Journée internationale de la femme : Transparency International appelle à rompre le silence sur l’extorsion sexuelle

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Briser le silence autour de la sextortion : les liens entre le pouvoir, le sexe et la corruption. Le titre du dernier rapport de Transparency international publié ce 05 mars 2020 à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme est évocateur. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits de la femme, l’ONG rapporte que l’extorsion sexuelle impacte le développement socio-économique des communautés. Elle appelle à en parler. 

Selon le rapport de l’ONG Transparency International, l’extorsion sexuelle ou «sextorsion» se produit lorsque ceux qui ont le pouvoir l’utilisent pour exploiter sexuellement ceux qui dépendent de ce pouvoir. Il s’agit d’une forme de corruption spécifiquement liée au sexe qui sévit dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement. Elle affecte tant les enfants que les adultes, les individus vulnérables (à l’instar des sans-papiers lors de la traversée des frontières) et les professionnels établis. « Alors que les preuves montrent que les femmes sont ciblées de manière disproportionnée, les hommes, les transgenres et les personnes non conformes au genre sont également touchés », précise le rapport.

Et l’exhortation de Trnasparency International à briser le silence sur le phénomène n’est pas le fruit d’un hasard. La sextorsion est depuis longtemps une forme silencieuse de corruption qui se cache à la vue de tous. Jusqu’à récemment, souligne le rapport, il n’a jamais été discuté ou reconnu comme un phénomène distinct dans le cadre de la corruption ou dans le cadre de la violence sexiste. « Faute de nom, la sextorsion est restée largement invisible et peu de projets de recherche, de lois ou de stratégies ont été élaborés pour y remédier. Les obstacles à la dénonciation de sextorsions et à l’obtention de recours effectifs ont en outre contribué à son profil bas », écrivent les auteurs du rapport.

En conséquence, les chercheurs n’ont pas posé aux survivants ou victimes les bonnes questions pour bien comprendre le phénomène. Il en est de même pour les systèmes statistiques qui ne disposent pas des catégories appropriées « pour enregistrer les quelques affaires portées devant les tribunaux et les plaintes ont été mal traitées. Le résultat a été que les survivants ou les victimes se sont en grande partie vu refuser la justice ».

Ainsi, l’objectif de ce rapport est d’évaluer l’état des connaissances sur les liens entre corruption et extorsion sexuelle. Il présente des preuves de la prévalence de la sextorsion ainsi que des cadres juridiques existants pour y faire face. Le rapport propose également des recommandations sur la manière de combattre le phénomène jugé inquiétant.

D’après les principales conclusions du rapport, la sextorsion se produit dans de nombreux secteurs, notamment l’éducation, la police, les tribunaux et la fonction publique. Elle peut toucher n’importe qui, mais elle cible de manière disproportionnée les personnes issues de groupes marginalisés et vulnérables. Le rapport fait état des nombreuses migrantes et réfugiées sans papiers contraintes par les autorités à payer un double pot-de-vin – monétaire et sexuel – en échange de nourriture, d’eau ou d’un abri.

L’autre fait révélé par le rapport est le caractère dévastateur de l’extorsion sexuelle. Pour Trnasparency International, bien que dévastatrice pour les victimes, la sextorsion n’a généralement pas été signalée, du fait de la stigmatisation sociale et des tabous culturels. « Il est souvent difficile de prouver qu’un acte sexuel a été contraint. Dans de nombreux cas, il n’y a pas de mécanismes de signalement sûrs et sensibles au genre qui peuvent fournir le soutien dont les victimes d’abus sexuels ont souvent besoin », indique le rapport.

Mais un handicap sérieux contraint les victimes au silence. C’est le risque d’être poursuivies en cas de dénonciation. Et le rapport relève que ceux qui prennent la parole peuvent également faire face à de graves risques de poursuites et même à des peines de prison, « car certains cadres juridiques considèrent les actes sexuels forcés comme des pots-de-vin volontairement payés. Aucun cadre juridique modèle n’a été identifié pour gérer correctement ce risque. Bien que l’impact et les coûts de la corruption et des abus sexuels aient été bien étudiés, l’impact de la sextorsion doit être davantage documenté », estime Transparency International.

Le rapport fait remarquer également que malgré les conséquences néfastes de la sextorsion, de nombreux cadres juridiques anti-corruption ne criminalisent pas explicitement les actes sexuels coercitifs comme des formes de corruption, d’abus d’autorité ou d’actes répréhensibles corrompus. Compte tenu des lacunes et défis, Transparency International formule des recommandations relatives au « Cadre juridique et sensibilisation »,  « Mécanismes de notification » et « Données et recherche ».

G.A.

source : Liberté

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