Kpatcha Gnassingbé veut-il rentrer dans la compromission pour recouvrer sa liberté

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Lors du procès qui les avait condamnés en 2011, les frères de Faure Gnassingbé avaient allégué une mainmise du Président de la République sur les biens du feu général Eyadema.
 
Essolizam et Rock Gnassingbé avaient fait état de ce que des milliards appartenant au feu général étaient mis par Faure Gnassingbé à la disposition de Ingrid Awadé, à l’époque directrice générale des impôts qui se réclame d’être son épouse, pour gérer certaines affaires privées de son supposé mari. Et tout cela au détriment des autres fils et filles du feu général qui a tiré sa révérence en février 2005.
 
En clair, le principal différend qui opposait Faure Gnassingbé à ses frères et qui en bonne partie, a pu justifier les mauvaises intentions de le renverser, tenait fondamentalement de la gestion opaque et obscure que le fils-héritier faisait du patrimoine laissé par leur défunt père.
 
Rock Gnassingbé a même indiqué qu’à un moment donné, il avait été prévu d’empêcher l’avion du Prince d’atterrir sur le tarmac de l’aéroport international Gnassingbé Eyadema de Lomé, mais il a fallu l’intervention de certains sages officiers de l’armée pour l’en dissuader.
 
Voilà pourquoi, expliquaient-ils, des réunions se tenaient entre certains enfants du vieux autour de Kpatcha Gnassingbé pour réfléchir à la manière par laquelle ceux-ci allaient contraindre leur frère président à leur rendre compte sur la gestion qu’il faisait du colossal patrimoine laissé le père-défunt.
 
Si ces faits évidents, allégués par Rock, Kpatcha et Essolizam Gnassingbé à la barre, n’avaient guère atténué les lourdes peines auxquelles Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés ont fini par écoper de la part du juge Pétchélibia Abalo, il demeure qu’ils constituent une gangrène réelle qui a frustré et continue de frustrer l’ensemble des fils et filles du feu général défunt.
 
Et Kpatcha Gnassingbé jusqu’à preuve du contraire, constitue le porte-étendard des fils et filles revendicateurs de ce patrimoine d’Eyadema.
 
A partir de ce moment, sa condamnation à 20 ans de prison ferme assortie d’une déchéance civique et de tous ces biens, sentait d’emblée comme une manière habile pour le Prince de prétexter de ce fameux projet d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, pour le réduire au silence et donc de l’empêcher de continuer à mener cette fronde revendicative de l’héritage laissé par papa.
 
Si ce n’était pas le cas, si la condamnation de Kpatcha Gnassingbé reposait essentiellement et uniquement sur son implication dans le plan du coup d’Etat, son frère Rock aurait lui-aussi fait l’objet d’une condamnation dès lors qu’il a témoigné ouvertement à la barre qu’il avait nourri avec certains de ses proches, le projet d’empêcher l’avion du Prince d’atterrir à l’aéroport de Lomé, ce qui en réalité constitue ni plus ni moins, un autre plan de renversement du pouvoir du Prince.
 
Dès lors que l’on a fermé les yeux sur ces aveux aussi graves pour un Etat, il apparait de toute évidence que les supplices de Kpatcha Gnassingbé tiennent beaucoup plus du regard trop tatillon qu’il semblait jeter dans la marmite laissée par le père défunt.
 
Ce décor planté, venons-en maintenant au projet de conciliabules qui est annoncé tambours battants cette semaine entre Kpatcha et son frère Faure par l’intermédiaire du chef canton de Pya.
 
Il nous revient donc que dame Gbikpi, chef canton de Pya, serait utilisée pour mener une conciliation à l’amiable en vue de la libération de Kpatcha Gnassingbé et coaccusés. Tant mieux si une telle démarche salutaire et sage de cette dame venait à trouver une issue heureuse.
 
Mais naturellement, des questions sérieuses persistent et il nous appartient de les analyser de près.
 
Relevons simplement qu’au lendemain de leur condamnation, Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés avaient eu la lucidité et l’humilité d’introduire un recours en grâce présidentielle qui est toujours en souffrance sur la table de Faure Ganssingbé. Cela date déjà de 3 ans.
 
Puis, ne voyant rien venir, ils ont décidé de saisir la cour de justice de la CEDEAO qui a retenu au moins trois choses évidentes :
 
-Que le procès qui a condamné Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés n’a pas été équitable, ce qui en droit signifie clairement que les conséquences découlant de ce procès devraient d’emblée être cessées.
 
-Que l’Etat du Togo doit dédommager les requérants d’une part du fait de la torture dont nombre d’entre eux ont fait l’objet, et de l’autre du fait que les droits de la défense avaient été allègrement violés lors de ce procès.
-Qu’il revenait aussi au Togo de payer les dépens, puisqu’il est la partie qui a littéralement succombé à ce procès d’Abuja.
 
Sur ces trois points, seul le dédommagement des requérants a été fait jusqu’à ce jour. Voilà qui a de nouveau poussé Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés à reprendre le chemin d’Abuja afin de demander l’exécution pleine et complète de la décision qui, si elle est réellement respectée, doit aboutir indiscutablement à leur libération pure et simple.
 
Curieusement, c’est au lendemain de ce deuxième recours auprès de la cour de justice de la CEDEAO que l’on nous annonce une démarche de conciliation en marge de la démarche juridique.
 
Où était dame Gbikpi depuis trois ans où Kpatcha et ses coaccusés ont introduit le recours en grâce présidentielle pour qu’elle fasse irruption aujourd’hui ?
 
Cette question est d’autant plus pertinente que l’on sait d’emblée que si ce deuxième recours suivait son cours normal, la cour humilierait à nouveau l’Etat du Togo.
 
C’est plus qu’une évidence car personne au plan international, ne peut comprendre que l’on puisse dédommager des détenus du fait de la violation de leurs droits lors d’un procès jugé inéquitable et que l’on continue de les maintenir en détention contre le bon sens.
 
Alors, que le chef canton de Pya se mêle à la danse pour négocier les conditions de libération de Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés est une bonne chose, mais cela sent manifestement de la manipulation. Car si le Togo venait à nouveau à être débouté par cette cour, c’est une mission rogatoire d’Abuja qui atterrirait à Lomé pour réclamer la libération de Kpatcha et ses coaccusés comme ce fut d’ailleurs le cas au Niger dans le cas Tandja Mamadou.
 
Mais alors, Kpatcha Gnassingbé est-il prêt à rentrer dans la compromission pour ensuite sortir de la prison par la petite porte alors qu’il a visiblement le droit de son côté ?
 
La question reste toute posée et l’on se demande quels pourraient être les termes de cette négociation qui préserveraient les droits de Kpatcha Gnassingbé ?
 
Retrouvera-t-il ses droits civiques, ses biens déchus et son droit de regard sur les biens laissés par le papa ? Ou bien, la seule chose qui compte pour lui est et reste sa libération quel que soit ce que cela pourrait lui coûter en retour ?
 
Togoinfos
 

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