Les Togolais Détenus au Gabon, des Prisonniers Personnels de Faure Gnassingbé.

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Leur libĂ©ration conditionnĂ©e par le feu vert du fils d’Éyadema !
Les six Togolais arrêtés lors de la visite de Faure Gnassingbé à Libreville en mai dernier sont toujours en détention. Après de nombreuses démarches, les autorités gabonaises et le représentant du Togo au Gabon auraient déclaré ne pas être en mesure de procéder à la libération des détenus si Faure Gnassingbé ne donne pas son accord. Ils sont donc des prisonniers personnels du fils d’Eyadema, au même titre que les 53 personnes détenues dans le cadre de la crise togolaise.
« Prisonniers personnels de Faure Gnassingbé ». L’expression a été maintes fois utilisée pour désigner ceux qui croupissent en prison à cause de leurs opinions. Dans les geôles togolaises, ils sont encore 53, selon le rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) sur les violences qui ont émaillé les manifestations populaires depuis le 19 août 2017 dont les membres du mouvement NUBUEKE Messan Kokodoko et Joseph Eza et le premier responsable du REJADD Assiba Johnson sont les plus illustres de ces détenus politiques.
Des prisonniers personnels, Faure Gnassingbé en a, même à l’étranger. C’est le cas des jeunes arrêtés au Gabon le 24 mai 2018. Il nous souvient que dans sa quête de soutien pour sa présidence à vie, le chef d’Etat togolais a effectué de nombreux voyages auprès de ses pairs africains. Le 24 mai dernier, il a été accueilli par les Togolais vivant à Libreville. Le bain de foule qu’il a voulu s’offrir a viré aux huées de certains jeunes. « Dans les préparatifs de son arrivée, il a été demandé aux associations de ressortissants togolais au Gabon de mobiliser leurs membres pour accueillir Faure Gnassingbé. Beaucoup de jeunes ont été mobilisés, mais d’autres étaient venus avec des affiches dénonçant la dictature et le long règne des Gnassingbé. Alors qu’ils voulaient s’offrir un bain de foule, il a été accueilli par une manifestation de protestation. La Police gabonaise a arrêté plusieurs personnes et 6 sont restées en détention », rapporte un compatriote témoin de la scène.
Depuis cette visite du fils d’Eyadema au fils d’Omar Bongo, les compatriotes n’ont pas été remis en liberté. Et ce n’est pas faute d’actions en vue de leur libération. « Quand nos compatriotes ont été arrêtés, nous nous sommes dit que l’affaire peut être réglée entre frères. Nous avons donc décidé de faire des négociations en vue de leur libération. Nos démarches envers les autorités gabonaises ont été vaines. Elles nous ont clairement dit que c’est un problème entre Togolais et que les jeunes seront libres si le Togo donne son accord », rapporte la source.
Les ressortissants togolais à Libreville ont alors rencontré le Chargé d’Affaires, M. Tchekpo Komi. En sa qualité de représentant du Togo au Gabon, il a été interpellé pour ordonner la libération des personnes arrêtées et détenues au centre de rétention du Service de l’immigration. A cette rencontre, le diplomate aurait déclaré ne pas être informé de leurs arrestations. « Il nous a fait comprendre qu’il ne peut rien. Selon lui, la seule personne qui peut décider de cette libération est Faure Gnassingbé », révèle notre interlocuteur.
Après cette rencontre qui a eu lieu le 07 juin 2018, les compatriotes ont organisé une série de manifestations à l’ambassade du Togo, dans le but d’obtenir la libération des détenus. Les manifestations ont eu lieu les 18 et 25 juin, et le 2 juillet 2018. Lors de la dernière manifestation, ils ont été accueillis par la Police à coup de grenades lacrymogènes.
Si ces différentes actions n’ont pas porté de fruit, c’est parce que – et le diplomate l’a souligné – seul Faure Gnassingbé peut décider du maintien en détention ou non des six détenus. Ils font bel et bien partie des prisonniers personnels de Faure Gnassingbé. « Nous avons compris que c’est Faure Gnassingbé qui refuse de faire libérer les jeunes. Les autorités gabonaises nous ont bien dit que c’est aux autorités togolaises de donner leur accord sans lequel les compatriotes ne seront pas relaxés. L’ambassadeur aussi nous a clairement signifié que leur libération n’est pas de son ressort », martèle la source.
L’autre fait qui confirme la thèse selon laquelle Akpaki Acharaf, Atakoura Rachidou, Mamam Yassine, Tchatchibara Moutalabi, Ouro-Sama Amelik et Traoré Adam Ousmane sont des prisonniers personnels de Faure Gnassingbé est qu’aucune charge n’a été retenue contre eux. « Nous nous sommes renseignés et aucune charge ne nous a été communiquée. Ce que Faure Gnassingbé leur reproche, c’est d’avoir exprimé leurs opinions par rapport à la situation de leur pays. Ils sont en détention et survivent grâce au soutien de certaines bonnes volontés. Leurs besoins et ceux de leurs familles, notamment le loyer, les soins de santé et autres sont assurés par d’autres. Ils vivent des conditions très difficiles à cause d’un seul homme », se désole la source.
Ajoutés aux 53 personnes en détention dans les prisons du Togo, les six détenus de Libreville font porter à 59 le nombre des prisonniers personnels de Faure Gnassingbé.
G.A.
Source : Liberté N°2732 du 10 août 2018
 

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