La France, un frein à la démocratisation de l’Afrique francophone

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« Il ne peut y avoir de développement sans démocratie» (François Hollande)

Lorsque début mars 2020, Alassane Dramane Ouattara avait annoncé qu’il ne se représenterait pas à la présidentielle du 31 octobre 2020 et qu’il préférerait transférer le pouvoir à une jeune génération, le président français Emmanuel Macron l’avait applaudi chaudement. Il avait « salué une décision historique d’un homme de parole et d’un homme d’Etat ». « La Côte d’Ivoire donne l’exemple», s’était-il extasié. Cette décision d’Alassane Ouattara était en effet susceptible de donner une chance à la Côte d’Ivoire meurtrie par la guerre, de retrouver la stabilité et de renouer avec la réconciliation.

Mais quand l’homme d’honneur renie sa parole, l’opinion africaine attendait que le président français dénonce avec la même énergie cette tentative de monarchisation de la Côte d’Ivoire. Mais à quoi a-t-on assisté? Le jeune locataire de l’Elysée, à  en croire le vieux dictateur ivoirien, lui aurait déroulé le tapis rouge pour le troisième mandat. «J’ai eu un excellent déjeuner de travail avec mon ami, le Président Macron. Nous nous sommes réjouis de nos convergences de vues sur la situation économique et politique en CI, notamment l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, dans un climat de paix », s’est exclamé le président ivoirien.

Du côté de l’Elysée, on n’affiche pas le même enthousiasme. C’est le silence radio. Qu’importe. On note qu’en matière de politique africaine de la France, Emmanuel Macron ne fait pas mieux que ses prédécesseurs. La position flottante du président français dans la volte-face d’Alassane Ouattara peut trouver une explication dans cette vérité de Charles de Gaulle, « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». En Afrique surtout francophone, les intérêts économiques de la France ont toujours primé sur la question de la démocratie, des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance. Qui mieux que le sous-préfet Ouattara, nouvelle figure notoire de la Françafrique pour préserver les intérêts de la France en Côte d’Ivoire ?

« Le secret entre la France et l’Afrique n’est plus de mise», disait Nicolas Sarkozy. Et François Hollande de déclamer à son tour : « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité».

Mais avec les dirigeants français, la Françafrique est-elle vraiment révolue ? Ceux-ci ne s’embarrassent guère de côtoyer des chefs d’Etat africains pas très fréquentables. Aujourd’hui, c’est Macron qui à son tour adouberait Ouattara après avoir risqué son honneur d’homme d’Etat pour engager la Côte d’Ivoire sur une voie sans issue.

Des 15 Etats qui composent la CEDEAO, c’est dans les pays de la zone francophone, que les valeurs démocratiques sont fortement éprouvées. Le Togo, la Côte d’Ivoire et la Guinée sont les figures de proue qui aujourd’hui qui, portent le coup, dur à la démocratie avec le projet de 3ème  avec le soutien tacite des dirigeants français puisqu’ils n’ont jamais eu à condamner fermement ces actes. Cela aurait pu ramollir les ardeurs de potentiels candidats au mandat de trop.

Aucun président de l’Afrique de l’Ouest anglophone ou lusophone n’a changé de constitution ces dernières années pour se représenter au 3è mandat. Ils ne se sont pas non plus transportés à la veille des échéances électorales chez la puissance coloniale pour recevoir l’onction de celle-ci. C’est seulement dans les colonies françaises qu’ont cours ces pratiques rétrogrades et démocraticides. Ce qui fait dire à certains observateurs que la France est un obstacle à la démocratie en Afrique francophone….

Médard AMETEPE / Liberté Togo

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