Les leçons de la crise du covid-19 : suite et fin

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Cette dernière partie de notre série d’articles sur les leçons à tirer de la pandémie au covid-19 pose les bases de la restructuration économique et profonde du Togo, avec un accent particulier sur le marché du travail et la formation post bac.

Le monde du travail a subi de profondes mutations et le Togo doit suivre cette voie. Tout d’abord, il faut acter la dématérialisation de certains documents publics, comme les légalisations (timbres en ligne), la demande des casiers judiciaire en ligne (le projet en déjà en cours), la prise de rendez-vous en ligne pour la confection des pièces d’identités, le renouvellement des permis de conduire… Aussi, il faudra, dans la fonction publique comme dans le secteur privé, dématérialiser les tâches et prestations intellectuelles afin que ceux qui le peuvent puissent recourir au travail à distance. Le travail à distance comporte des avantages comme : l’augmentation de la productivité, une communication fluide et rapide, moins de distraction et moins de réunions inutiles et informelles, la diminution des temps de trajets hebdomadaires.

Afin de lutter contre la précarité des emplois, il faudra d’abord, en accord avec les partenaires sociaux et économiques (patronat, syndicats, Associations des consommateurs, Etat et collectivités locales), recalculer le niveau le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti afin qu’il puisse refléter le vrai niveau de vie.  Encore plus primordial, il faut travailler à rendre les contrats de travail systématiques, réglementer les contrats courts (surtout leur renouvellement) avec une déclaration obligatoire des employés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Une sensibilisation massive, de proximité doit être lancée afin d’informer les travailleurs sur leurs droits et devoirs. Les prérogatives des syndicats doivent être renforcées. Chaque commune peut disposer des conseillers juridiques qui peuvent aider les employés en cas d’incompréhension ou de litige avec son employeur. Car les conséquences des emplois précaires sont nombreuses et graves ; au-delà d’une absence d’une assurance chômage, d’une situation dégradée dans un avenir proche, un employé dans cette situation se verra systématiquement refuser un prêt bancaire parce qu’il aura des difficultés à fournir les garanties nécessaires. Pour l’Etat, les employés non déclarés ou travaillant au noir constituent un manque à gagner énorme en termes de prélèvements de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, alors que les politiques publiques se heurtent déjà à des recettes fiscales un peu trop basses ne pouvant pas les financer.

Toutes ces mesures ont aussi pour vocation de lutter contre un faible pouvoir d’achat qui constitue vraisemblablement un des freins à l’essor et l’émergence de l’entrepreneuriat au Togo. Si plusieurs dispositifs de soutien ont été mis en place pour accompagner et financer les entreprises, elles restent à ce jour encore méconnus du grand public et leur efficacité reste à prouver.

A cet effet, tous ces mécanismes peuvent être rassemblés et pilotés par une entité unique à savoir la Banque Nationale d’Investissement (BNI-TOGO). Elle se chargera essentiellement du secteur formel et aidera les entreprises informelles à se formaliser. Elle accompagnera les entreprises dès la phase de création avec des fonds d’amorçage à la phase d’expansion voire d’implantation à l’extérieur et même de restructuration. Elle devra avoir, des déclinaisons selon les politiques sectorielles (si elles existent) et les démembrements locaux suivant le découpage administratif. L’objectif d’une entité pareille sera de fournir une assistance financière, technique, logistique à toutes les entreprises, et de les accompagner dans leur gestion au quotidien. Ces différents accompagnements doivent rentrer dans une grande politique de transformation industrielle, celle-là que les pays africains ont longuement retardé pour diverses raisons. Car les manufactures sont celles qui emploient une grande quantité de main d’œuvre, pas nécessairement hautement qualifiée.

Cette mission peut aussi être confiée à un fonds d’investissement privé. En effet, certaines études (Manigart, 2017) ont prouvé que les fonds privés réalisent mieux les objectifs de hausse d’emploi des gouvernements que les fonds publics. Le gouvernement confie la gestion de ses fonds à des fonds privés qui se chargent de les investir ; le gouvernement ne contrôlant pas les stratégies d’investissement mais émet les grands axes d’orientations de gestion en définissant des objectifs recherchés via ces actions. En raison de leur gestion souvent  plus rigoureuse et plus efficace, les fonds privés hybrides arrivent à réaliser les objectifs des gouvernements et leurs propres objectifs à savoir une rentabilité toujours plus importante et une création massive d’emplois, et de richesse. Cette approche aussi permet d’éviter « le copinage » lors de la sélection des projets ; accroissant la sélection des bons projets.

Concernant les mesures d’accompagnement, autres que celles déjà mises en place par les différents ministères, il peut s’agir des subventions directes versées aux entreprises, des crédits d’impôts, l’exonération de certaines taxes, afin de renforcer la productivité des entreprises afin qu’elles restent pérennes. La création des pépinières et des incubateurs peuvent aider les jeunes entrepreneurs à mûrir leurs idées, les tester, et créer les conditions du succès ; labellisant et crédibilisant les projets.

Venons-en ensuite au cas du système scolaire. Aujourd’hui l’Etat togolais a pris la bonne mesure de mettre en pause l’année scolaire pour éviter la propagation du virus. Entre les enseignants vacataires qui constituent une partie non négligeable du corps enseignant et le rattrapage des cours pour finir l’année, beaucoup de questions attendent des réponses.

Concernant le rattrapage des cours, le gouvernement planche sur des décisions… qui vont encore se heurter à plusieurs problèmes. Si les cours doivent être suivis en ligne, l’internet, non seulement n’a pas atteint toutes les couches de la population togolaise, mais aussi est assez cher. Si les cours doivent se faire à la radio et à la télévision, tous les apprenants ne disposent pas forcément de ces outils, surtout ceux des zones reculées. Les solutions ne sont pas légion pour éviter une année blanche. L’année scolaire va certainement être rallongée et les vacances écourtées. 

La formation post-Bac devra faire l’objet d’une nouvelle approche. L’inadéquation entre les formations proposées et les besoins réels des entreprises peut être un facteur expliquant le chômage au Togo. A cet effet, il faudra revoir les programmes d’enseignement afin que non seulement ils puissent répondre aux exigences des entreprises, mais également permettre aux lauréats de pouvoir entreprendre. La formation professionnelle, (artisanat, coiffure, couture…) doit être réorganisée afin que les apprentis puissent bénéficier de l’accompagnement nécessaire à la fin de leur formation et pour une intégration plus réussie dans le monde professionnel. D’autres secteurs peuvent être également ouverts à la formation professionnelle, comme la pêche, l’agriculture, la cordonnerie. Il s’agit là de vulgariser les centres de formation, les rendre plus attractifs et surtout créer des débouchés dans chaque domaine. Les petites unités industrielles pourront absorber les apprentis à la fin de leur formation.

Des laboratoires de recherche, tous secteurs confondus (économie, finance, technologie sociologie, anthropologie, agriculture, élevage, artisanat, etc.) doivent être renforcés ou créés, afin de pouvoir connaître et comprendre les habitudes de la population locale, et ainsi de mettre en place des plans d’actions efficaces pour pallier aux différents problèmes rencontrés. Exemple : Comprendre les habitudes de consommation de la population locale, peut aisément aider les entreprises à anticiper sur les produits et services pouvant répondre aux exigences des consommateurs.

En écrivant cet article, nous ne savions pas que notre illustre aîné Kako Nubukpo produirait un message d’espoir publié dans le journal le Monde du 04 Avril 2020 que nous épousons totalement. Ce message, s’il est pris en compte au Togo, permettra de sortir grandi de cette crise.

Les messages d’espoir, les plus belles idées, les projets les plus rentables ne pourront sauver le Togo si la justice ne devient pas plus « juste ». Le Togo doit (re) devenir un pays où la justice protège le citoyen ; où la raison du plus fort ou du plus riche n’est pas toujours la meilleure ; où les libertés individuelles entrent dans le moule d’une action publique et citoyenne, elle-même dictée par une lutte sans faille contre la corruption, les inégalités et abus sociaux ; un Togo où le mérite prime sur le militantisme ; où chacun est jugé selon ses actions ou non son appartenance, où les hommes en uniforme ont un respect pour la population qu’ils protègent.

Quoiqu’il en soit, Dieu bénisse le Togo et nous protège.

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