Lettre ouverte aux Chefs d’Etat de la CEDEAO


cedeao_20mai2015



Lomé, le 29octobre 2015
 
Objet : La CEDEAO vue par le MMLK/
Dénonciation des tracasseries et des harcèlements
Des forces de sécurité et des services
D’Immigration sur les frontières.

 
Mesdames et Messieurs,
 
C’est avec une vive préoccupation que nous venons vous faire part de notre exaspération et de notre stupéfaction relatives aux tracasseries et aux harcèlements dont sont victimes au quotidien les populations sur les frontières des pays membres de l’institution sous-régionale par les forces de sécurité et les services d’immigration entravant ainsi la libre circulation des personnes et de leurs biens.
En effet, il y a longtemps, les cris d’alarme et de détresse des citoyens de la communauté persistent au sujet des frais que leur imposent injustement les forces de sécurité et les services d’immigration à leur passage aux différentes frontières. Ces allégations ne sont que pour nous des informations mensongères truffées de contre –vérités puis que nous estimons que nous n’avons pas eu de preuves suffisantes pour les qualifier des faits vrais et crédibles. Ironie de sort ! Quel ne fut notre grand étonnement quand une délégation des pasteurs se rendant à Denu au Ghana s’est rendu compte de l’évidence de ces faits en flagrant délit à la frontière Aflao entre le Togo et le Ghana et plus loin à Sogakopé.
 
D’abord, tous les passagers des deux côtés des frontières, doivent payer chacun une somme de 1000F CFA à un niveau et 500F à un autre même si les titres de voyage sont à jour, ce qui est une entrave grave aux protocoles décisionnaires de la CEDEAO portant sur la libre circulation des personnes et de leurs biens .
Nous avons observé la mise en scène avec un calme olympien jusqu’à ce que notre tour arrive. Nous avons eu à présenter nos papiers et carnets de vaccination aux agents d’immigration Ghanéens, qui soudain, ont fait transparaitre des mines grises et ravageuses. Du coup, ils s’opposèrent catégoriquement à notre passage et nous demandent de donner chacun 1000FCFA. Nous avons refusé et le scénario tourna en dispute et il s’est constitué subitement autour de nous une foule de personnes souvent victimes du phénomène.
N’eut été notre patience, les esprits allaient s’échauffer et finir certainement par des événements dramatiques et dont les conséquences auraient été fâcheuses et indescriptibles. Heureusement, le pire a été évité et l’incident fut clos.
 
Mais cela n’a pas étanché la gloutonnerie et la cupidité de ces agents. Etant en retard sur notre voyage, nous avions décidé de payer la somme de 5000F pour l’ensemble de notre délégation avant d’accéder au sol ghanéen.
Le comble, c’est au retour où un autre groupe d’agents de service d’immigration Ghanéen nous opposa une ferme résistance de non accès au territoire togolais si nous ne payons pas les frais exigés. Quelle aberration ! Cela devenait pour nous un défi qu’il fallait relever pour libérer l’ensemble des populations de la sous-région. Avec la furie et la colère extrême des membres de notre délégation, nous avons réussi à nous décarcasser des mains de ces agents malhonnêtes et avides de gain facile qui malmènent la vie des citoyens de la CEDEAO. Ces faits compromettants et désobligeants sont d’autant plus vrais et visibles au vu et au su de tout le monde dans presque toutes les frontières de cet espace communautaire. Le Nigeria, le pays qui abrite le siège de l’institution, bat tristement le record et les passagers qui voyagent du Bénin au Nigeria, vivent au quotidien la croix et la bannière.
Il convient manifestement de signaler qu’au niveau de toutes frontières de l’espace, il n’y a ni différence ni changement dans les comportements ; les faits sont les mêmes selon les informations concordantes que nous avons à notre disposition. Les formules les plus répandues sont notamment :do we eat ECOWAS pour les pays anglophones ; est ce que nous mangeons la CEDEAO pour les pays francophones.
 
Mesdames /Messieurs,
 
Que pensez-vous de ce tableau sombre sur la gestion dramatique qui est instituée sur les frontières par les forces de sécurité et les agents d’immigration dans vos pays respectifs ? Quelle lecture faites-vous de ces comportements indésirables, indélicats, malhonnêtes et hors norme ? Etes –vous informés de ces caisses parallèles qui contiennent les frais imprévus par les cahiers de charge de la CEDEAO ? Si oui ou non, qui les a institués et à qui profitent –ils ? Aux Etats, à vous –mêmes ou aux individus qui activent ces pratiques ? Dans tous les cas, aucun d’entre vous ne pourra infirmer ces faits car cela relèverait d’une défaillance grave ou d’une inefficacité extrême de vos services de renseignements qui sont sensés vous rendre compte des activités au quotidien des frontières. En d’autres termes, vous ne pouvez non plus l’affirmer car cela constituerait une contradiction et une inadéquation par rapport aux déclarations légendaires de la CEDEAO qui insistent sur l’intégration et la coopération sous régionales commençant par la libre circulation des personnes et leurs biens.
 
A la lumière de ce qui précède, les populations de la CEDEAO ont raison de se plaindre et de douter de l’évidence de l’intégration sous –régionale que ne cessent de clamer leurs dirigeants il y a plusieurs décennies. Avec ces lourds passifs que traine l’organisation, elle est loin de garantir la confiance et l’assurance d’un éventuel retour à des conditions favorables de vie et de circulation entre les pays de la Sous –région. Car au-delà des difficultés liées à la libre circulation des personnes et de leurs biens qui est soumise au payement de rançon, les populations sont restées dubitatives et perplexes des situations sociopolitiques et économiques et des approches légères et improvisées qui en sont souvent faites .On dirait qu’il s’agit d’un groupe où la plupart des dirigeants ne semblent pas avoir la vocation de diriger ni de gouverner. Chacun a encore en mémoire la gestion chaotique qui est faite des crises post électorales en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays qui l’ont précédé ou l’ont suivies sans oublier l’interminable crise politique qui continue par secouer le Togo dont les actions de la CEDEAO n’ont guère comblé l’attente des Togolais. Et que dire de la récente crise du Burkina Faso où votre projet d’accord a été vomi par le peuple sauf la réintégration du gouvernement de la transition qui n’était d’ailleurs pas négociable.
Nous avons l’impression que la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest existe jusqu’à présent sur le papier avec des beaux discours , des beaux textes ,des grandes décisions et des grandes recommandations qui ne se sont jamais matérialisés dans le temps et dans l’espace .
 
Pour le Mouvement Martin Luther KING –la Voix des Sans Voix, la CEDEAO semble avoir une grande identité sous régionale mais peu de résultats sont à son actif. C’est une triste réalité que personne ne peut contester. Des centaines de millions d’âmes qui la peuplent sont l’ombre d’elles –mêmes et ne semblent jouir d’aucun de ses acquis nonobstant les prouesses de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dont les efforts sont à saluer en matière de développement économique.
Loin de noircir la CEDEAO en rejetant tout en bloc mais aussi longtemps que les citoyens de cet espace continueraient par en souffrir de la gestion approximative qui est faite de leurs préoccupations quotidiennes, le blâme serait maintenu.
 
Mesdames /Messieurs,
 
Vos peuples attendent de vous non plus des discours mais des actes qui contribuent à leur épanouissement et à leur liberté .Ils aspirent à des régimes démocratiques qui respectent les droits humains et les textes constitutionnels, l’indépendance de la justice et l’ancrage des institutions fortes dans les Etats membres.
Ils espèrent que leurs choix dans les urnes soient comptabilisés et pris en compte dans l’élection de leurs dirigeants. Ils veulent des dirigeants qui leur rendent compte de la gestion qu’ils font de leurs pays.
C’est l’occasion pour nous de saluer la qualité de gouvernance et l’avancement de la démocratie et de l’Etat de droit au Ghana, au Bénin, au Sénégal, en Sierra Léone, au Cap Vert, au Nigeria, au Libéria et même au Niger. Le sort du Burkina, va en s’améliorant et nous espérons l’aboutissement heureux de sa transition qui va ouvrir les bases et les principes démocratiques dans ce pays. Le Mali se remet progressivement malgré les menaces constantes des terroristes. Le Togo titube et n’offre pas les garanties démocratiques et de bonne gouvernance. Quant à la Guinée Conakry, elle ne rassure pas avec son régime qui devient de plus en plus arbitraire et hostile aux règles démocratiques. La Côte d’Ivoire, avec sa justice des vainqueurs, ne semble pas convaincre en étant toujours sous tutelle de l’ONU et de la France dont les actions conjuguées, ont malheureusement conduit Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale (CPI) sans qu’aucun d’entre vous ne réagisse face à cette injustice. Ce que le Mouvement Martin Luther KING déplore rigoureusement.
 
Au vu de ce qui précède , la CEDEAO a une obligation morale et politique de faire espérer les habitants de ses pays membres en commençant par la suppression pure et simple de ces frais qui sont imposés aux passagers par ces agents sensés assurer leur sécurité . Vous devez veiller à l’application stricte des facteurs qui favorisent et concourent à la libre circulation des personnes et de leurs biens. Il y a lieu d’imprimer une nouvelle marque à la communauté et surtout faire respecter par tous les pays la charte de la démocratie et de la bonne gouvernance. Elle doit inspirer confiance et cesser d’être la risée des peuples. C’est par ce biais que les peuples pourraient croire à l’avenir de l’organisation et participer activement à son épanouissement comme une institution sous régionale digne et respectable en Afrique.
 
Fidèle à sa vision du respect de dignité humaine et celle de combattre l’injustice, la mauvaise gouvernance et la corruption sous toutes leurs formes pour le bonheur des peuples, le Mouvement Martin Luther KING –la Voix des Sans Voix espère que vous ne ménagerez aucun effort pour traduire dans les faits les attentes des peuples de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
Veuillez agréer, Excellences Mesdames /Messieurs les Chefs d’Etat , l’expression de notre haute considération.
 

Le Président,
 
Pasteur EDOH K.KOMI

 
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