Le chef de l’Etat et ses hôtes n’ont pas été sur la même longueur d’onde

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Rencontre Faure Gnassingbé- Jean-Pierre Fabre

En intégralité le mémorandum remis à Faure pour étude

 
 

L’information est tombée mardi soir, et hier pour la première fois, Jean-Pierre Fabre a foulé le sol de la nouvelle présidence pour échanger avec le chef de l’Etat. Avec des journalistes interdits d’accès pour des raisons inconnues, la rencontre a duré une trentaine de minutes. Mais aux dires du chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre et du Coordonnateur du Collectif « Sauvons le Togo », Me Zeus Ajavon, le chef de l’Etat n’a pas été sur la même longueur d’onde qu’eux. Toutefois, un mémorandum lui a été remis pour étude.

 

Prévue pour se tenir à 14h30, la rencontre entre Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition et Faure Gnassingbé, chef de l’Etat s’est tenue, mais loin du regard de certains journalistes dont celui de LIBERTE. Vingt minutes avant l’heure, nous nous sommes présentés à l’entrée de la présidence pour y accéder après que des fouilles ont été effectuées, comme de coutume. Mais des gardes en costume avec le Beretta bien visible, ont opposé une feuille volante sur laquelle ne figureraient pas le nom d’une dizaine de journalistes interdits d’accès à la présidence.

On en était là lorsqu’à 14h20, le cortège du chef de file de l’opposition s’immobilisa à l’entrée. A ses côtés, Me Zeus Ajavon, coordonnateur du CST, Me Abi Tchessa du PSR, Aimé Tchaboré Gogué de l’ADDI. Que pouvaient-ils pour les journalistes, si ce n’est de nous demander de faire contre mauvaise fortune bon cœur ? C’est ainsi que nous avons été priés d’aller attendre en face de l’entrée de la présidence, de l’autre côté de la voie.

 

A 15h20, le cortège du chef de file de l’opposition togolaise réapparaît et prend le chemin du domicile du Coordonnateur. Entre-temps, le Secrétaire d’Etat en charge des Relations avec les Institutions de la République, Christian Trimua, a fait le point de la rencontre avec les journalistes ayant eu accès au palais présidentiel. L’enseignant de droit à l’université a indiqué que le président avait rassuré les uns et les autres sur la volonté d’aboutir à des réformes dans un cadre consensuel. Et ce cadre doit passer par l’Assemblée nationale et les autres institutions. « Le chef de l’Etat a insisté sur le fait que le consensus doit être recherché à travers les procédures parlementaires habituelles (…) le débat doit, in fine, s’achever à l’Assemblée nationale », a rapporté M. Trimua.

 

De leur côté, Jean-Pierre Fabre et sa délégation se sont retrouvés au domicile du Coordinateur du CST où un briefing a été fait aux journalistes.

 

« Nous avons discuté de ce pour quoi nous avons demandé à être reçus. Nous avons essayé d’expliquer au chef de l’Etat les raisons pour lesquelles l’Assemblée nationale n’est pas le cadre indiqué, propice, approprié, adéquat, idoine pour les discussions et le dialogue politique préconisé par l’Accord politique global en vue des réformes politiques constitutionnelles et institutionnelles qui doivent déboucher sur des élections libres, démocratiques et transparentes dans notre pays. Nous n’avons pas senti de sa part qu’il partageait notre point de vue ; mais à notre départ, nous lui avons remis un mémorandum qui explique notre position pour qu’il ait une idée de ce que nous avançons », a expliqué Jean-Pierre Fabre. Et d’ajouter : « Nous avons eu des échanges puisque les sujets que nous avons abordés sont des sujets assez sérieux. Il les a traités avec le sérieux requis, mais comme je le dis, je n’ai pas eu l’impression qu’il partageait notre position ; mais ça, on verra la semaine prochaine puisqu’on aura à rencontrer le Premier ministre ».

 

Par rapport aux militants de l’opposition qui ont été emprisonnés dans l’affaire des incendies des marchés, le chef de l’Etat aurait dit qu’il allait s’en occuper et de nous demander de laisser la justice suivre son cours.

 

Quant à Me Zeus Ajavon, Coordonnateur du CST, il a confirmé en marge de la rencontre, avoir rencontré hier matin les responsables de la Coalition Arc-en-ciel, ce qui ne s’est plus produit depuis juillet. « Mieux vaut tard que jamais », a-t-il reconnu pour expliquer que d’autres rencontres devront avoir lieu dans les jours et semaines à venir.

 
Godson K.
 
Liberté Togo
 

MEMORANDUM

 

A l’attention de Son Excellence Monsieur le Président de la République

 

Objet : Dialogue politique et organisation des prochaines élections.

 

Par lettre N° 14-026/ANC/ PN-SG du 14 février 2014, nous vous demandons de bien vouloir prendre les dispositions urgentes en vue de la tenue du dialogue prévu par l’APG, conformément aux engagements pris par le gouvernement, dans le cadre des discussions préélectorales de juillet 2013.

 

Votre réponse par lettre N° 043-2014/PR en date du 25 février 2014, fait référence à l’Accord Politique Global (APG), reconnaissant ainsi et à juste titre, que cet accord est toujours en vigueur. Toutefois, votre renvoi à l’Assemblée nationale des réformes préconisées par l’APG appelle les observations suivantes :

 

1-   C’est la crise profonde qui mine notre pays depuis des décennies qui justifie qu’un Accord Politique Global (APG), signé par l’ensemble de la classe politique togolaise, sous l’égide de la communauté internationale et d’un facilitateur, s’impose aujourd’hui à toutes les institutions de notre pays.

 

2-     C’est pour répondre aux exigences de consensus recommandé par l’APG pour l’adoption et la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles que le gouvernement a mis en place d’autres cadres (CPDC, CPDC élargi, CPDC rénové, Dialogue Togo Telecom, Dialogues sous l’égide de Mgr Barrigah et du G5 représenté par Robert Whitehead, etc..) permettant d’éviter la règle de la majorité propre à une Assemblée Nationale.

 

3-     Dans l’esprit et la lettre de l’APG, le dialogue politique préconisé pour l’adoption des réformes politiques est appelé à se tenir non pas à l’Assemblée nationale mais dans un cadre permettant de rechercher un consensus. Il convient de rappeler à cet égard, qu’aux termes de l’APG, les parties prenantes au Dialogue s’engagent à poursuivre toutes les réformes visant à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance, « dans un esprit de large consensus » (§ III, 3-1 et suivants de l’APG).

 

Dans l’intérêt de la paix et de la réconciliation nationale et en vue de préparer et d’organiser les prochaines élections dans notre pays sur une base consensuelle d’équité et de transparence, il importe que le gouvernement respecte les nombreux engagements qu’il prend régulièrement, à l’approche de chaque échéance électorale, devant le Peuple togolais, devant la communauté internationale, devant les Chefs d’Etat de la CEDEAO et, tout dernièrement, devant les Chefs d’Etat du Nigéria et de la Côte d’Ivoire, Goodluck Jonathan et Alassane Dramane Ouattara. En l’occurrence, il importe que le gouvernement respecte les engagements pris au cours des discussions pré-électorales de Juillet 2013, devant le Président de la CVJR et l’Ambassadeur des USA représentant le G5, en appelant dans les meilleurs délais, un dialogue conforme à l’esprit et à la lettre de l’APG.

 

Fait à Lomé, le 05 mars 2014
 
Jean-Pierre FABRE

 

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