Libération d’une trafiquante de drogue : Le Togo en passe de confirmer son statut d’Etat « pro-stupéfiants »

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Dans un décret signé le 07 juillet 2020, Faure Gnassingbé accorde la grâce présidentielle à Mme Guico Maria Teresa Mangubat, une trafiquante de drogue arrêtée en septembre 2012. Au même moment, les prisonniers politiques et les voleurs de poulets sont maintenus en détention. Le trafic de drogue est donc banalisé par Lomé 2.

« Une remise de la peine restant à courir est accordée à Madame Guico Maria Teresa Mangubat ». Article 1er du décret N°2020-054/PR portant grâce présidentielle signé le 07 juillet 2020. Le décret précise que l’intéressée en a fait la demande. C’est tout ce que dit le décret. Mais à la lecture, l’identité de la personne ayant obtenu la grâce présidentielle nous a rappelé un fait qui a fait grand bruit il y a une dizaine d’années.

En effet, Guico Maria Teresa Mangubat est originaire des Philippines. Elle a été arrêtée en septembre 2012 par la cellule en charge de la lutte contre le trafic de drogue de l’aéroport de Lomé, en compagnie d’une Vietnamienne du nom de Pham Thi Böng. Les deux asiatiques transportaient une quantité importante de drogue, 7,3 Kg de méthamphétamine dissimulés dans leurs valises. D’après les informations fournies à l’époque, les deux femmes auraient été recrutées sur internet par des trafiquants de drogue et joueraient le rôle de passeurs pour des réseaux opérant entre plusieurs pays d’Afrique et d’Asie.

Mais ce qui nous intéresse, ce sont les circonstances qui ont milité en faveur de cette grâce présidentielle. La seule, à notre connaissance, est que cette libération se situe dans le cadre de la lutte contre la propagation de la pandémie du coronavirus au sein des prisons civiles du Togo. Récemment, un millier de détenus ont été libérés à travers le même processus.

Sans vouloir s’opposer à la libération de cette prisonnière, il est difficile de ne pas s’indigner face à la décision prise par Faure Gnassingbé. Même si la grâce présidentielle relève exclusivement du président de la République, elle reste une décision qui doit être prise en observation de certaines normes. Dans le présent cas, Mme Guico Maria Teresa Mangubat n’est pas un prisonnier politique ou d’opinion, encore moins une personne jugée coupable d’un délit, tel que le vol d’un téléphone portable, d’une poule ou d’une voiture. Ceux qui sont en détention pour de tels larcins sont nombreux. Par contre, dame Guico a été arrêtée pour trafic de drogue. Un crime passible de dizaines d’années de prison et dont la peine encourue ne peut faire l’objet de réduction qu’en cas de collaboration du détenu pour le démantèlement du réseau. Ce qui n’est pas le cas pour Mme Guico, puisqu’elle avait affirmé à l’époque avoir répondu à une invitation sur internet pour visiter le Togo. Elle a ainsi couvert le reste du réseau auquel elle appartient.

En réalité, cette décision de Faure Gnassingbé constitue un pied de nez à l’endroit des organisations et les Etats engagés dans la lutte contre le trafic de drogue, les Etats-Unis en premier lieu. Aussi, un chef d’Etat qui gracie une trafiquante de drogue, cela donne l’impression que le pays fait la promotion du trafic des substances illicites. Et cela peut servir d’arguments à ceux qui, depuis des décennies, soutiennent que le régime en place s’implique dans le trafic de stupéfiants. D’ailleurs, un ancien ministre togolais exilé en Europe l’a confirmé. Et curieusement, le Togo est souvent cité dans les affaires de trafics de drogue. Rien qu’en 2020, deux pavillons immatriculés dans le pays ont fait l’objet de contrôles douaniers et plusieurs tonnes de drogue ont été saisies. Faure Gnassingbé veut peut-être, par cette grâce présidentielle, confirmer le statut d’Etat favorable au trafic de drogue que l’on attribue à son pays.

Ce qui étonne encore, c’est qu’en cette période de la Covid-19, les délinquants mineurs et les prisonniers politiques sont maintenus dans les liens de la détention alors que des voix s’élèvent pour que les prisons soient désengorgées. Certes, il y a eu des libérations, mais c’est très insuffisant au vu du danger que courent les détenus confrontés à une promiscuité qui frôle la déshumanisation. Aujourd’hui encore le nombre de détenus malades de la Covid-19 est inconnu, même si des chiffres inquiétants sont donnés par les organisations de défense des droits de l’Homme. Au lieu de faire les choses à l’endroit, Faure Gnassingbé préfère les faire à l’envers.

G.A. / Liberté Togo

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