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Les « sécurocrates » de Faure Gnassingbé face à la problématique de l’alternance au pouvoir

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Présidentielle de 2015
 
L’alternance au pouvoir est le grand enjeu de la présidentielle de 2015. C’est pour l’avènement de cet idéal que l’opposition se bat (sic) pour arracher les conditions minimales de transparence et d’équité du scrutin. Le personnage qui se dresse visiblement contre, c’est sans doute Faure Gnassingbé qui n’est pas repu de ses dix ans au pouvoir et veut s’accorder une rallonge. Mais dans l’ombre, il y a d’autres personnages avec lesquels il faudra compter. Eux, ce sont les fameux « sécurocrates » qui écument son entourage et qui ont tout à perdre qu’il quitte le pouvoir, ayant trempé dans des crimes divers.
 
Ces tout-puissants autour de Faure Gnassingbé
 
Officiellement, ils n’ont pas de rôle direct dans la conduite des affaires de la cité, à part qu’ils sont des galonnés de l’armée. Certains sont chef d’Etat-major général, d’autre à la tête des services de renseignements, d’autres encore chargés de la sécurité et de la défense du territoire. Mais derrière ces fonctions officielles, se cachent d’autres services spéciaux qu’ils rendent à leur mentor, loin des yeux et des oreilles indiscrets : crimes politiques et économiques, répression des manifestations de l’opposition, intimidation etc.
 
Généralement ils sont requis pour rendre service, mais parfois eux-mêmes prennent certaines initiatives, dans le dos de leur champion, gaffent et le mettent devant le fait accompli. Mais ce dernier ne les livre jamais. Au contraire il les protège, et parfois les promeut. Des observateurs évoquent comme illustrations patentes le tripatouillage du rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) en février 2012 ou encore les incendies de janvier 2013 à Kara et à Lomé.
 
Les sécurocrates, ce sont des gens tout puissants dans l’entourage de Faure Gnassingbé, le socle même de son pouvoir. Tellement puissants qu’ils contrecarrent parfois des décisions de l’autorité civile à qui ils sont normalement soumis. C’est leur autoritarisme qui avait poussé le 11 juillet 2012 à la démission Gilbert Fossoun Houngbo, au plus fort des manifestations politiques. Bien qu’étant chef de l’Exécutif, son autorité est parfois bafouée par ces sécurocrates. Les sécurocrates, ce sont des gens qui outrepassent leurs prérogatives, s’opposent même à la justice, font du zèle et versent souvent dans des crimes de toutes sortes, mais bénéficient de l’impunité. Petit tour d’horizon de ces fameux « seigneurs » et leurs actes.
 
Abalo Félix Kadanga. Son nom se conjugue avec basses besognes, et son évocation transporte tout de suite à l’intervention au domicile de Kpatcha Gnassingbé dans la nuit du 12 au 13 avril 2009. A l’époque (simple) Colonel et à la tête de la Force d’intervention rapide (Fir), c’est lui qui avait pris la tête de l’opération dénommée « Base arrière 2 » qui ne visait ni plus ni moins qu’à assassiner le député de la Kozah. Et ce dernier n’avait eu la vie sauve que grâce à l’intervention de Rock Gnassingbé, à l’époque à la tête du Régiment blindé de reconnaissance et d’appui (Rbra). Mais bien avant, il était mêlé aux tueries de 2005 qui ont coûté la vie à un millier de Togolais. Kpatcha Gnassingbé l’a par ailleurs cité comme l’auteur de l’incendie de l’Institut Goethe dans la foulée des violences d’alors organisés, en représailles à l’hospitalité offerte par l’Ambassade d’Allemagne à l’ancien ministre de l’Intérieur, François Akila-Esso Boko qui avait démissionné le 22 avril 2005, à 48 heures du scrutin. Mais tous ces actes n’ont pas empêché Faure Gnassingbé de le promouvoir Général et chef d’Etat-major général des Forces armées togolaises (Fat). La dernière, il est cité par le Collectif « Sauvons le Togo » dans son rapport comme l’exécutant en chef du scénario des incendies des marchés.
 
Yotroféï Massina. L’évocation de son nom réfère à une seule chose : la torture. Si l’homme était un illustre inconnu des Togolais, c’est par la torture sur les détenus spéciaux de Faure Gnassingbé qu’il s’est fait signaler. Bertin Agba, les accusés de l’affaire Kpatcha Gnassingbé et autres en savent quelque chose. On se rappelle, lors du procès en septembre 2011, les inculpés avaient témoigné à la barre sur les traitements inhumains à eux infligés et traité Yotroféï Massina de tous les noms d’oiseau : diable, démon…Il est cité dans le rapport de la Cndh. La torture est un crime imprescriptible ; mais pour l’instant, tout comme les autres, il bénéficie de l’impunité. Entre-temps devant le tollé général, Faure Gnassingbé a fait semblant de le dégager de la tête de l’Agence nationale de renseignement (Anr). Mais l’homme a retrouvé sa place depuis plusieurs semaines, ce qui a suscité le courroux des organisations de défense des droits de l’Homme. Massina Yotroféï, ce n’est pas que la torture. Ce sont aussi les saisies arbitraires et les détournements de fonds des commerçantes, le tripatouillage du rapport de la Cndh, les écoutes illégales etc. Son nom est également cité dans bien de dossiers obscurs dont des crimes.
 
Yark Damehame. Il est sans doute plus effacé que les deux premiers cités, peut-être à cause de sa fonction officielle. Il est en effet ministre de la Sécurité et de la Protection, ce qui lui recommande peut-être un peu plus de retenue. Mais cela n’efface pas son passé lugubre d’activiste qui l’a vu rendre certains services –hum…- au Père. Le zèle, il l’a toujours gardé ; c’est ce qui a été manifeste avec sa comédie jouée dans les enquêtes à sens unique dans l’affaire des incendies et les communiqués tendancieux pondus pour justifier les répressions des manifestations de l’opposition. Il reste en tout cas dans le cercle fermé des « messieurs sécurité du fauteuil » du Prince.
 
Kuma Biténiwé et Atcha Titikpina. Le premier est actuellementDirecteur de Cabinet duministre de la Défense, pour ne pas dire ministre de la défense. Un poste stratégique qui n’échoit qu’aux hommes de confiance et qui a été rattaché à la présidence de la République depuis le débarquement du gouvernement, de Kpatcha Gnassingbé devenu un ennemi à abattre. Après sa traversée du désert, il se la coule donc douce autour de Faure Gnassingbé, alors que ses camarades d’arme accusés tout comme lui de tentative de coup d’Etat broient du noir. Par une certaine ruse de Faure Gnassingbé, Atcha Titikpina que l’on présente comme une terreur a été poussé à la sortie. Certaines sources le disent même en résidence surveillée, dans le cadre d’une affaire de commande d’armes. Mais cela n’efface nullement ses actes passés. Torture, saisie et détournement de fonds des commerçantes, tripatouillage du rapport de la Cndh etc., il était dans les basses besognes. Ancien ministre de la Sécurité et ex-chef d’Etat-major général des Fat, il est admis à la retraite et donc sur la touche ; mais comme tout Général retraité, il reste à la disposition de l’armée du clan et peut être rappelé à la rescousse. Il ne saurait d’ailleurs refuser.
 
On ne saurait oublier l’ex-aide camp de Faure Gnassingbé aujourd’hui Préfet de la préfecture de la Kozah, le Colonel Didier Bakali. Cet officier des FAT qui a eu à gérer la Direction générale des douanes togolaises, n’hésitera pas à même à se mouiller pour le maintien de son maître. Depuis trois ans, il a imposé la loi martiale dans la préfecture de la Kozah et les fréquentes sautes d’humeur estudiantines sont étouffées. Il est également cité dans le rapport du Collectif « Sauvons le Togo » comme l’un de ceux qui étaient derrière l’incendie des marchés de Kara et de Lomé.
 
Faire élire leur champion et protéger leurs arrières
 
Le point commun à tous ces sécurocrates – la liste est plus longue que cela-, c’est qu’ils ont commis et continuent de commettre des crimes passibles de poursuites judiciaires. Ils ont tué, fait tuer, torturé, volé les fonds d’autrui, bref commis des actes ignobles qui leur auraient valu la prison si le Togo était un pays normal, et sa justice indépendante. Ne seraient-ce que le dossier des tueries de 2005 et l’affaire de torture auraient déjà conduit certains au gnouf. Mais tout ce beau monde n’est guère inquiété. La plupart ont été même promus au moment même où ils étaient décriés : Yotroféï Massina fait Grand-croix du mérité en avril 2011, Atcha Titikpina promu Général de Brigade et chef d’Etat-major général des Fat malgré son implication dans les affaires de torture, Félix Kadanga fait aussi récemment Général et chef d’Etat major des Fat malgré son passé lourd et ses mains tâchées de sang.
 
Selon un observateur, c’est une stratégie bien ficelée pour le Prince consistant à faire faire des choses à des galonnés et à leur offrir des promotions. Ce qui les contraint à une certaine fidélité à lui, pour ne pas se voir rattraper par leur passé. C’est un secret de Polichinelle que lorsqu’il décide de coincer un collaborateur, il y réussit. Malgré leurs crimes passibles de prison, ces sécurocrates qui écument l’entourage de Faure Gnassingbé continuent donc d’être dans ses bonnes grâces et de jouir des avantages. Ce qui ne serait pas pareil lorsque le pouvoir va changer de main. Il va donc de soi qu’ils s’investissent pour la conservation du pouvoir au profit de Faure Gnassingbé. Et c’est ici qu’il faut craindre qu’ils n’agissent contre l’alternance en 2015 qui serait aussi la fin de l’impunité et de leurs privilèges. Ils constitueront donc un obstacle pour cet idéal tant espéré par le peuple.
 
Tino Kossi
 
Liberté Togo
 

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