Législatives : aberrations inédites, panique à bord du régime

elections_togo
 

Contes et légendes des élections

 
La compétition électorale forcée du 21 juillet prochain reste dans sa logique concentrique. L’organe de gestion des élections, la CENI, a bouclé le dépôt les candidatures le 19 Juin dernier avec l’enregistrement d’une douzaine de partis politiques, deux regroupements de partis de politiques et une quinzaine de candidats indépendants. Un décryptage de ces candidatures montre que certains partis ont fait acte de candidatures par simple formalité ou pour honorer leur deal envers leur mentor, le parti au pouvoir. Pour se faire, des alliances contre nature sont nouées çà et là. Zoom sur ces partis ou plus tôt particules qui jouent le rôle de trouble fête.
 
Le mensonge se lève tôt mais la vérité finit par le rattraper et même le dépasser. Depuis le début du processus électoral, les appétits ont commencé à être aiguisés tan au niveau des poids lourds de l’opposition chez les roitelets. Elections au Togo, rime avec mascarade. Pendant que les responsables du Collectif Sauvons le Togo et la Coalition Arc-en-ciel s’évertuent à créer les meilleures conditions pour les élections crédibles, équitables et incontestées, les partis comme l’Union des forces de changement (UFC), la Convergence patriotique panafricaine (CPP), l’Alliance, le Nouvel engagement togolais (NET) et bien d’autres sigles travaillent en eau trouble pour une participation à n’importe quel prix.
 
Des dés pipés d’avance ?
 
Tout porte à le croire. L’Union des forces de changement (UFC), aura des candidats dans l’ensemble des circonscriptions. Ce parti, faut-il le rappeler avait signé un accord avec le parti au pouvoir en Mai 2010. Selon les termes de cet accord, les réformes constitutionnelles et institutionnelles devraient être opérées dans un délai de six mois. Aujourd’hui, aucune réforme n’est opérée mais ce parti soutient qu’il fallait faire après les élections en violation de cet accord. Tout ceci n’est que le fruit d’une combine bien ficelée. Certains responsables de cette formation politique soutiennent qu’ils travaillent dans l’ombre pour une alternance pacifique et négociée en 2015. Crédit accordé à ces propos quand on sait que la quasi-totalité des clauses contenues dans cet accord qualifié d’historique ne sont pas respectées? La question restée posée.
 
Le parti, dans sa logique, misait sur la non participation des deux regroupements tels le Collectif Sauvons le Togo et la Coalition Arc-en-ciel et partager l’électorat comme un gâteau. Avec ces législatives en vue, ce parti prétend avoir “au moins 31 députés sur les 91 que comptera le prochain Hémicycle”. Il est permis de rêver, mais le rêve sans limite n’est pas permis. Ce parti a déjà positionné plusieurs ministres comme DIABACTE, ORE, GALLEY, le député sortant Nicodème HABIA et Jean-Luc HOMAWOO. Ce parti avec son leader Gilchrist Olympio, a le plus sombré la lutte démocratique et les représailles ne feront pas attendre lors du prochain scrutin législatif.
 
Des aberrations électorales au Togo
Les cas de Dahuku Péré et de Extase Apotsui sont des cas d’école où le monde des politiciens doivent s’inscrire.
ID entendu Initiatives et Développement. Un sigle sous lequel s’abrite Extase Apotsui, revenu de France dans une ambiguïté suspecte suite au décès de Gnassingbé Eyadéma après de longues années d’absence du pays.
Dès son retour et à l’issue de la création de ce sigle, il se pavanait de radio en radio insultant le parti au pouvoir, développant des théories imaginaires pour relever l’économie nationale. Clopin-clopant, il réussit à se faire coopter à la CENI en 2007 comme parti extraparlementaire vu ses prises de position à l’époque. Depuis cette date, il siège à la CENI. Cette année l’enjeu des élections est de taille. Nombreux sont eux qui attendent que son parti fasse acte de candidature. Bien sûr qu’il est lui-même président de ID et en même temps membre de la CENI, il ne pourra plus se porter candidat. Et pourtant un parti politique n’est pas réduit à la portion congrue de son président. Mais c’est qui semble être le cas de plusieurs partis politiques togolais dont ID. Ce parti dont personne ne connaît d’autres membres à part son président. Beaucoup s’interrogent si ses membres sont virtuels. Son absence pour la compétition électorale suscite beaucoup d’interrogations et de remous. Et si le parti avait d’autres membres, ils pourraient se positionner au moins dans l’Agou natal du président Apotsui ou dans le grand Kloto (Kpalimé, Kpélé et Danyi). Rien de tout cela pour le parti extraparlementaire le plus chanceux. La preuve par deux que le parti n’est réduit qu’à l’ombre de son président dont la présence à la CENI devrait être une aubaine. Nos investigations font état de ce qu’Extase Akpotsui se prépare pour les élections municipales dont la date est encore aux calendes grecques. N’est-ce pas drôle?
 
L’autre drôlerie est l’acte posé par Maurice Dahuku Péré, président du parti “Alliance” qui s’est réclamé à qui voudrait l’entendre qui s’est muté dans les années 2000 en opposant après avoir servi le régime dictatorial depuis plusieurs décennies.
 
Il est le porte étendard de l’Union pour la république (UNIR), parti du Chef de l’Etat dans la circonscription électorale de Blitta. Une candidature qui intéresse la presse nationale et internationale. Une innovation, dirait l’autre. Dans les milieux politiques du Togo, des qualificatifs manquent pour qualifier cet acte de l’ancien de l’assemblée nationale. Comment le président d’un parti politique (qui se réclame de l’opposition) peut se retrouver à la tête de liste du parti au pouvoir pour un scrutin de liste. Est-ce le fruit d’une union ou fusion négociée en douce? Personne ne saurait répondre avec exactitude à une telle interrogation si ce n’est l’intéressé. Curieusement son parti a présenté au même moment des candidats dans 7 autres circonscriptions. Et si c’est une union, elle est contre nature et est une invention typiquement togolaise.
 
Pour les observateurs avertis, le geste de Dahuku Péré ne surprend pas outre mesure. On se rappelle tout juste au lendemain de la création du parti UNIR par Faure Gnassingbé, Dahuku Péré et les siens ont tenu un mini congrès au siège de leur parti à Tokoin Wuiti. Dans la déclaration liminaire qui avait donné le ton à ce congrès, ils félicitaient le Chef de l’Etat pour son initiative et prennent acte de la création de UNIR. Ceci tout traduisait déjà l’intention des premiers responsables de cette minuscule formation politique. Les hommes de médias en parcourant cette déclaration se sont posé mille et une questions. Comment un parti politique qui aspire à conquérir le pouvoir pouvait-il se réjouir de la création d’un autre parti est en fait un concurrent? A l’époque, beaucoup était confus de cette déclaration. Aujourd’hui Dahuku Péré vient d’éclairer l’opinion sur le sens réel de sa déclaration.
 
Honte à un pseudo opposant qui perd ses repères. Pour beaucoup d’observateurs, Péré est en train de retourner au bercail, au parti qu’il prétend abandonner il y a une douzaine d’années. Il apparaît clairement que l’Alliance n’est pas un parti d’opposition mais une aile marchante de UNIR. Ourna Gnanta, le porte parole du parti au lieu de se taire, essaie vaille que vaille de justifier la forfaiture de son patron en disant que la ” décision prise par Maurice Dahuku Péré va dans le sens de la réalisation des réformes essentielles à l’enracinement de la démocratie au Togo ”. Certaines indiscrétions font état de ce que Dahuku Péré a vendu son âme pour permettre la survie de son parti et pouvoir se présenter dans des circonscriptions électorales autres que celle de Blitta.
 
La Convergence Patriotique Panafricaine (CPP) a investi depuis le 16 Juin ses candidats pour les législatives du 21 juillet. Les diablotins fabriqués par Edem Kodjo savent que leur patron ne leur a laissé aucun héritage. Ce parti fait partie des tout premiers à faire acte de candidature. Le parti sera présent dans une dizaine de circonscriptions notamment le Yoto où le président Francis EKON se positionne. Au cours d’une cérémonie de présentation, Francis Ekon, a invité les candidats à être d’ « authentiques ambassadeurs de la paix au Togo, des candidats exemplaires, des modèles de rassemblement ». Le parti au symbole du coq avec son ancien leader, Edem Kodjo, depuis les années 1990, continue de jouer le rôle d’un animal politique au côté du pouvoir en place. Rien n’est sûr, mais si les élections arrivaient à être transparentes, la CPP n’ayant aucun repère au Togo. Edem Kodjo étant impopulaire jusque dans son fief de Noépé.
 
D’autres entités comme le PDR un parti mourant, se comportant comme un serpent de mer aux démarches d’un caméléon. Il apparait lorsqu’une échéance électorale se présente et disparait à la fin des processus. Beaucoup ignore si le président de cette formation politique, Zarifou Ayéva est toujours vivant. On n’entend parler de ce parti que dans les arcanes du pouvoir et de façon circonstancielle.
D’autres particules et sigles comme le Nouvel engagement togolais (NET), la Santé du Peuple, le Fond démocratique libéral (FDL), la Nouvelle dynamique populaire (NDP) se livrent également à la gesticulation. Des amuseurs de galerie, dirait l’autre qui constituent de petites béquilles au régime. Rien de séreiux à signaler dans leur cas.
 
Un dialogue préalable à tout prix
 
Les informations concordantes font état de ce que le gouvernement après moult tergiversations est en passe d’accepter les discussions autour d’une table pour assainir le climat politique avant les échéances électorales. Mais, l’Union des forces de changement de Gilchrist Olympio s’y oppose, farouchement d’ailleurs. Raison pour laquelle un émissaire du Collectif Sauvons le Togo, Aimé Gogué s’était rendu à plusieurs reprises au domicile de l’opposant en perte de vitesse le dimanche 16 Juin dernier pour essayer de le convaincre. Le gouvernement qui s’est montré réfractaire à ce dialogue il y a des mois, a commencé par se raviser. Le Ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales, Gilbert BAWARA, lors d’une intervention sur Radio France Internationale vendredi dernier a affirmé que le gouvernement entend dialoguer avec l’opposition mais aucune réforme ne sera opérée avant les élections. Mais le dialogue ne doit pas être un préalable à l’élection législative, avait déclaré Bawara. Ce revirement laisse entrevoir que les lignes sont en train de bouger. Celui-là même qui tenait naguère un discours de fermeté en ce qui concerne le dialogue avec l’opposition. Cela traduit la panique observé à bord du régime UNIR/UFC obligé de fléchir ses positions radicales pour se discréditer face à l’opinion nationale et internationale.
 
Comme au Togo, le ridicule ne tue pas, le régime qui estime qu’il n’y a pas de moyens pour survenir aux besoins de sa population, en trouve lors d’échéances électorales pour coopter des fantômes, susceptibles de l’aider à assouvir ses ambitions de conservation du pouvoir. Les réformes vont ainsi de report en report et les principes démocratiques et de bonne gouvernance sont foulés au pied. Conséquence, le Togo reste et demeure une république bananière. Sauve qui peut. Véritable contes et légendes que ces élections.
 
Jean-Baptiste ATTISSO
 
source : L’indépendant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *