L’arrestation musclée de Dr Kodjo : Les OSC dénoncent « l’irresponsabilité des dirigeants togolais… »

0
1540

Déclaration des organisations de la société civile du Togo à la suite des événements consécutifs à l’arrestation de M. Agbéyomé Kodjo.

Alors que le monde est frappé par une crise sanitaire d’une grande ampleur et que des gouvernants responsables et consciencieux s’évertuent à préserver la santé de leur population, à alléger les souffrances des peuples qui les ont élus, dans notre pays c’est le contraire.

Alors que dans les autres nations, les forces vives, dans un élan de solidarité nationale, mettent de côté leurs divergences pour lutter et sortir ensemble de cette situation de chaos et d’incertitude, chez nous on fait recours à la carte d’électeur pour pouvoir bénéficier d’ailleurs d’une insuffisante aide de l’Etat.

Alors que des organisations de la société civile et des partis politiques de l’opposition, conscients de la souffrance et des enjeux actuels, ont décidé de taire leurs revendications socio-politiques pour se consacrer à la riposte contre la pandémie du COVID-19, dans notre pays par contre le régime choisit ce moment pour démontrer une fois encore son manque de considération pour les principes du droit et de démocratie, assumant ainsi le risque de porter un coup fatal à la cohésion et la solidarité indispensables au succès de la riposte contre la pandémie.

Si tel n’est pas le cas, que dire des violences gratuites perpétrées par les forces de sécurité au domicile de M. Agbeyomé KODJO ce 21 avril 2020 ? D’abord le quartier où il réside a été bouclé et tous les accès à son domicile barrés par les forces de l’ordre depuis le 20 avril 2020 à 20h jusqu’au lendemain empêchant du coup les riverains de faire valoir leur droit d’aller et venir en toute liberté.

Ensuite le portail de son domicile a été forcé, des portes et des objets fracassés, des résidents violentés et près d’une quarantaine de personnes interpellées, notamment des filles, des parents et des amis de M. Agbeyomé KODJO et même des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes qui étaient sur les lieux dans l’exercice de leur fonction. C’est vraiment inacceptable.

Le recours sans cesse à la violence gratuite contre les citoyens, surtout en cette période exceptionnelle, traduit une fois encore l’irresponsabilité des dirigeants togolais qui usent et abusent de leur pouvoir de domination. Qu’est-ce qui justifie un tel déploiement contre un citoyen à mains nues quand dans le même temps et depuis sept ans la justice de notre pays est incapable de punir les assassins d’Anselme Sinandaré et de Douti Sinalengue ?

Ces crimes, ces assassinats depuis 2005 ne constituent-ils pas des troubles graves à l’ordre public, à la cohésion nationale? Ne portent-ils pas atteinte aux droits de l’homme dans notre pays et à la dignité humaine sans cesse bafouée par les autorités elles-mêmes alors qu’il est de leur devoir de protéger et de défendre la vie des citoyens dont elles ont la charge ?

Et que dire des miliciens qui ont commis des crimes au vu et au su de tout le monde et contre lesquels la justice est incapable de lever le moindre petit doigt ? Nous pourrions aligner encore des exemples qui démontrent que la justice est sélective et qu’au Togo elle est à deux vitesses.

Où est la justice quand des citoyens sont tabassés et même battus à mort en cette période de couvrefeu ? Pourquoi tant d’injustices dans notre pays ? Pourquoi la justice qui est sensée maintenir la cohésion sociale est devenue un instrument de torture et de division dans notre Etat ?

Avant la crise de COVID-19, il y a une crise politique issue des élections du 22 février 2020 et cette crise plonge ses racines dans celle qui est ouverte depuis 2005 par la dévolution anormale du pouvoir dans notre vie commune au sein de l’Etat togolais. Pourquoi ne veut-on pas la voir et surtout pourquoi ne veut-on pas, depuis quinze ans, trouver une solution politique et durable à cette crise ? Solution politique proposée d’ailleurs par la Conférence des Evêques du Togo dans leur communiqué en date du 21 avril 2020.

Pour apaiser les cœurs et permettre aux citoyens de se consacrer sereinement à la lutte qui s’est engagée pour la survie de la nation, nous demandons la libération sans délai de tous ceux qui ont été interpelés ce mardi 21 avril 2020 au domicile et aux abords du domicile de M. Agbeyomé KODJO.

Nous invitons enfin le pouvoir à méditer ces paroles :

« Tout pouvoir excessif s’écroule sous son poids » et « Le pouvoir périt par son abus »…

Que Dieu bénisse le Togo.

Fait à Lomé le 22 avril 2020

Ont signé :

Pour Le FRONT CITOYEN TOGO DEBOUT
Pr. David Ekoué DOSSEH

Pour NOVATION INTERNATIONALE M.
Louis Efoé ATTIOGBE

Pour MMLK
Pasteur Komi EDOH

Pour DRPDS
Pasteur David AGNAMA

Pour AJAAH M.
Evrard NYAKE

Pour AMIS M.
John ATTITSOH

Pour AIAPED M.
Moïse ALODJINOU

Pour SP/BT
M.Yawo KLOUSSE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

− 3 = 6