démocratiques pour qu’une organisation de la société soit qualifiée de l’opposition, et de défendre une action du pouvoir en place pour être taxée de société civile pro-pouvoir. Malheureusement, cette situation est même normalisée (sic) au cœur d’institutions de la République comme la CENI, où on va avoir des représentants de la société civile pro-opposition et  pro-parti au pouvoir. Ainsi la réalité politique de notre pays affecte sérieusement les actions et l’organisation de la société civile togolaise, sans compter le pouvoir manipulateur de l’argent ainsi que le rétrécissement des libertés…

Cela dit, je crois quand même que ces organisations ont essayé de faire de leur mieux. Comme vous le savez, le gouvernement a refusé l’observation des élections à deux organisations de la société civile. On aurait dû les laisser observer l’élection que ce conflit postélectoral, peut-être, serait évité puisque ces organisations pourraient aussi partager à qui de droit ce qu’elles ont pu observer, même s’il est vrai que ce n’est pas à elles que revient le droit de proclamer les résultats. Si le respect de la volonté populaire était réel, on aurait pu éviter cette crise postélectorale. En effet, les structures en charge des élections auraient pu suivre simplement le conseil des chancelleries ou ambassades dont celle des Etats-Unis qui a proposé de recompter les voix, bureau de vote par bureau de vote. Malheureusement, cela n’a pas été fait. La société civile, du moins certaines de ses organisations avaient déjà demandé bien avant l’élection, qu’on puisse proclamer les résultats ou les rendre disponibles bureau de vote par bureau de vote. Souvent, la société civile n’est pas écoutée dans notre pays parce que nous sommes dans une logique de conservation du pouvoir et d’intérêts politiques égoïstes ; ce qui fait qu’elle a beau parler, ce qu’elle dit n’intéresse pas nécessairement les acteurs politiques qui ont d’autres agendas cachés et d’autres objectifs inavoués, avec beaucoup de manipulations des populations.

Quelle appréciation faites-vous de la contestation électorale et surtout du sort réservé à Agbéyomé Kodjo et ses collaborateurs ?

Comme je viens de le dire, on aurait pu éviter cette crise qui, malheureusement, pèse encore beaucoup sur la situation psychologique des citoyennes et des citoyens, sur le climat social et même sur les relations entre les différentes entités de la société togolaise sans compter les conséquences économiques. C’est vraiment dommage. Cette crise n’apporte rien aux Togolais qui sont déjà dans l’angoisse et la paupérisation aggravée avec la crise sanitaire du Covid-19. On aurait pu l’éviter, comme je le disais, en recomptant les voix puisque le candidat, Monsieur Gabriel Agbeyome estime avoir gagné l’élection, alors que la CENI a proclamé Monsieur Faure Gnassingbé comme vainqueur. Les résultats étant disponibles bureau de vote par bureau, la meilleure façon pour déceler le vrai du faux, la vérité du mensonge, aurait été de confronter ces preuves que sont les résultats de chaque bureau de vote, signés par les délégués des candidats et rendus publics pour les populations. Cela aurait suffi pour que toute Togolaise et tout Togolais puisse se positionner objectivement par rapport au vrai vainqueur de l’élection.

Les églises : catholiques, évangélique presbytérienne et méthodiste ont engagé des démarches pour une décrispation du climat politique. Voyez-vous une petite chance qu’elles aboutissent ?

Je remercie les responsables de nos églises chrétiennes : catholique, méthodiste et évangélique presbytérienne qui ont pris, à nouveau, à bras-le-corps le problème togolais, parce que ce n’est pas la première fois qu’elles initient des démarches de sortie de crise. Je les félicite et je suis de tout cœur avec eux en tant que prêtre et citoyen. Mes humbles prières accompagnent cette initiative. Merci à nos pères évêques, aux modérateurs des deux églises et à leurs collaborateurs immédiats. Maintenant, il faut de la bonne volonté de la part de nos acteurs politiques, de la part du pouvoir, de la part du candidat de la dynamique Mgr Kpodzro, du candidat d’UNIR, puisqu’en fait le bras de fer, si je peux ainsi parler, c’est entre le parti au pouvoir UNIR et la dynamique Kpodzro. Mais ce faisant en fait, il s’agit d’un combat plus profond, celui du peuple togolais pour l’alternance démocratique. On pourrait même dire que c’est un combat d’une part entre des filles et fils du Togo, qui sont dans la logique de la conservation du pouvoir, et d’autre part des filles et fils du Togo, qui pensent que pour le bien de la Nation, pour le bien de l’ensemble des citoyens, il faudrait aller vers l’alternance, parce que l’alternance est un principe démocratique.

Comme l’écrivaient les évêques dans leur lettre du 27 avril 2016, avant même d’être un principe démocratique, et donc un droit, l’alternance est liée au droit naturel. En fait, tout passe, seul Dieu est éternel et a un pouvoir absolu ; même les pouvoirs les plus absolus finissent un jour ; il n’y a rien d’éternel sur la terre. C’est ce que les évêques voulaient nous enseigner. Je crois qu’on doit intérioriser et vivre cette vérité élémentaire qui nous rappelle que rien n’est éternel. Héraclite, un présocratique, avait bien compris ça quand il disait : « Πάντα ῥεῖ / Pánta rheî)», tout coule, tout change. Le changement fait partie de la nature humaine, de toute réalité créée et qui par conséquent est temporelle et non éternelle. On a vu des pouvoirs absolus depuis l’antiquité, qu’on prenne le roi en Egypte antique ou l’empereur dans la Rome antique et même les rois dans les grands royaumes de l’Afrique, ils ont disparu. Nous devons avoir l’humilité d’intégrer l’alternance, c’est-à-dire le changement, non seulement comme un principe démocratique à respecter, mais aussi comme un fait incontournable, une nécessité du droit naturel.

Petite projection, comment entrevoyez-vous le 4e mandat de Faure Gnassingbé qui a officiellement démarré hier ?

Ne maitrisant pas l’avenir, parce que je ne suis pas un devin, je ne peux rien en dire. Mais je peux formuler le souhait que le Togo, la Terre de nos Aïeux, puisse faire des sauts qualitatifs par rapport à la vie des familles et des ménages, par rapport à la santé car pour le moment, la plupart des hôpitaux et des centres de santé sont délabrés et très loin des défis sanitaires du pays. Que l’éducation dans son ensemble, avec ses trois pôles, le public, le privé confessionnel et le privé laïc, bénéficie d’une bonne politique qui unisse davantage les efforts avec un appui conséquent à ce secteur capital, pour le présent et l’avenir de la Nation, en vue d’une éducation de qualité, accessible à tous dans la ligne des ODD 4. Comme vous le savez, notre pays a adhéré aux ODD. Que le respect des droits de l’Homme, la promotion de la justice sociale, de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance avec la reddition des comptes et une prise en compte sérieuse du citoyen dans la gestion de la cité puissent prendre forme.

En tout cas, nous attendons, nous prions, nous faisons notre part et nous laissons le temps au temps, pour ne pas dire au Maitre du temps qui est Dieu, puisque lui seul est tout-puissant et éternel.

Avec Mgr Kpodzro, vous faites partie des rares prêtres ou simplement hommes de Dieu engagés dans la bataille politique au Togo. Comment arrive-t-on à combiner ces deux statuts ?

En réalité mes prises de positions n’ont rien de politique, entendue comme désir de conquête et d’exercice du pouvoir ou de l’autorité politique. Mes prises de positions sont plutôt prophétiques parce que l’Eglise est prophétesse et doit annoncer la vérité en lien avec les valeurs du vivre-ensemble qui sont fondées sur la justice sociale, le bien commun, la solidarité, et tout ceci, en vue de la sauvegarde de la paix, du respect de la dignité de la personne humaine, du développement intégral de la société. Voilà pourquoi la définition que les évêques donnent de la politique, dans leur lettre précitée, me va très bien. En effet, dans ladite lettre, la politique est définie comme « faire son devoir citoyen ». J’essaie de faire simplement mon devoir citoyen et d’assumer la dimension prophétique de l’Eglise et enfin la mission du prêtre. A n’en point douter, le prêtre a trois missions : enseigner, sanctifier et gouverner le peuple de Dieu. Mes prises de positions livrent la doctrine sociale de l’Eglise et deviennent un enseignement et une interpellation aux laïcs catholiques ainsi qu’aux hommes et femmes de bonne volonté de notre société togolaise.

Je ne saurais me prononcer sur l’engagement de Mgr Kpodzro. Il s’agit là d’un charisme particulier que je respecte. Mais, je dois dirent qu’ils sont nombreux, les prêtres, et je crois qu’eux tous sont dans la ligne de l’Eglise que j’ai présentée préalablement. Car, du moment où le prêtre a pour mission d’enseigner la doctrine sociale de l’Eglise, il ne peut qu’accomplir cette mission. En enseignant, il révèle nécessairement Dieu et sa doctrine de la vie en société. Le prêtre dans le déploiement ordinaire de son ministère sacerdotal ne peut être que du côté de la justice sociale et vivre une citoyenneté responsable qui l’oppose au mensonge, à la violence, à toute violation des droits de l’Homme et à la corruption.

Un petit détour par le social.  Vous êtes le Directeur de l’Enseignement catholique et vous avez annoncé entre-temps qu’il n’y aura pas de salaire pour les enseignants volontaires catholiques en mai et juin. En ces temps de coronavirus, ça doit être dur à supporter pour ces instituteurs.

Effectivement, ce sont deux décisions concernant le personnel de l’enseignement catholique. La première dont personne ne parle, c’est la suspension des primes de fonction depuis le mois de mars 2020 à tous les responsables : directeurs diocésains, inspecteurs, conseillers pédagogiques, chefs d’établissements et directeurs d’écoles, afin que cet argent qui sera dégagé puisse servir à payer les enseignants volontaires pour le mois d’avril 2020. Tout le monde sait qu’à cause du Covid-19, nos écoles ont été d’abord fermées et ensuite le chef de l’Etat a décrété trois mois d’état d’urgence sanitaire. Ce sont ces décisions venant du gouvernement qui ont entrainé l’arrêt total des activités pédagogiques. Du coup, les enfants étant à la maison, le reste de l’écolage n’a pas pu être collecté. Or la deuxième décision qui touche les enseignants volontaires catholiques, concerne une catégorie d’enseignants payés exclusivement par les recettes des frais scolaires. Des efforts ont été déployés. Ainsi les mois de mars et avril 2020 ont été payés. Il faut reconnaitre que certains diocèses et établissements n’avaient même pas les moyens pour pouvoir payer la totalité du mois d’avril 2020 ; mais une solidarité interne a permis de le faire. La décision annonce que si la situation reste telle qu’elle est actuellement, les salaires des mois de mai et Juin 2020 ne pourront pas être payés. Je crois que la loi admet qu’en cas de graves difficultés financières, on puisse observer un chômage technique de deux mois. Cela est précédé de négociation avec les délégués syndicaux ou du personnel ainsi que de l’octroi des allocations et mesures compensatoires. C’est ce que nous avons fait et écrit en comptant soit sur la reprise normale de l’école, soit sur la solidarité nationale dont personne ne sera exclue, à en croire le chef de l’Etat.

Sur les réseaux sociaux, tout le monde se croit tout permis et même certaines presses en ligne vont dans ce sens, mais j’accueille tout cela et je les remercie. Je prie pour eux.

Il est vrai, on n’a pas enclenché véritablement un processus de chômage technique. Car nous ne maitrisons rien par rapport au Covid-19 qui est la cause de cette situation et nous espérons une amélioration rapide de la situation par la grâce de Dieu, les efforts du gouvernement et l’engagement de chacun. Cela dit, il est de notre responsabilité d’informer des responsables et collaborateurs de la situation et de leur dire notre incapacité à honorer les salaires des mois de mai et juin 2020. Pour le moment, on est à près de 25 jours de la fin du mois de mai et à 55 jours de la fin du mois de juin. Nous attendons simplement et nous continuons de prier et de faire notre part en comptant sur cette solidarité nationale et en poursuivant les rencontres avec les délégués syndicaux et du personnel pour voir ensemble ce qui concernerait les mesures compensatoires pour les deux mois. Et cela est écrit noir sur blanc dans la décision, mais personne n’en parle. Je pense qu’il y a que trois hypothèses : soit ceux qui font les commentaires sur les réseaux sociaux n’ont pas toute l’information et ne s’y connaissent pas. Si c’est le cas, nous les comprenons. Soit ce sont des gens qui ont quelque chose contre l’Eglise ou l’enseignement catholique et qui veulent rendre des coups, et là, nous l’accueillons en toute humilité, sachant que Dieu seul est juge. Ou encore c’est ma personne qui dérangerait et on aimerait s’attaquer à moi. Si c’est aussi le cas, nous ne pouvons que rendre grâce à Dieu puisque tout est grâce et prier pour toutes ces personnes. Car l’essentiel, c’est qu’avec les efforts des uns et des autres, ainsi qu’avec la grâce de Dieu, cette pandémie recule et que l’école reprenne le plus tôt possible, puisque si elle reprenait et l’écolage rentrait, la décision tomberait d’elle-même.

La lutte politique pour l’alternance au Togo se révèle finalement un travail de Sysiphe.

Personnellement, je ne lis pas l’histoire de mon peuple, de nos populations, de la Terre de nos Aïeux, en termes d’un travail de Sisyphe, comme un éternel recommencement…Pour moi, c’est l’histoire de notre peuple qui se déploie ainsi, avec les hommes et les femmes qui la font. La vraie question serait de savoir, en tant que citoyen, en tant qu’acteur politique, en tant que parti politique au pouvoir ou de l’opposition, bref en tant que citoyenne et citoyen, si je fais ma part. Qu’est-ce que j’apporte pour que soit laissée une histoire heureuse à la postérité afin que ce pays, voulu par nos aïeux comme l’Or de l’Humanité, puisse tendre véritablement vers là ?

Nous n’allons pas entrer dans l’histoire ni à reculons, ni avec des complexes. Je lance simplement un appel à un sursaut patriotique pour que ceux qui sont au pouvoir, tout comme les autres acteurs politiques, prennent de la hauteur pour entrer dans l’histoire de façon hautement positive afin que l’histoire puisse garder leurs noms comme auteurs du bonheur de notre peuple et non comme acteurs de son malheur. Car dans le second cas, ils auront marqué l’histoire négativement et ils y inscriront leurs noms comme promoteurs des malheurs du peuple dont ils sont des filles et des fils. Quelle auto-malédiction ! Que Dieu nous en garde. Donc, je ne suis pas dans la logique d’un travail de Sisyphe. Je suis plutôt dans celle où, comptant sur l’ensemble des filles et fils du pays comme frères et sœurs, les citoyens bâtissent ensemble un Togo nouveau et prospère pour tous. Par conséquent, il ne s’agit pas d’une histoire cyclique, mais plutôt linéaire parce qu’il y a un objectif clair : le bonheur partagé entre tous les Togolais sans distinction de lieu d’origine, de langue parlée ou de rang social.

Vous êtes à la tête de la Coordination des Forces Vives Espérance pour le Togo. Y a-t-il vraiment encore des raisons d’espérer ?

Oui, nous devons toujours espérer. Qui vit espère toujours. Se décourager et baisser les bras, c’est justement attirer sur soi et sur son peuple des heurts et des malheurs. Je veux vivre, prier et travailler pour ce Togo nouveau, ce Togo où le développement intégral sera réel et le bonheur partagé entre tous, afin que la misère recule et que la paupérisation galopante actuelle de nos populations, particulièrement des banlieues des villes et dans le milieu rural, cède le pas aux Togolais épanouis vivant dans un pays sans grande tension où la paix n’est pas un mot, mais devient une réalité, parce qu’on en a fait un comportement depuis le sommet de l’Etat et ceux qui incarnent l’autorité publique jusqu’au dernier citoyen.

Un message de fin ?

Je lance simplement un appel aux acteurs politiques, du parti au pouvoir tout comme de la dynamique Mgr Kpodzro, mais également aux autres partis politiques, à avoir un sursaut patriotique pour que dans la vérité et dans la justice, une solution politique soit trouvée à la crise actuelle et qu’on mette fin à tout ce qui est solution plus ou moins judiciaire et militaire en privilégiant plutôt la solution politique. Car le problème est politique. Je demande humblement la libération des prisonniers liés à cette crise. Le bien et le bonheur de nous tous, citoyennes et citoyens, Togolaises et Togolais, en dépend.

Je prie pour que notre pays, mon pays, aille mieux, que ses filles et fils arrêtent de se battre au sens négatif du terme, que la violence contre les citoyens prenne fin et qu’entre l’armée togolaise et les populations civiles, il y ait également une extraordinaire collaboration. Je prie aussi qu’entre le pouvoir et les citoyens, il y ait une confiance mutuelle et que finalement la vérité triomphe du mensonge, la justice de l’injustice, la tolérance de l’intolérance et que chaque Togolais, quelle que soit sa tendance politique, puisse comprendre et vivre une fois pour de bon dans la vérité selon laquelle le Togo est à nous tous. Comme patrimoine commun, il est indispensable que nous en prenions soin ensemble et que nous puissions bénéficier de son bonheur construit ensemble sans tyrannie. Car « que viennent les tyrans ton cœur soupire vers la LIBERTE…». Je vous remercie.

Propos recueillis par Tino Koss

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