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Le Parti socialiste français et le Front de Gauche chargent le pouvoir : Intrusion « inadmissible » ou plutôt légitime dans les affaires intérieures du Togo ?

georges-aidam
 
Mercredi 13 février dernier, le parti de François Hollande suivi plus tard par le Front de Gauche ont crié haro sur le pouvoir togolais, dans sa gestion des incendies et du processus électoral et décrédibilisé carrément l’enquête qui a permis de mettre le grappin sur les opposants au régime togolais. Cette position pour le moins tranchée exprimée par les deux partis a fait sortir de leurs gonds le premier Vice-président du parti UNIR et le Procureur de la République, excipant d’une intrusion de ces formations politiques dans les affaires intérieures du Togo. Réaction justifiée ?
 
« Togo démocratie bafouée », c’est sous ce titre très évocateur que le Parti socialiste français a dressé un violent réquisitoire contre le pouvoir togolais, dénoncé « l’arbitraire » dans « la vague d’arrestations d’opposants politiques » et exigé leur « libération immédiate ». Plus tard, Jean-Christophe Cambadélis, député PS et Secrétaire national à l’Europe et à l’International du Parti socialiste cosignataire de ce communiqué revient à la charge et décrédibilise l’enquête en cours suite aux incendies des marchés : « Il me paraît difficile de penser que des opposants politiques ont mis le feu dans deux marchés pour faire valoir leur opposition à la politique gouvernementale, je suis plutôt sceptique ». Quant à Jean-Luc Melenchon, il pointe le doigt accusateur sur le régime Faure Gnassingbé dans la survenue de ces incendies, exploitée à des fins machiavéliques. Selon lui, le régime « délibérément, préfère laisser brûler deux des principaux marchés du pays afin d’accuser et de criminaliser les dirigeants d’une opposition politique unie qui fait front ». S’il n’accuse pas expressément le régime d’être le commanditaire de ces incendies, tout au moins il l’accuse d’avoir laissé faire. Les deux formations politiques, pour rappel, ont également dénoncé l’absence de consensus et la mauvaise foi avec laquelle le régime conduit le processus électoral en cours.
 
A Lomé, ces réactions ont été très mal digérées. Car la vérité n’est pas une vertu à laquelle on s’attache beaucoup. Et très rapidement, on se retranche derrière le mythe de souveraineté pour parler l’immixtion des personnalités politiques françaises dans la procédure judiciaire en cours et dans la politique intérieure du Togo. A raison ? Si sur le plan du principe, au nom de la souveraineté, tout Etat peut interdire à tout autre d’interférer dans ses affaires intérieures, un certain nombre d’éléments viennent édulcorer en revanche l’application rigoriste de ce devoir de non ingérence. Loin de faire l’apologie du droit d’ingérence humanitaire ou d’une ingérence décidée sous l’égide du Conseil de Sécurité des Nations Unies, il est ici question d’envisager l’analyse de certains faits qui, en réalité, dépouillent le Togo de la souveraineté à laquelle Georges Aïdam et Essolissam Poyodi tiennent tant.

Le « souverain » à la recherche d’une caution extérieure à ses coups de force

 
Les 10, 11 et 12 janvier 2013, le CST devait être en pleine manifestation baptisée « Les derniers tours de Jéricho ». Non seulement elle s’est, dès son premier round, muée en des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants et a donné lieu à des rafles dans les quartiers réputés fiefs de l’opposition, mais encore elle a coïncidé avec la série des incendies qui ont ravagé les marchés de Kara et de Lomé, en quarante-huit heures d’intervalle. Les coupables désignés sont du côté de l’opposition, le CST nommément. Ils ont promis d’empêcher la tenue des scrutins dans les conditions iniques. Mais à présent, ce qui les préoccupe reste la libération de ceux d’entre eux qui ont été interpellés. Hasard de calendrier ? Arthème Ahoomey-Zunu choisit cette période pour faire une tournée occidentale. Objectif inavoué, appâter la communauté internationale en lui servant un scénario dans lequel le rôle du méchant est attribué au CST. Les incendies, c’est le CST ; la rupture du dialogue politique et l’impasse politique au Togo, c’est encore le CST qui en est responsable. Faure Gnassingbé est si soucieux d’assainir le climat politique qu’il envoie à cette composante et à l’opposition dans son ensemble, à intervalles réguliers des invitations à des pourparlers. Mais l’opposition qui, selon lui, aurait un intérêt à ce que la crise dure ETERNELLEMENT décline toujours ces invitations. Ce topo fait, il quémande l’appui de la Communauté internationale au processus électoral en cours. Toutes ces questions évoquées lors des discussions entre Arthème Ahoomey-Zunu et ses hôtes ne relèvent-elles pas des affaires intérieures du Togo ?
 
La réponse est évidente. La campagne de dénigrement et de diabolisation de l’opposition ayant été menée, la réaction de la Communauté internationale était, selon le PM togolais, acquise au pouvoir Faure Gnassingbé. Mais lorsque cette campagne produit des effets pervers et que c’est le pouvoir que la Communauté internationale, peut-être plus lucide, épingle, alors il y a scandale. « Intrusion regrettable ! » « Manipulation » et autres, s’est-on ingénié à démontrer. Mais « nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes », dit la maxime juridique. Lorsque l’on accepte volontiers discuter des questions de politique intérieure avec autrui au plan international, il devient malhonnête quand l’on se fait hara-kiri et brandit le mythe ou le verrou de la souveraineté pour contraindre les autres au devoir de non-ingérence. Car dans le cas où le résultat escompté serait obtenu, le pouvoir aurait beau jeu de crier sa victoire diplomatique et de narguer l’opposition. Mais en vérité, un (Etat) souverain qui demande l’appui d’un autre Etat ne perd-il pas de facto sa souveraineté ? Comment peut-il traiter d’égal à égal avec ce dernier ?

Sans les réformes, pas de financement du processus électoral, selon l’UE

 
Drôle d’histoire que celle des Etats africains et particulièrement du Togo où à chaque joute électorale censée permettre au peuple de renouveler ses gouvernants ou députés, une opération censée marquer leur souveraineté, ses dirigeants sortants tournent les regards vers l’Occident, à la recherche de financement. Or il est de notoriété que sans une souveraineté financière, la souveraineté politique reste un vain mot, un concept vidé de toute sa substance. En manque de ressources financières, Ahoomey-Zunu, à travers son opération de charme envers la Communauté internationale, devait décider cette dernière à ouvrir le robinet et à financer les prochaines élections. Là aussi, cinglant camouflet : pas de réformes électorales prescrites par les missions d’Observation Electorale de l’Union Européenne, pas de sous, s’est-il entendu dire. Alors, lorsque c’est l’appui de la Communauté internationale qui, dans certains cas, pourrait déterminer la tenue matérielle des élections en ce que sans son financement, des difficultés pourraient surgir, de quoi s’offusque le Vice-président de l’UNIR qui a cru bon répondre au Parti socialiste français pour dénoncer une intrusion regrettable, en lieu et place du gouvernement qui était visé, encore qu’ici, il existe de nombreux éléments qui accréditent la thèse du complot ? Le PS se défend des accusations d’ingérence et déclare : « Nous ne voulons pas nous ingérer dans les affaires intérieures togolaises, mais en tant que parti politique ami du Togo, nous ne souhaitons pas que ce pays se retrouve dans une situation difficile du point de vue démocratique ».

Une souveraineté à la carte ?

 
Mais au final, faut-il continuer de se prévaloir d’une souveraineté que l’on a soi-même contribué à vider complètement de sa substance ? La réaction suscitée au Togo par les positions du Parti socialiste français et le Front de Gauche s’apparente bien à une polémique inutile. Car elle conforte l’opinion selon laquelle le Togo jouit d’une souveraineté à la carte. Lorsque les personnalités étrangères arriment leur position sur celle de Faure Gnassingbé au sujet des affaires intérieures au Togo, il n’y a pas d’ingérence. Lorsqu’elles financent les élections qui relèvent des questions d’ordre interne, les tenants du pouvoir ne trouvent pas à redire. Cependant, dès qu’elle se met à passer le pouvoir au vitriol, alors on crie scandale ; il y a « intrusion regrettable » dans les affaires intérieures du Togo.
 
Magnanus FREEMAN
 
liberte-togo
 
 

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