La HAAC se met au service des désœuvrés d’UNIR

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Décidément, le Togo est un pays atypique, unique en son genre avec le fonctionnement archaïque de ce qu’il convient de nommer Institution de la République. Dans ce petit rectangle sous les tropiques, ce sont les désœuvrés qui se font passer pour des militants d’un parti politique qui mettent les Institutions de la République au pas.
 
Le jeudi 2 mai dernier, une manifestation surréaliste s’est déroulée au siège de la HAAC, organisée par une association d’UNIR dénommée MJPG qui trouve que la presse en fait trop dans la dénonciation de la mauvaise gouvernance, de la violation des droits de l’Homme, de l’instrumentalisation inimaginable de la justice au Togo. Un drôle de mouvement d’humeur d’une association qui prône la bonne gouvernance et qui abhorre qu’on relève les failles de la gestion de Faure Gnassingbé. Comme il fallait s’y attendre, le maitre des lieux, Richard Kokou Tozoun qui supporte mal les médias qui refusent d’aller dans la même direction que lui, a accueilli les bras ouverts ces soi-disant militants alors qu’il y a de cela un an, il avait refusé de recevoir des journalistes qui manifestaient contre la fermeture de la radio X-solaire, allant jusqu’à déployer autour des locaux de l’institution des gendarmes et policiers armés jusqu’aux dents. La question que l’on se pose est de savoir si la HAAC existe pour les journalistes ou pour les désœuvrés.
 
Qu’à cela ne tienne, les inconditionnels de Faure Gnassingbé ont déroulé devant le président de la HAAC, très admirateur, leur réquisitoire contre la presse qui refuse de s’aligner, de se laisser corrompre, de se taire sur les dérives de la gouvernance de l’actuel pouvoir. En réponse à ce réquisitoire, Richard Kokou Biossey Tozoun a promis de sévir dans les prochains jours, avec des résultats palpables. « Si beaucoup de personnes ne sont pas venues le dire, vous, vous avez eu le courage de le faire. Voilà la liberté d’opinion, et elle ne doit pas être l’apanage d’un certain bord de professionnels. L’Etat a donné le pouvoir à la HAAC et bientôt, vous verrez par vous-mêmes les résultats de nos actions », a-t-il déclaré fièrement à ses interlocuteurs qui ont dû quitter les lieux rassurés de la promesse que dans les jours qui viennent, les médias qui prennent trop de liberté à critiquer la gouvernance catastrophique de Gnassingbé 2ème seront bannis de l’espace médiatique togolais. Et pourtant l’article 1er de la loi Organique N° 2009-029 portant modification de la loi organique N° 2004-021 du 15 décembre relative à la HAAC dispose : « La Haute Autorité de l’audio-visuel et de la Communication (HAAC) ci-après dénommée est une institution indépendante vis-à-vis des autorités administratives, de tout pouvoir politique, de tout parti politique, de toute association et de tout groupe de pression ».
 
Cet article qui est le fondement, le socle de l’indépendance de la HAAC, Kokou Tozoun semble l’avoir ignoré en ouvrant grandement les portes de son institution à un obscur mouvement dénommé MJPG qui agit comme un groupe de pression venu déverser ses diatribes sur la presse. Génial, n’est-ce pas ? Maintenant que la HAAC a ouvert ses portes aux désœuvrés, qu’en sera-t-il si demain matin, les militants de l’ANC, de l’OBUTS, du CAR, du CST, de la Coalition Arc-En-Ciel investissaient à leur tour les lieux pour exiger de la même institution un traitement particulier aux médias dits proches du pouvoir qui passent leur journée à raconter des inepties contre les leaders de l’opposition ? Que ferait cette institution si d’aventure demain, ce sont les étudiants, les vendeurs de tomates, les conducteurs de taxi-moto ou tout autre groupe qui s’amènent dans ses locaux pour exiger d’elle une chose ou une autre. En acceptant d’accueillir les bras ouverts ces pseudos militants d’UNIR et en s’aplatissant devant eux comme un exécutant, Kokou Tozoun a créé un précédent qui sera préjudiciable à la crédibilité de son institution, si crédibilité elle dispose encore. Jamais au Togo, on n’a vu un Président d’une Institution de la République refuser de recevoir des courriers des journalistes, de répondre à des lettres, de délivrer des duplicata de récépissé, de recevoir certaines associations de journalistes qu’il ne porte pas dans son cœur, mais ouvrir grandement les portes à des désœuvrés qui n’ont rien à voir avec les journalistes mais étaient là pour pourfendre la presse.
 
«Les Institutions de la République au Togo sont frappées d’un autisme sans précédent», déclare sous le sceau de l’anonymat un diplomate. On l’aura compris, après l’échec de la tentative d’adoption de la loi liberticide rejetée par la Cour Constitutionnelle, il fallait que la HAAC trouve un argument pour rebondir ; alors on a manipulé en sous-main des désœuvrés qui ont l’air de mieux connaître l’éthique et la déontologie mieux que les membres de la HAAC eux-mêmes et au-delà, au point d’avoir le toupet d’investir les locaux de l’institution pour donner des directives. Mais les concepteurs de ce projet ont manqué d’intelligence et de jugeote en montant cette manifestation ubuesque qui a fini par jeter du discrédit sur cette institution déjà décriée par la presse et l’opinion.
 
La HAAC est désormais aux ordres des militants d’UNIR, le parti politique dans lequel se retrouve bien Richard Kokou Tozoun lui-même. Sa mission n’est plus désormais « de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse et des autres moyens de communication de masse », mais de se mettre aux ordres et aux humeurs des agitateurs d’un parti politique. Les journalistes savent désormais ce qui leur reste à faire.
 
Ferdinand Mensah AYITE
 
source : L’Alternative Togo
 

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