Lettre ouverte de NICOLAS LAWSON à la minorité qui s’accapare des richesses du pays.


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Lettre ouverte à la minorité qui s’accapare des ressources nationales.
 
Chers compatriotes,
 
Dans une hallucination propre à votre groupe, vous ne voyez que des jours heureux dans ce qui n’est en réalité aujourd’hui qu’une lugubre marche funèbre de notre société. Malgré l’existence du multipartisme, les dispositions despotiques et la corruption généralisée n’ont ajouté que d’autres visages que tout esprit éclairé et humaniste peut dépister sous ses avatars et ses déguisements nouveaux. Grâce à notre discernement, nous savons que la tentation totalitaire ne meurt jamais dans votre groupe car elle est inscrite dans vos gênes. Aussi, comme nous ne pouvons l’oublier, le monopartisme a dissimulé et a cherché à palier longtemps ses malformations incurables avant de s’écrouler d’un coup. Evidemment, sa décadence ne fut pas sans éclats ni dénuée de manœuvres raffinées.
 
Lorsqu’il a sombré, il n’est pas mort complètement puisque ses legs culturels, juridiques, institutionnels, philosophiques, immoraux et même esthétiques continuent de vivre dans les esprits. Ainsi, en disparaissant, il n’a légué à aucun de ses thuriféraires la moindre bribe supplémentaire d’humanité. Au Togo, il a failli au contraire venir à bout de la vôtre et de celle de vos alter-egos dans la faction qui se désigne comme la vraie opposition. Mais il nous a infligés une leçon exceptionnelle, bien coûteuse en vies humaines que nous serons inexcusables d’oublier. Il n’est donc pas raisonnable de banaliser tout ce que nous avons vécu le 5 octobre 1990, depuis cette date jusqu’en Janvier 1993 et après, de même qu’en avril 2005, etc. En conséquence, nous ne devons pas après coup transformer nos malheurs passés, et à titre rétrospectif, en une simple aberration anodine qui ne mériterait que des signatures d’accords ou des cadres de dialogues. Une telle inconscience nous préparerait dangereusement et irréversiblement à tomber dans le grave piège contre lequel notre situation fragile actuelle et son capharnaüm ne nous prémunit. Notre prière au PRR est qu’il n’en soit pas ainsi.
 
Vos détournements des ressources nationales et la brigue que vous organisez pour triompher de l’opposition nous font courir un péril dangereux. Que les conséquences de la tragédie d’avril 2005 ne soient pas noyées sous le baume d’une paix momentanée et plâtrée et par une impudente amnésie ! Si nous devons savoir gré de quelque service de l’histoire, c’est d’avoir poussé la bestialité meurtrière des uns et l’intolérance provocatrice des autres si loin qu’un certain apaisement salutaire s’en est suivi. Mais cet avilissement nous a dévalués aux yeux de nos voisins. C’est de cette blessure que j’attends votre fidélité au souvenir et votre repentance pour notre rédemption. Car pour nous garder d’une rechute insidieuse, je compte plus sur les brûlures de votre vanité que sur les scrupules de vos consciences et moins sur la lucidité de votre intelligence que sur les déboires de votre aveuglement.
 
Il est vrai qu’il ne suffit pas de rejeter le monopartisme pour s’en affranchir. Ce système a toujours installé au cœur des sociétés qui l’ont pratiqué des freins tenaces et durables d’ordre économique, politique, social et culturel. Leurs effets se prolongent bien au-delà du moment où l’on arrive en principe à les éliminer. C’est à cela que l’on comprend la proclamation de l’ancien Chef de l’Etat Gnassingbé Eyadema qui avait dit : « Vous allez reculer cent ans en arrière ». Ayant été forcé par le groupe des Dix à adopter le monopartisme, il en a profité malgré lui. Quand il avait voulu démissionné en 1976, les thuriféraires du système ont fait coucher des milliers de togolais sur les rails ou les ont organisés pour défiler dans tout le pays, etc. Sans pouvoir se débarrasser du parti unique, il avait alors supprimé le poste stratégique de Secrétaire Général, occupé par le Premier Pontife du monopartisme au Togo, Edouard Edem Kodjo, pour le remplacer par celui de Secrétaire administratif, confié à Kunalé Eklo. Ce dernier, formé dans les anciennes républiques soviétiques, ne pouvait que copier les pratiques de ces républiques. C’était alors le règne d’une combinaison d’étatisme économique ruineux et d’un despotisme politique oppressant. Cela a abouti à des investissements colossaux dilapidés dans des projets industriels mégalomanes et improductifs, des dépenses ruineuses dans les animations politiques, des banques qui empêchent le crédit de fonctionner selon des critères économiques ; une économie de rente, une pléthore d’emplois parasitaires, un appauvrissement généralisé de la population, accompagné d’un enrichissement par la corruption de la classe politique et bureaucratique, etc.
 
La disparition du monopartisme au Togo n’a servi en réalité qu’à vous renforcer, les caciques du monopartisme encore en vie. Vous vous réfugiez à la Présidence de la République et dans les institutions de l’Etat pour continuer à organiser les fraudes électorales et le pillage des ressources nationales. L’Etat sert toujours de la sorte de couverture à vos aspirations au despotisme et à votre rapacité. Malheureusement, vous êtes, de plus en plus, un grave danger pour le Chef de l’Etat et pour la paix et la stabilité dans le pays. Non contents d’asservir et d’appauvrir le reste de la population, vous la trompez et vous laissez régner dans notre société le désordre, la paresse, la division et la crétinisation. Grâce à la TVT, à la Radio nationale et aux organes de presse que vous soudoyez, vous continuez à confisquer l’information, à trafiquer nos traditions et coutumes, etc. Il n’y a pas encore de démocratie au Togo car c’est toujours l’étatisme, qui associe et relie dans l’échelle des privilèges une haute, une moyenne et une basse nomenklatura, avec leurs myriades de grands et petits profiteurs. Le bien-être matériel dans le pays découle de l’appartenance à la sphère officielle. Cette connexion intime, organique et consubstantielle entre l’Etat et vous est une réalité dénoncée par le Chef de l’Etat lui-même car elle a pris des proportions dangereuses pour lui et pour notre avenir. Il sait désormais d’instinct que vous êtes nuisibles à sa gouvernance et à la cohésion nationale.
 
Vous êtes contents de l’existence d’une opposition d’agitation stérile, impuissante et démagogique, qui empêche toutes les autres formes d’opposition constructive. Elle vous offre un triple avantage. Elle détourne l’attention populaire des patriotes qui font des propositions rationnelles. Elle dispense d’examiner sérieusement et profondément les vraies causes internes de la pauvreté et de réformer le système dévastateur qui la sécrète. Enfin, elle fait situer comme vous les conditions et les moyens pour le redressement économique, politique et social du pays de l’extérieur. Si nous n’étions pas futiles, chimériques, sans fierté et sans honneur, pourquoi irions-nous chaque fois chercher des facilitateurs étrangers pour régler nos problèmes ? A chaque fois, vous avez recours à des institutions supranationales pour vous prescrire la politique ou le plan à adopter. N’avez-vous pas de dignité et qu’est-ce que vous avez fait de notre indépendance nationale et de notre génie ? Vous détournez avec vos amis les crédits obtenus et même les aides étrangères. Or vous savez que ces aides et crédits obtenus de l’étranger ne servent qu’à perpétuer notre dépendance.
 
La pauvreté est la mère de tous les malheurs de la masse de notre peuple. Elle engendre la servilité et favorise l’ignorance. Vous êtes ainsi les principaux coupables de l’indigence populaire et grâce à vos tours de passe-passe, vous alimentez le parasitisme intérieur et le parasitisme extérieur. En limogeant l’ex-ministre des finances, de l’économie et de la planification, Adji Oteh Ayassor, le Chef de l’Etat a initié une révolution culturelle qu’il doit poursuivre et accentuer. Votre système est gangrené et funeste à notrehcx nation. Désormais, seul le Chef de l’Etat ou le peuple peut changer le cours des choses. Avec 108 partis politiques, la société civile et des millions de togolais qui ne font partie d’aucune de ces coteries ou factions, pourquoi laisser 5 partis politiques, désignés dans une élection dont nous connaissons les tenants et aboutissants, déterminer notre destinée quand nous souffrons de leur propension à la division et à l’intrigue ?
 
Avec la destruction de notre économie nationale, l’endettement énorme du pays sans perspective positive de production et de recettes suffisantes pour rembourser les intérêts des dettes et investir dans l’avenir de nos enfants, la majorité de notre peuple est déjà réduite à la misère et à vivoter grâce aux regrats de diverses aumônes. Notre pays est en banqueroute et nul ne doit venir nous dire que la démocratie est la condition exclusive du développement. Le décollage de l’Europe a précédé de cent ou de deux cents ans, voire davantage pour certains pays, sa démocratisation. Les dragons asiatiques ont stupéfié le monde par la rapidité avec laquelle ils ont fait irruption dans le cercle des pays riches, tout en se trouvant sous des régimes autoritaires. Ces rappels rudimentaires sont destinés à ramener les prétendus opposants aux sentiments de la complexité de la vie des nations.
 
Nous ne voulons pas que vous prolongiez vos crimes et vos erreurs jusqu’à leurs ultimes et plus dévastatrices conséquences. Nous souhaitons que le Chef de l’Etat au mieux ou le peuple togolais au pire mette un terme à votre aveuglement tragique. Nous préférons la restauration de l’autorité de l’Etat par le Chef de l’Etat car une révolution sera catastrophique et le redressement national plus coûteux et plus difficile. Il est temps d’arrêter cette pantomime démocratique que nous vivons et ce pillage cynique des ressources nationales. Que Dieu Tout-Puissant nous aide à fonder une nouvelle République en lui donnant pour base et pour ressort la confiance chaleureuse de la nation, l’unité nationale et une discipline renouvelée.
 

Fait à Lomé : le 13 Septembre 2016.
 
Nicolas LAWSON
 
Président du PRR

 
lomévi (www.togoactualite.com)