Les « recettes » contre les malversations pétrolières : Un audit de vérité et la vérité des prix et des subventions, pour arrêter l’hémorragie dans le sous-sol du ministère.

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Le ministre du Commerce, Kodjo Adedze (g) et Francis Adjakly, un des cerveau présumé de détournement de plus 500 milliards de FCFA dans la gestion de l’importation des produits pétroliers au Togo | Infog : 27avril.com

Par Liberté Togo

Comment arrêter l’hémorragie dans le sous-sol du ministère du Commerce trop longtemps humide du fait du pétrole ? L’actuel ministre Kodjo Adedzé a semblé prendre la mesure du mal et ordonné un audit certes. Mais pour véritablement aller à la source du mal et l’arrêter, il faut aller au-delà de cette bonne intention qui, d’ailleurs, reste à vérifier.

Audit sur la commande de pétrole. Un terme trop vague pour convaincre les sceptiques. Pendant très longtemps, au moins depuis la mise sur pied du mécanisme d’ajustement des prix des produits pétroliers, la reddition de comptes a été la chose la moins partagée avec les consommateurs. Pendant trop longtemps, on a rebattu les oreilles des citoyens avec le refrain de subvention des prix des produits pétroliers. Et durant des années, la commande de ces produits a échu entre des mains de rapaces qui, pour mieux siphonner la manne du pétrole, ont fini par se placer dans la posture de juge et partie.

Si le scandale n’avait pas éclaté, personne ne parlerait d’audit. Mais parce que le Togo n’est pas un exemple en matière de vérité dans les rapports, il devient urgent que pour une première fois, les autorités –si vraiment elles n’ont rien à se reprocher- fassent les choses dans les règles de l’art.

Des audits dans les marchés publics, le Togo en connaissait dans un passé maintenant lointain, et le dernier audit des marchés publics –et encore, de certaines autorités contractantes seulement- remonte à l’exercice…2015 ! Même avec les audits passés réalisés, aucune mesure de coercition n’a été prise malgré les dépassements monstres par rapport aux gré-à-gré. Alors, quand on parle aujourd’hui d’audit d’un système longtemps gangrené, il y a des raisons d’être dubitatif.

De 2002 à 2020, telle doit être la période à couvrir si vraiment le ministre du Commerce tient à nettoyer les écuries d’Augias. Dans cette période, ce sont des milliards –des centaines assurément- qui ont été soustraits à la comptabilité publique. Comment les traders manipulent les délais de commandes pour se faire d’énormes profits à côté des sommes à eux dues par le Togo, les citoyens devront savoir. Pourquoi et au nom de quelle orthodoxie financière un président d’un comité peut être en même temps propriétaire d’une société, ensemble avec son fils qui est aussi au même moment fonctionnaire dans ledit comité, laquelle société est chargée de passer les commandes des produits pétroliers ? Dites-nous le terme exact si ce n’est pas celui de « conflit d’intérêts » ou de « juge et partie ».

Nous l’avons dit et répété, la somme des sommes négligeables n’est plus négligeable. A côté de cette commande, il y a le prélèvement pour le compte du mécanisme d’ajustement des prix. Sur chaque hectolitre (100 litres) de produits pétroliers importés, 200 FCFA –au départ, c’étaient 50 FCFA- sont prélevés pour le compte dudit mécanisme. Et d’après nos calculs, ce sont en moyenne 5,3 milliards que dégage ce comité pour son fonctionnement. Sans que jamais, des comptes ne leur soient demandés ! Rien que sur dix ans, on trouve en moyenne 35 milliards qui prennent d’autres directions que celui du trésor public. Cette pratique se poursuivra-t-elle sous le nouveau ministre ? N’est-il pas temps que Faure Gnassingbé prenne un autre décret qui indique la meilleure direction à ces prélèvements ?

Le troisième volet auquel s’attèlera l’audit est obligatoirement le phénomène de subvention des produits pétroliers. Depuis des lustres, les budgets successifs ont toujours comporté un volet consacré à des « subventions aux produits pétroliers ». Juste deux exemples pour illustrer la réalité au ministère du Commerce: en 2018, cette subvention, après collectif budgétaire, était de 5,130 milliards FCFA. En en prévision pour 2019, elle était de…11,396 milliards FCFA. C’est dire que chaque année, une part importante semble consacrée à cette « sonorité » qui n’a jamais été expliquée aux consommateurs. Et chaque année, que la tendance soit baissière ou haussière, cette rubrique est toujours alimentée. L’heure est venue pour que même la bonne femme au marché comprenne ce que veut dire cela et à quoi ça sert ; l’urgence est d’autant plus réelle qu’au même moment, des recettes prennent d’autres directions.

Au vu de tout ce qui précède, il ne s’agira pas de coopter n’importe quel cabinet d’audit pour ce faire. Il est vrai que le ministre en charge du Commerce, Kodjo Adedze , a donné des instructions pour que des audits soient menés « afin de rétablir la vérité » dans le détournement présumé de fonds dans la gestion de la commande des produits pétroliers par des membres du Comité de suivi des fluctuations des prix des produits pétroliers (CSFPP). L’annonce a été faite au soir du vendredi 17 juillet par Komlan Kondo, le Coordonnateur par intérim du comité lors d’un entretien diffusé à la Télévision nationale. Celui-ci a promis : « Si malversations il y a, les auteurs seront poursuivis conformément aux textes en vigueur ».

Comment les consommateurs sauront qu’effectivement il y a eu malversations ? Qui seront ceux qui mèneront cet audit ? Sur quelle période l’audit sera étendu ? Les conclusions du rapport seront-elles portées à la connaissance des citoyens dans la droite ligne de la reddition de comptes ? Autant d’interrogations qui, si elles manquaient à trouver des réponses satisfaisantes, seront les preuves qu’en réalité, ces annonces de bonne foi n’engagent que les non avertis qui veulent bien y croire !

Abbé Faria / Liberté Togo

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