Les Tragédies Africaines

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Sénouvo Agbota Zinsou


Revenons en Afrique. La rébellion ivoirienne, ouvertement menée par Guillaume Soro, comme prélude à un piège qui permettrait de prendre Gbagbo à un prétendu jeu démocratique dont le but était surtout, in fine, d’installer au pouvoir un homme favorable aux intérêts occidentaux et surtout français dans ce pays, en l’occurrence Alassane Ouattara semble avoir fonctionné selon le plan de Paris.

Sans entrer dans les détails, disons que ni les vies humaines des Africains, ni l’avenir de la Côte d’Ivoire n’ont été des éléments prioritaires dans ce plan machiavélique conçu par l’Occident, la France plus précisément, avec la complicité des Africains préoccupés par les ambitions personnelles plus qu’autres choses. Non loin de la Côte d’Ivoire, les tragédies connues par les peuples frères du Libéria et de la Sierra Leone n’ont pas eu que des Africains comme personnages principaux impliqués dans les atrocités commis pendant ces années d’horreurs. Avant le Libéria et la Sierra Leone, le génocide rwandais et avant celui-ci, la guerre de sécession du Biafra.

Nous n’attribuerons pas tous les malheurs des Africains aux étrangers, cependant ceux qui sont à l’affût des tragédies et de toute forme d’instabilités socio-politiques dans nos pays, ne nous ont-ils pas à plusieurs reprises donné la preuve que leurs intérêts prévalent avant tout sur la vie et la dignité des Africains ?

À toi le pouvoir… À moi les richesses

Le malheur de nos peuples est de regorger d’immenses ressources convoitées par l’Occident dont les nations sont pour le moins dirigées par des hommes sans foi ni loi qui trouvent facilement leurs complices en Afrique ou des hommes prêts à concéder aux Occidentaux la main mise sur nos richesses, à condition que ceux-ci leur garantissent leur propre pouvoir, comme le roi du Monomotapa.

Revenons encore plus près du sujet qui nous intéresse, le Togo. Après le 19 août 2017, le pouvoir ahuri, pris de panique se sentant rejeté par le peuple togolais, ne sachant à quel saint se vouer, que n’a-t-il pas fait ? Que n’a-t-il pas commis ? Meurtres par-ci, arrestations par-là, siège autour de certaines villes, chasse aux paisibles populations pour la simple raison que celles-ci voudraient exprimer leur opposition à son encontre ; il s’adonnait à de ridicules mesures démagogiques à gauche et à droite et surtout courrait partout à travers l’Afrique et le monde à la recherche d’aides et de soutiens pour se maintenir en place.

Alors que le président du Nigéria, Muhammadu Buhari déclarait publiquement ne pas exclure l’option militaire pour éviter un bain de sang aux portes de son pays, il a suffi d’une visite du président français Emmanuel Macron au Nigéria pour tout changer.

En fait, Macron recourait à Buhari pour jouer le même rôle qu’avait joué Obasanjo sur intervention de Chirac en 2005 au Togo pour consolider la position encore vacillante de Gnassingbé baignant dans le sang d’au moins 500 victimes (chiffre reconnu par une enquête de l’ONU alors que d’autres sources parlent de milliers de morts).

C’est dans ce contexte de politique internationale où des intérêts complexes de tous ordres ont plus de poids que les notions abstraites de justice, de vérité, de démocratie, de droits de l’homme, de dignité humaine qu’il faut analyser la situation au Togo, carrefour d’histoires, d’enjeux économiques et politiques donc forcément de scandales impliquant des personnages ayant commis des actes dont ils devraient répondre devant des juridictions internes et externes.

Dans ce contexte-là, n’est-ce pas un peu réducteur de dire aux acteurs politiques de quelque bord qu’ils soient d’aller aux urnes pour que tout soit résolu ?

Doit-on alors s’étonner que le dialogue, la feuille de route, toute l’intervention d’un organisme comme la CEDEAO n’aient rien apporté au peuple togolais ?

Comment ne pas croire au complot ?

Certains pourraient sourire, sceptiques, pensant que les Togolais, comme les Africains en général sont enclins trop rapidement et trop facilement à faire usage de la théorie trop réductrice du complot. Mais, comment ne pas croire au complot quand les mêmes, presque toujours, se retrouvent du même côté, au bout du compte, pour soutenir directement ou de manière détournée le même clan dans sa volonté de conserver le pouvoir depuis plus de cinquante ans, alors que de l’autre côté, les mêmes se retrouvent les dindons de la farce, toujours perdants, toujours victimes ? Et que le sort de la majorité des citoyens ne s’améliore guère. Au contraire…

La complexité du problème togolais, le désarroi et l’impuissance dans lesquels les Togolais se voient jetés, les insécurités de toutes sortes qui règnent dans le pays et l’incertitude totale du lendemain ont conduit des citoyens de différents niveaux intellectuels, d’obédiences diverses, d’appartenances idéologiques qui pourraient s’opposer les unes aux autres à se tourner vers le spirituel.

Nous ne parlons pas des marchands de prophéties et des charlatans de tout bord. Mais d’hommes de conviction que l’on peut dire sérieux et sincères. Et parmi eux, des hommes de l’envergure de Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro.

Ce dernier a préconisé des prières d’exorcisme pour débarrasser le pays de certains esprits qui l’auraient envahi depuis son existence autonome. Il ne nous appartient pas de critiquer cette vision de l’évêque, d’autant plus que sur le même plan spirituel, nous n’avons rien à proposer.

Mais, nous pouvons néanmoins nous demander en quoi cet exorcisme différerait des cérémonies dites de « purification » opérées quelques mois plus tôt avant la déclaration du prélat catholique et auxquelles se sont adonnées des prêtres de toutes croyances confondues, à la demande des pouvoirs publics ?

Inutile d’insister sur le fait que la majorité des Togolais qui ne sont nullement dupes n’ont accordé que le crédit qu’il mérite à ce genre de trouvaille, c’est-à-dire pas de crédit du tout et s’en étaient moqués comme d’une ridicule manœuvre psychologique de plus.
Mettons-nous d’accord qu’il s’agit d’un problème relevant de l’esprit dans ce contexte international où le mensonge, l’injustice, la malhonnêteté et le crime, c’est-à-dire de la perte des valeurs spirituelles dans les milieux politiques, sont monnaies courantes. Dans un tel contexte, le groupe de pays qui se sont constitués sous l’appellation de « Groupe des Cinq », relativement le même qui a amené nos partis d’opposition aux discussions de l’APG est à prendre au niveau de crédibilité où il doit être, ne serait-ce qu’au vu des résultats de l’APG. Cet accord, faut-il le rappeler, ne nous a pas permis de sortir de l’obscurité de la crise.

Quelle est alors la solution spirituelle, dans un sens purement laïc ? L’avènement d’une nouvelle classe d’hommes politiques pétris des valeurs spirituelles et qui ait pour ambition première de réintroduire ces valeurs dans notre société. Ces hommes (et ces femmes), où les dénicher ? Il n’y a pas de miracle à attendre du ciel. Nous les côtoyons et c’est par leurs dires en conformité avec leurs actes qu’ils se révèlent à nous. « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dirait l’Évangile. Ne donnons aucun nom.
Dans leur for intérieur, ces concitoyens sont ceux qui font leurs ces paroles prophétiques de la vision fondamentale de notre hymne : « Togo chéri, l’or de l’humanité ».
Ceux dont l’amour de la patrie, qui ne saurait être réduite à un clan, une ethnie, une région, ni même à une classe, à un parti politique a été éprouvé.

Débarrasser l’or de la gangue

L’or, la pureté de la vision que l’on a du pays, l’aspiration à contribuer à l’éclat de la nation togolaise, ensemble avec d’autres concitoyens de quelque bord qu’ils proviennent, une nouvelle conception de l’unité nationale indispensable.
L’or, métaphore de la durée, de la vraie richesse, de l’éclat perpétuel, par opposition à la gangue, en fait contre-valeur qui ne peut qu’être de durée limitée.

Pour parvenir à ses vertus originales définies par les pères fondateurs du pays, l’or doit être débarrassé de la gangue, des matières sans valeur qui l’enveloppent (cupidité, avidité, égoïsme, corruption, désir d’amasser incompatible avec les valeurs de partage et de solidarité…) et du gang, c’est-á-dire de tous les hommes et de toutes les femmes entrés en politique comme une bande de gangsters pour se remplir les poches, accumuler biens matériels sur biens matériels, accaparer à leur seul profit les appareils de la nation et pour en jouir le plus longtemps possible, user de moyens sans considération de morale et d’éthique pour s’éterniser au pouvoir.

On peut donc résumer en deux phrases la tâche qui doit être accomplie au Togo : Enlever la gangue et dégager le gang.

Et cette tâche incombe à tout pouvoir prochain au Togo, qui sera forcément un pouvoir de transition, quelle que soit la durée qui lui sera accordée pour remplir sa mission.
L’histoire de l’opposition togolaise a ceci de positif, en dépit, ou plutôt à cause de ses échecs répétés, que le Togo pourra devenir l’un des foyers d’où partira le mouvement de peuples qui transformera le visage de l’Afrique.

 
Sénouvo Agbota Zinsou
12 mars 2019
 

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