L’Etat de la dette publique et des intérêts dus au 2ème trimestre 2015


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Le mois d’octobre tire vers sa fin sans que le gouvernement ait déjà déposé le projet de budget exercice 2016 sur la table des députés. Mais que dit la situation du pays au niveau de sa dette publique lorsqu’on sait que celle-ci est composée de dettes extérieure et intérieure? La Note de Conjoncture du 2è trimestre éditée en septembre 2015 nous donne des éléments de réponse. L’encours de la dette multilatérale, bilatérale, de celle due aux Clubs de Paris et de Londres, ainsi que les intérêts dus donnent une idée de la dette extérieure du pays.
 
Afin de permettre une compréhension plus aisée de la situation actuelle de la dette du Togo, un graphique a remonté le temps pour montrer qu’au 2è trimestre 2011, la dette publique totale était très inférieure à 750 milliards de FCFA. Et quatre années plus tard, elle se chiffre à 1.183,3 milliards de FCFA. Mieux, entre fin décembre 2014 et juin 2015, cette dette est passée de 1.036,3 milliards à 1.183,3 milliards, soit une différence de 147 milliards de FCFA, ce qui représente une augmentation de 14,2%. Mais que donne sa décomposition ?
 
Selon cette Note de conjoncture, « au terme du deuxième trimestre 2014, l’encours de la dette extérieure totale se chiffre à 595,2 milliards de FCFA et représente 50,3% du portefeuille de la dette totale. Il a progressé de 124,7 milliards de FCFA par rapport à fin décembre 2014, soit une augmentation de 26,5%. Cette variation est due à l’effet conjugué de la fluctuation des cours des principales devises de libellé des prêts, des paiements et des décaissements ». Nous pensons qu’une erreur s’est glissée dans le libellé et qu’on parlait de « deuxième trimestre 2015 ». Ceci étant, il ressort qu’entre décembre et juin, 124,7 milliards se sont ajoutés à cette dette. Ce sont les encours des dettes multilatérale, bilatérale, de la dette éligible au Club de Paris, des créances du Club de Londres.
 
Multilatéralement, l’encours de la dette se chiffre à 273,2 milliards de FCFA contre 243,3 milliards au 31 décembre 2014. Et pour justifier cette augmentation de 12,4%, on croit savoir que « cette variation s’explique par l’effet combiné des paiements, de la fluctuation des cours des principales devises de libellé des prêts et surtout des tirages effectués sur les emprunts de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), la Banque Islamique de Développement (BID), la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA) et l’Association Internationale de Développement (IDA) ». Il est aussi précisé que les arriérés de payement du principal et des intérêts s’élèvent respectivement à 900 millions et 1,4 milliard de FCFA au cours du 2è trimestre.
 
S’agissant de l’encours de la dette bilatérale, il s’élève à 79,6 milliards de FCFA, ce qui représente une augmentation de 198,1% par rapport à fin décembre 2014. Et si la Note parle d’une augmentation en valeur de 52,9 milliards de FCFA, ceci revient à comprendre qu’à fin décembre, cette dette bilatérale était d’à peine plus de 26 milliards de FCFA ! En guise de justification, il est dit que ce bond est dû « à la fluctuation des cours des principales devises de libellé des prêts, à la prise en compte du tirage sur l’emprunt de la République du Congo et aux tirages effectués sur les emprunts du Fonds koweitien ». Et comme pour les dettes multilatérales, les arriérés de payement du principal et des intérêts s’élèvent respectivement à 800 millions et 200 millions de FCFA.
 
De l’encours de la dette éligible au Club de Paris, la Note de conjoncture dit qu’il s’élève à 1,9 milliard de FCFA à fin juin contre 3,9 au 31 décembre 2014. Cette décrue provient des payements effectués envers la Belgique et la France au cours de cette période. Et pour ce qui est de l’encours de la dette due aux créanciers du Club de Londres, il a effectué un bond de 41,7 milliards de FCFA pour se positionner à 242,4 milliards de FCFA entre fin décembre 2014 et juin 2015. En guise de justification, la Note indique que « cette augmentation s’explique par les décaissements effectués par EXIMBANK Chine et EXIMBANK Inde dans le cadre de la construction du poste de transformation de Sokodé, des travaux d’extension de l’Aéroport International GNASSINGBE Eyadema et les tirages effectués sur le prêt KBC BANK pour le dragage du chenal d’accès et du bassin d’évitage au Port Autonome de Lomé ». Et lorsque la Note indique qu’« au deuxième trimestre 2015, le montant des tirages se chiffre à 31,9 milliards de FCFA tandis que les nouveaux engagements sont de 14,8 milliards de FCFA. Les paiements en intérêts au profit d’EXIMBANK Chine et EXIMBANK Inde se chiffrent à 2,2 milliards de FCFA. Le montant des remboursements de 5,9 milliards de FCFA en principal est payé au profit de GDF SUEZ », ceux qui pensent que tout ce que reçoit le pays n’est fait que de dons et de prêts à des taux préférentiels seront fixés. En guise de rappel, le Togo avait procédé à la rupture abusive du contrat le liant à la société Togoélectricité il y a quelques années. Un procès avait condamné le pays à payer des dommages et intérêts évalués à plusieurs milliards de FCFA. Ainsi, les 5,9 milliards versés au 2è trimestre constituent une des tranches à verser. Comme quoi, s’il est très aisé de rompre unilatéralement des contrats conclus au préalable, il faut s’attendre à ce que la justice communautaire dise le droit. On continue de se demander à quelle sauce le pays sera mangé lorsque le dossier de la rupture de contrat avec la major italienne ENI sera porté devant ces mêmes juridictions.
 
De la dette intérieure, la Note de conjoncture dit que son encours s’élève à 588,1 milliards de FCFA contre 565,8 milliards au 31 décembre 2014. « Cette variation est due aux remboursements et émissions des emprunts obligataires, aux remboursements des allocations de DTS, du passif de l’Etat relatif au Fonds d’Entretien Routier (FER) et à la compensation des créances entre l’Office de Développement et d’Exploitation des Forêts (ODEF) et l’Etat », argumente-t-on. Rappelons que celui qui a permis au FER de couler n’est nullement inquiété et continue de servir les intérêts de la minorité en toute impunité. La Note a distingué les composantes de l’encours de la dette intérieure qui ont ainsi évolué depuis le 31 décembre 2014: dette commerciale : 21,7 milliards de FCFA, en baisse de 1,0% ; dette financière : 91,5 milliards de FCFA, inchangée ; dette sociale: 62,2 milliards de FCFA, inchangée; engagements et risques: 22,8 milliards de FCFA, inchangés; passif de l’Etat (liquidation des entreprises d’Etat): 50,6 milliards de FCFA, en baisse de 0,2%; dette conventionnelle (emprunts obligataires, allocations de DTS, titrisation créances douteuses des banques): 339,3 milliards de FCFA, en hausse de 7,1%.
 
Comme on le voit, le Togo se tourne de plus en plus vers des fonds souverains pour se financer. Les autorités contractent des prêts un peu partout en prenant soin de ne jamais dire le taux d’emprunt alors que le budget prévoit entre 18 et 20% rien que pour les services de la dette. Ne serait-il pas plus courageux si les autorités commencent à dire pour chaque emprunt contracté le taux d’intérêt que le pays aura à payer, histoire de faire comprendre aux citoyens que le temps où l’argent était gratuit est terminé, et que le défaut de payement en espèces peu conduire au payement en nature, surtout que le Togo dispose de ressources minières ? La transparence dans la gestion des finances publiques passe aussi par là à notre avis.
 
Godson K.
 
source : Liberté Togo
 

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