« La Lettre du Continent » donne des pistes : Des traces de kérosène ont été retrouvées sur les lieux

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Le mystère des incendies des marchés au Togo est en passe d’être élucidé, non pas par la Gendarmerie, encore moins la Justice, mais par la version française de Wikileaks, le journal des réseaux. Selon sa parution du mercredi 20 février, les incendies ont été l’œuvre des proches du pouvoir de Faure Gnassingbé qui se sont servis du kérosène, un combustible fortement inflammable qu’on ne trouve que dans des dépôts à l’aéroport international de Lomé sécurisé par les militaires. A l’allure où vont les révélations troublantes de ce journal des réseaux, on ne serait pas surpris que des noms soient cités dans les prochains jours. Bonne lecture.

POUVOIRS ET RESEAUX/POLITIQUE

 

Tensions pré-législatives

 
Sous couvert d’une sombre histoire d’incendie dans deux marchés, Lomé a neutralisé les opposants les plus actifs à la veille des élections législatives.
Plusieurs leaders de l’opposition croupissent toujours dans les cellules de la Gendarmerie nationale de la capitale togolaise plus d’un mois après leurs arrestations au lendemain des incendies ayant ravagé le marché de Kara (nord) et le bâtiment central de celui d’Adawlato à Lomé, les 10 et 12 janvier. Parmi eux figurent l’ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale, Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, actuel leader de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), ainsi que Jean Eklou, responsable de la jeunesse de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre. Jusqu’à ce jour, ils n’ont toujours pas été entendus par la justice. Et pour cause : comme souvent en pareille circonstance au Togo, les dossiers d’accusation sont vides. Ces arrestations ont le seul mérite d’intervenir très opportunément à la veille des législatives prévues le 24 mars, comme pour mieux empêcher toute velléités de contestation.
Car tout laisse à penser que la destruction des marchés, dont l’un situé dans le fief natal de Faure Gnassingbé, résulte plus d’une opération orchestrée par les mouvances proches du pouvoir que d’un accident. Réhabilité en janvier 2010 pour 4 milliards F CFA, le marché Adawlato de Lomé est traditionnellement surveillé jour et nuit par neuf vigiles. Or, la veille de l’incendie, le 11 janvier, ces derniers auraient été priés de quitter les lieux. Le même jour, les responsables du site ont été aperçus en train d’emporter de nombreux registres. Autre élément troublant : des traces de kérosène ont été retrouvées sur les lieux de l’incendie. Or, ce carburant ne peut provenir que des dépôts situés sur l’aéroport international de Lomé, site contrôlé par l’armée et plusieurs sociétés de sécurité privées.

Lettre du Continent n°653 du 20/02/2013