Le régime Faure soupire d’un grand coup de son cinéma électoral : Le peuple attend sans surprise les réformes de la honte

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« Les hommes rougissent moins de leurs crimes que de leurs faiblesses et de leur vanité ». Dans Les Caractères, Jean de LA BRUYERE revient sur la situation de ceux qui s’enivrent d’horreurs dans une volonté de puissance pour demeurer dans une déshumanisation épouvantable d’eux-mêmes sans le moindre sursaut de conscience. C’est la mauvaise foi qui les embrigade dans le gouffre éthique et moral où l’esprit se perd dans les méandres du crépuscule. Ils sont assiégés par des faiblesses insurmontables. Esclaves de leur esprit, ils n’ont que le sadisme et la perversité à agiter pour faire croire à un frétillement de bon sens. Ils accaparent tous les droits des jouissances des autres et n’ont d’affirmation que le viol et la spoliation.

Cette tendance se libère dans les mots de Fambaré NATCHABA, l’homme du juridisme puant au RPT/UNIR qui, fièrement, déclarait : « Nous, au RPT, on prend tout ». Il aurait pu ajouter comme les brigands d’Adjamé : « Et puis, il y a rien ».

Cet esprit véreux, arrogant et meurtrier du brigandage électoral nous coûte des colonnes de tombes dans nos cimetières, des disparus, des infanticides, de la corruption étatique, des achats de consciences, de la délinquance judiciaire, des crimes de masse, des crimes économiques, des délits et forfaits dans une république en vrac où les députés de l’Assemblée nationale se nomment dans un simulacre électoral d’une rare nausée pour notre peuple, intransigeant sur sa souveraineté.

Quand ceux qui sont appelés à légiférer sont un ramassis de parachutés de l’ordre de la transgression et de la rapine et qui, sans moral, tiennent à célébrer Dieu et à feindre de remercier un électorat inexistant, il faut en mesurer le niveau de leur théâtralisation existentielle et de leur camouflage éhonté qui sautent aux yeux pour peu qu’on prête le regard à eux.

Comment s’étonner de l’incivisme grandissant au Togo et de l’immoralité envahissante quand le culte du mérite, les repères du sens de la justice, de l’éthique se dessèchent dans les actes des gouvernants ?

Quand massivement la cité est persuadée que ceux qui gouvernent les institutions sont des usurpateurs, quand elle assiste à la composition d’un hémicycle sans références de délégation de pouvoir populaire, quelles considérations accorde-t-elle aux lois fantaisistes et aux réformes bidons qu’elle prend en marge de la volonté populaire ?

1) ROUSSEAU et la religion civile

Jean Jacques ROUSSEAU est le philosophe politique le plus habile dans la compréhension de la délégation du pouvoir citoyen aux représentants de la cité. Dans Du contrat social, il pose les bases du fonctionnement de la République en donnant autorité au citoyen, à son choix, à sa liberté, aux lois justes. C’est le citoyen qui confère aux institutions et aux gouvernants sa puissance civile en les sacralisant.
Falsifier cette puissance civile est l’acte le plus injuste qui dépouille les institutions et les gouvernants de leurs prérogatives en ce que ces deux derniers deviennent indubitablement les fossoyeurs de leurs propres notoriété, de leurs propres actions. Lorsque les représentants se couvrent du superflu en s’accordant un pouvoir qui n’est pas de l’émanation du peuple, alors ils tombent dans l’arbitraire et s’exposent à une désolidarisation populaire, à l’ankylose des institutions, à l’insurrection de la conscience civile, une action citoyenne de grande ampleur pour renverser l’ordre usurpé.

La sanction populaire contre l’autocratie qui veut se donner une légitimité est aussi dans la non-coopération du citoyen. Elle fragilise les institutions, les lois qui ne requièrent pas l’assentiment du peuple ou qui ne sont nullement du ressort de la puissance du citoyen.

Dans une Assemblée nationale de parachutage des nominations fantaisistes et iniques comme celles du remplissage grotesque du 20 décembre dernier, la collectivité nationale est totalement absente et les substituts de trahison de notre peuple n’ont qu’une valeur factice pour entretenir les nullités et les partialités qui font tourner à vide les appareils de l’Etat, comme la justice, l’hémicycle, l’exécutif. La force est dans les lois qui sont du ressort de la délégation du pouvoir civile, la souveraineté populaire.

Ce ne sont pas les lois en elles-mêmes qui impriment une vie à la République. C’est l’appropriation des lois qui viennent de la souveraineté du peuple, de cette qualité déléguée, qui impose au citoyen une acceptation et un accompagnement citoyen de la loi. La soumission aux lois de la régularité civile est le moteur de la fonctionnalité de la République. Le citoyen s’autorise une acceptation de la loi, quand il sait qu’elle est l’expression de ses attentes, de l’harmonie du groupe et des institutions de sa foi civile.

En clair, une Assemblée nationale postiche et fantoche, artificiellement habillée d’une légitimité évanescente n’a pas vocation à remorquer le citoyen, à trouver la force pour légiférer, parce qu’elle est ni plus ni moins dans la trahison de la puissance civile.

Or, ce sont les lois qui participent de la concorde civile, de la solidarité du groupe et des jouissances ordonnées de la République.
Nous sommes aujourd’hui dans les paradoxes et les curiosités monstrueuses d’un hémicycle frappé d’un boycott pur et dur, incapable de créer le déclic dans l’administration du territoire et de susciter la dynamique de l’Etat. Comment une cité peut-elle se sentir redevable à une institution comme l’Assemblée si elle n’y intègre aucune confiance et si elle n’accorde aucun respect à ces délégués de colmatages douteux ?

Les Républiques ne se relèvent que dans la confiance en ses institutions. Quand celles-ci sont traficotées pour abuser des citoyens, elles s’étouffent, s’étiolent et meurent de leur aplasie en ce qu’elles n’ont aucun répondant pour ordonner la religiosité des lois. Sans le soleil des valeurs, il n’y a pas d’habileté politique à rassembler les citoyens sur les devoirs. Un hémicycle tronqué ne peut enfanter que des pacotilles du service des lois. Quand le Parlement joue la fausseté des institutions, il ne peut rien exiger du citoyen. Les Togolais savent ce que disait Ferdinand CROMMLYNCK, dans Chaud et froid: « Loin de la vérité, les mots mentent tout seuls ».

2) Les lois, le peuple et la légitime défense

Comment la loi peut-elle s’opposer aux attentes des citoyens, à leurs aspirations les plus lisibles, à leurs intimes volontés, à leurs réclamations ferventes et populaires?
On trouve certainement la réponse dans les pages de l’Esprit des lois de MONTESQUIEU pour qui : « Les lois dans la signification la plus étendue, sont des rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ».

L’alternance politique comme mœurs de la gouvernance moderne s’est répandue dans la sous-région et à l’intérieur de l’UEMOA qu’elle devient la règle la plus évidente des exigences des peuples. Personne dans la zone CEDEAO ne franchit plus la barre des deux mandats. Cette réalité politique affecte l’esprit du peuple du Togo qui réclame depuis trente ans l’alternance.

Or, les parachutés de l’hémicycle ne sont que des troubadours, des caisses de résonance d’une dynastie en désuétude sur les normes de la gouvernance. Par conséquent, le peuple togolais est en face d’un artifice parlementaire à produire du faux, c’est-à- dire, tout ce qui est contraire aux attentes modernes auxquelles sont attachés nos concitoyens pour ouvrir le débat politique à la rotation des hommes à la tête de nos institutions par le jeu de la compétition claire des programmes politiques et de la personnalité des leaders.

Toutes les républiques périclitent quand elles s’obstinent à aller contre la souveraineté de la volonté populaire en ce qu’elles forcent les citoyens à la résistance ouverte ou acharnée contre les lois ciniques qui travestissent les aspirations les plus éclatées, les plus percutantes de la demande de la grande majorité
Qu’est-ce que les délégations spéciales ont apporté à nos collectivités locales en ces trois décennies?

Au lieu d’adopter le système d’efficacité des préférences sur la base du choix libre par des élections, la distance et la distanciation de nos collectivités par rapport aux parachutés des délégations spéciales sont devenues les repoussoirs qui phagocytent la gouvernance par des nominations à la place des élus.

Les lois ne sont pas faites pour chasser ceux qu’on veut gouverner devant soi. Il faut simplement faire suivre ce qu’ils ressentent, leurs besoins, leur combat, leurs objectifs pour créer l’adhésion à l’action d’accompagnement sans laquelle les « déclarés élus » tournent à vide dans leur fonction.

L’Assemblée de la plaisanterie électorale a le malheur de la singerie dynastique et n’a pas vocation dans sa misère politique d’être aux côtés de notre peuple. Il n’y a que le sens de la justice et du mérite qui conduisent les hommes à poser les actes de noblesse et de dignité. Ceux qui sont dans la falsification de leur fonction et qui savent que l’usurpation leur coupe les veines de l’autonomie du jugement, mettent en danger la cohésion sociale, la concorde civile, la solidarité que nourrit le progrès dans la cité.

Les lois et les réformes des iniquités politiques ne sont malheureusement de l’ordre d’une habileté politique. L’hémicycle du remplissage n’a pas de miracle à produire pour réinventer l’avenir de la patrie. Le combat revient, pour redresser le Togo, à la conscience nationale, à l’engagement populaire, parce que les lois iniques se combattent fermement dans la ferveur du chaudron populaire. La honte couvre déjà ceux qui veulent montrer leur bosse de parlementaire à nos collectivités.

Elle se fait pressentir dans les réformes qui vont allumer de nouveaux cratères sociaux, parce que les Togolais partagent la qualité du jugement comme celui de MONTESQUIEU: « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi; elle doit être loi parce qu’elle est juste ».
 
source : L’Alternative
 

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