Le Togo, la queue qui sert de locomotive…

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« Un mauvais exemple est comme une tache d’huile qui va toujours s’étendant » (Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville)

Tant démographiquement et territorialement qu’économiquement et stratégiquement, le Togo ne pèse pas très lourd dans la région ouest-africaine ni sur le continent. Curieusement, c’est ce p’tit pays entre le Ghana et le Bénin qui semble porter le capitanat communautaire et de toute l’Afrique par ses mauvais exemples.

On se souvient, c’est notre pays qui avait donné de façon sanglante un revers aux prémices de la démocratie aux lendemains des indépendances, avec l’assassinat du premier président Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963. Cet acte ignoble a ouvert la voie aux coups d’Etat sur le continent.

Gnassingbé père qui avait revendiqué aux premières heures cet assassinat pour se rétracter par la suite, s’était donné les moyens de s’accrocher frénétiquement au pouvoir envers et contre la volonté des Togolais, en usant des fraudes électorales avec la bénédiction de la France. En matière de hold-up électoraux, le Togo est champion toutes catégories confondues. Ce mauvais exemple a également fait tache d’huile dans de nombreux pays dont les dirigeants organisent des mascarades électorales pour rester indéfiniment au pouvoir.

Le Togo va également expérimenter la dévolution monarchique du pouvoir. Même si dans ce domaine, il s’est fait damer le pion par la RD Congo qui fut la première à inaugurer en 2001 la succession dynastique postindépendance sur le continent africain. Quatre plus tard, en 2005, à la suite de ce qu’on avait appelé la « catastrophe nationale », le décès de Gnassingbé Eyadema, un triple coup d’Etat militaire, constitutionnel, électoral a été opéré et le pouvoir confié à son fils, Faure Gnassingbé à qui l’armée fit allégeance.

Le Gabon va s’inspirer parfaitement de l’exemple togolais. A la mort de Bongo père en 2009, le fils, Ali Bongo Ondimba, s’empara du pouvoir avec le soutien de l’armée. D’autres pays à l’instar du Sénégal avec Abdoulaye Wade, l’Egypte sous Hosni Moubarak ou encore la Libye de Mouammar Kadhafi préparaient leur fils Karim Wade, Gamal Moubarak et Saif El Islam à leur succéder au pouvoir mais avaient lamentablement échoué.

Ce n’est pas pour autant que l’idée de la dévolution monarchique du pouvoir s’est estompée. La Guinée Equatoriale, le Congo-Brazzaville, le Tchad sont aujourd’hui en lice pour expérimenter la succession dynastique au pouvoir.  Teodoro Obiang Nguema, Denis Sassou Nguesso et Idriss Déby Itno pourront faire de leur fils leurs successeurs potentiels.

« Le Togo blotti entre le Ghana et le Bénin devrait s’apercevoir des délices de l’alternance démocratique et de ses retombées », disait un observateur. C’est encore notre pays qui assombrit l’avenir de la CEDEAO à cause des ambitions démesurées de son dirigeant qui inhibe les efforts de l’espace communautaire à bâtir des Etats véritables de droit. D’abord, en s’opposant à la limitation du mandat présidentiel à deux dans les 15 pays qui composent la CEDEAO, ensuite en rusant pour s’autoriser un 3ème puis un 4ème mandat présidentiel alors que tous les dirigeants se sont engagés à s’en aller au terme de leur second mandat.

L’exemple du Togo contamine aujourd’hui la Guinée et la Côte d’Ivoire. Alpha Condé a préféré s’inscrire dans la médiocrité en se servant comme argument le mauvais exemple de son homologue togolais pour se maintenir lui aussi au pouvoir. « N’y a-t-il pas d’autres pays où les présidents peuvent faire un troisième mandat ? » Voilà l’argument saugrenu brandi par le vieil homme pour s’autoriser un 3ème mandat. Et il ne sera pas surprenant que d’autres pays emboîtent le pas.

C’est le Togo, la queue qui est aujourd’hui la locomotive de la CEDEAO. Bien triste !

source : Médard AMETEPE/ Liberté Togo

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