Les couloirs aprĂšs l’échec de la facilitation : Pourquoi faire? Faure GnassingbĂ© Ă©tait chez Nana Addo vendredi

0
277


Le PrĂ©sident du Ghana Nana Akufo-Addo Ă©tait l’invitĂ© dimanche de l’Emission « Internationales » rĂ©alisĂ©e par TV5, RFI et le journal le Monde. Dans la plĂ©thore de sujets abordĂ©s, la crise togolaise s’est invitĂ©e au cours de cet entretien. RĂ©pondant aux questions des journalistes sur la situation politique togolaise, l’ancien facilitateur mandatĂ© par la CEDEAO rĂ©pondant Ă  une question a dĂ©clarĂ© : « La facilitation de la crise sociopolitique togolaise a pris fin avec le dernier sommet de la CEDEAO. Mais cela n’empĂȘche pas les chefs d’Etat d’ĂȘtre toujours en contact avec les responsables de l’Etat togolais et ceux de l’opposition. Ces discussions de couloirs consistent Ă  pousser les uns et les autres vers le compromis et le consensus sur la façon d’aborder l’avenir du Togo ». Plus loin sur la question de l’alternance au Togo, il rĂ©pond : « L’alternance au Togo, c’est un problĂšme des Togolais. En tant que leader du Ghana, ce n’est pas Ă  moi de dire cela, c’est un problĂšme du Togo. Le plus important, c’est qu’ils arrivent Ă  avoir une vie normale ».

Cette curieuse sortie du prĂ©sident du Ghana suscite quelques commentaires. Il ne faut pas faire usage de la langue de bois, la CEDEAO est un syndicat de dictateurs, de chefs d’Etat complaisants qui se soutiennent dans le mal et des fonctionnaires corrompus. Que fait-on aujourd’hui dans les couloirs que la facilitation a dĂ©libĂ©rĂ©ment refusĂ© de faire en cautionnant et validant les lĂ©gislatives controversĂ©es du 20 dĂ©cembre dernier? Comment peut-on refuser de rĂ©gler officiellement une crise et s’atteler aprĂšs Ă  faire les couloirs entre les acteurs ? Quelle est la logique qui sous-tend cette dĂ©marche aujourd’hui ? Que cherche-t-on Ă  obtenir auprĂšs des acteurs dans les couloirs qu’on n’a pas pu rĂ©aliser pendant la durĂ©e de la facilitation? Enfin, pourquoi avoir fait le choix de liquider le dossier togolais en dĂ©crĂ©tant un satisfecit gĂ©nĂ©ral lors d’un sommet de la CEDEAO et s’atteler maintenant dans les couloirs Ă  discuter avec les acteurs?

Sachant que les choses des couloirs sont souvent sombres et dĂ©bouchent sur des compromissions, l’on se demande la nature de ce qui se discute actuellement. La deuxiĂšme sĂ©rie d’interrogations dĂ©coule de la rĂ©ponse donnĂ©e par le chef de l’Etat du Ghana sur la question de l’alternance au Togo. A priori il a raison de dire que cette question ne concerne que les Togolais eux-mĂȘmes, mĂȘme s’il le dit avec une touche de cynisme en ajoutant que « le plus important, c’est qu’ils arrivent Ă  avoir une vie normale ». Les Togolais, du moins ceux qui aspirent au changement, n’ont jamais dĂ©clarĂ© que l’alternance c’est une question des voisins.

Il est connu de tous que dans un monde de concurrence, la crise politique togolaise fait longtemps l’affaire de ces voisins qui captent les investissements, les projets et d’autres opportunitĂ©s que le Togo perd. Certains voisins n’ont d’ailleurs jamais souhaitĂ© une vraie alternance au Togo, puisque le clan GnassingbĂ© demeure pour eux un guichet automatique pour leurs ambitions dans leurs propres pays.

Lorsqu’on est un chef d’Etat du Ghana, un pays voisin du Togo oĂč les peuples sont liĂ©s par la mĂȘme histoire, que les Ă©conomies sont interdĂ©pendantes, qu’une instabilitĂ© au Togo risque de mettre le Ghana en difficultĂ©, on ne peut en rĂ©alitĂ© se permettre de dĂ©clarer Ă  la face du monde que l’alternance au Togo n’est qu’une affaire des Togolais eux-mĂȘmes. DĂ©cidĂ©ment l’Afrique ou la CEDEAO est orpheline de vrais leaders, des dirigeants courageux capables de rappeler leurs collĂšgues Ă  la raison. Malheureusement, nous n’avons que des gestions de comptoirs au profit des puissances Ă©trangĂšres, comme Ă  l’époque des colons. C’est bien dommage.

AprĂšs l’échec assourdissant de sa mission de facilitation avec l’autre phĂ©nomĂšne Alpha CondĂ© dans la crise togolaise, Nana Akufo Addo devait faire amende honorable ou Ă  la limite faire profil bas au lieu de chercher Ă  faire porter la responsabilitĂ© sur les Togolais. Cette sortie sur les mĂ©dias français le 17 fĂ©vrier dernier nous renseigne davantage que des choses obscures se prĂ©parent dans les couloirs.

Faure Gnassingbé, un aller et retour express à Accra vendredi
La sortie du prĂ©sident ghanĂ©en intervient aprĂšs un entretien qu’il a eu le vendredi aprĂšs-midi avec Faure GnassingbĂ© au Ghana. En effet, aprĂšs la pose de la premiĂšre pierre du fameux hĂŽpital dit de rĂ©fĂ©rence dans la matinĂ©e du vendredi 15 fĂ©vrier, les sources contactĂ©es par la RĂ©daction avant mĂȘme ce dĂ©placement en fin de semaine font Ă©tant d’une visite officieuse au cours de laquelle les deux chefs d’Etat devraient Ă©voquer les questions de reformes, mĂȘme si la facilitation a pris fin. La sortie du prĂ©sident ghanĂ©en sur cette question deux jours plus tard confirme la confidence faite Ă  la RĂ©daction par des sources bien introduites. Faure GnassingbĂ© est rentrĂ© Ă  LomĂ© en dĂ©but de soirĂ©e aux alentours de 19h30.

Que cherche-t-on Ă  obtenir de ce dernier sur les questions de reformes qu’on n’a pas pu lui arracher pendant le dernier dialogue ? Il est difficile de faire entendre raison Ă  un homme qui ne conçoit pas une vie aprĂšs le pouvoir et qui dĂ©clare Ă  qui veut l’entendre que son gĂ©niteur a dit de ne jamais le laisser tomber au risque de ne plus jamais le retrouver.

Faure GnassingbĂ© est dans une logique du pouvoir Ă  vie, ‘’advienne que pourra’’. Tant que les chefs d’Etat africains n’auront pas le courage de lui dire la vĂ©ritĂ© en face et publiquement, les couloirs, qu’ils soient sombres ou clairs, ne lui feront pas changer d’avis. Le reste n’est que perte de temps.
 
source : L’Alternative
 

Laisser un commentaire