L’éternelle douleur du pouvoir de Faure Gnassingbé


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Il semble que le jeudi dernier, le chef de la diplomatie togolaise, Robert Doussey aurait rencontré son homologue américain, John Kerry.

Où ? Pas au département d’Etat, mais au 62 ème petit déjeuner de Prière (National Prayer Breakfast, NPB), qui est organisé chaque année par la Fellowship Foundation, une organisation chrétienne.

Dans la foulée, et en début de soirée du même jour, le Secrétaire d’Etat américain en question, aurait téléphoné à Faure Gnassingbé, Président de la République du Togo « pour le féliciter de l’action vigoureuse menée par le Togo contre le trafic des espèces sauvages ».

Les deux faits ont fait la Une du site officiel du Togo, republicoftogo et en des termes dithyrambiques. C’est à croire que le Togo venait de remporter un trophée à l’International.

Allons analysons eu peu les deux faits. La National Prayer Breakfast est en réalité un évènement annuel auquel tout homme politique ou d’affaires peut participer pourvu qu’il en paye le prix.

Le Togo qui est en train de fouiner dans tous les sens pour se faire accepter au plan international a jugé nécessaire d’y dépêcher une délégation de trois personnes (dont d’ailleurs une musulmane) à cette prière chrétienne.

L’objectif sans doute n’était pas de prier pour le Togo, mais de quémander une poignée de mains entre Doussey et Kerry, même si c’est de façon informelle et à bâton rompu qu’une telle rencontre pouvait avoir lieu.

Au final ils ont réussi le pari, la brève poignée de mains a été faite et un photographe habile a pu en faire quelques clichés qui sont désormais brandis de par le monde.

Mais là encore n’est pas un problème. Là où le bât blesse réellement, c’est qu’un secrétaire d’Etat, donc un Ministre des Affaires Etrangères, téléphone à un Président de la République pour, dit-on, le féliciter d’une action menée par les douaniers, et que l’on fasse tout un tintamarre autour d’un tel coup de fil tout à faire anodin…

Il y a nécessairement un problème. Le coup de fil aurait été fait par Barack Obama à Faure Gnassingbé que personne ne trouverait à redire.

Mais qu’il soit fait par un ministre des affaires étrangères à un Président de la République et que le Togo en fasse un évènement, est foncièrement rigolo.

Ainsi donc, Faure Gnassingbé ne mérite pas, du moins pour l’instant, un échange direct avec Barack Obama !!!

Mieux, son ministre des affaires étrangères ne mérite pas non plus d’être dignement reçu au département d’Etat américain et c’est à un petit déjeuner de prière chrétienne qu’il chasse la main de Kerry !!!

En tout cas ce n’est pas étonnant.

Que les togolais se souviennent de toutes les peines que le Président du Togo avait subies pour enfin serrer la main à son homologue français sur le perron de l’Elysée.

Il a fallu qu’il courbe l’échine chez N’Guesso pour que ce dernier le recommande aux diplomates français qui vont enfin le faire recevoir par Hollande pour une quarantaine de minutes et ce, au détour d’un voyage en Normandie suite à une commande par le Togo de deux patrouilleurs vachement chers.

La rencontre entre les deux hommes avait tellement été quémandée par le pouvoir du Togo qu’il n’a pas hésité à dire « qu’une poignée de mains entre François Hollande et Faure Gnassingbé était un mérite » vu que le Togo a beaucoup contribué « aux opérations de maintien de la paix en Afrique » par l’envoi régulier de ses bras valides.

Mais alors, pourquoi le pouvoir de Faure Gnassingbé éprouve autant de douleurs pour se faire accepter dans la Cour des Grands ?

La question est sans doute pertinente et tout à fait déterminante pour comprendre l’image que véhicule un tel régime devant les puissances occidentales.

Comment pouvons-nous espérer être accepté dans la Cour des Grands dès lors qu’à tout point de vue, ceux qui nous régentent rament systématiquement à contre-courant des pratiques orthodoxes de l’Etat de droit et de la démocratie ?

Depuis 2005 où le fils d’Eyadema a succédé à son père défunt, après 38 bonnes années de règne sans partage, l’on a toujours parlé des réformes institutionnelles et constitutionnelles, où en est-on neuf ans après ? Pas un pas de franchi.

Depuis plus d’un an, l’on parle encore et toujours des élections locales qui doivent assoir les fondements d’une démocratie à la base, sans que le processus ne soit déclenché.

D’ici 2015, le Togo devra organiser l’élection présidentielle sans que la question de la limitation de mandats ne soit réglée, ni encore celle du scrutin à deux tours…bref il y a encore de forts risques que le fils du père rempile à nouveau pour finir par faire de la République du Togo un royaume dans lequel règne pour longtemps la dynastie des Gnassingbé.

Comment voulons-nous qu’avec autant d’incongruités et de paradoxes le Togo puisse se faire accepter par la Communauté Internationale qui fait de la culture démocratique un principe sacrosaint ?

Visiblement Faure Gnassingbé et ses collabos ont du pain sur la planche, mais l’on ne pourrait les déboulonner de là qu’à la condition qu’une opposition organisée, responsable et dynamique finisse par avoir le jour dans notre pays.

A défaut, et quelles que soient les humiliations qu’ils subiront au plan international, Faure Gnassingbé et son entourage s’accrocheront autant que possible à ce fauteuil tel à une Planche de salut, pourvu que ce fauteuil leur procure tous les instruments de jouissance au sens plein du terme.

 
togoinfos
 

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