L’instinct de conservation à tout prix du pouvoir, le grand malheur du Togo : Les élections locales toujours dans le mythe du régime

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photo@RT


Juste pour garder le pouvoir et ses privilèges indus, le pouvoir des Gnassingbé s’engage à nuire aux grands intérêts du peuple. Tout ce qui peut concourir à l’épanouissement de la population et en même temps à l’éveil de la conscience collective en matière de la bonne gouvernance est soigneusement rangé dans la corbeille des oubliettes de la république.

La réussite des grands pays repose en grande partie sur la bonne gouvernance. Et face à l’échec patent de l’administration déconcentrée, la décentralisation est apparue comme le système qui permet de réaliser une percée dans la démocratie en instaurant une participation des membres de la collectivité aux décisions touchant à leurs intérêts collectifs.

En même temps qu’elle consacre l’autonomie et la capacité de disposer des moyens matériels et financiers pour agir, la décentralisation implique l’instauration de la démocratie à la base. Malgré ses multiples avantages dans le développement du pays, le Togo est resté dans le système de déconcentration depuis 32 ans.

En clair, ce pays n’a plus organisé les élections locales depuis 1987. Aujourd’hui, les communes pour celles qui existent, sont régentées par des présidents de délégation spéciale depuis plus de quinze ans. Aux ordres du pouvoir, ils excellent dans la vente démesurée et anarchique des réserves administratives et l’enrichissement illicite à grande échelle. Ce qui a refroidi l’ardeur des principaux partenaires financiers qui ne veulent plus traiter avec ces véreux présidents de délégation spéciale. Devant ce triste constat, le pouvoir de Faure Gnassingbé continue de jouer au tango.

Elections locales, toujours dans le mythe du régime

Depuis au moins 2007, il existe une loi relative à la décentralisation et aux libertés locales. Ce qui suppose que ces locales devaient déjà voir le jour au moins depuis douze ans. Mais nenni ! Elles avaient même été annoncées pour être couplées avec les législatives en 2012.

Mais toujours rien. Sans l’avoir expérimentée, la loi du 13 mars 2007 a été d’ailleurs modifiée pour devenir Loi N°2018-003 du 31 janvier 2018 avec des dispositions par endroits pernicieuses en l’occurrence l’article 160 qui stipule que « le Maire est assisté dans ses fonctions d’un secrétaire général. Le Secrétaire général est nommé par arrêté du ministre chargé de la décentralisation ».

Après la comédie loufoque du 20 décembre 2018 assimilée à des élections législatives, le pouvoir remet le disque rayé des locales. Il se rapporte qu’elles se tiendront cette année 2019. Mais comment et dans quelles conditions ? C’est l’omerta total. Comment la préparation d’un scrutin qui touche la base locale peut-elle devenir un secret d’Etat ? Pourtant, la nature de ces élections avec les populations locales nécessite un minimum de garantie de transparence, autrement, c’est le tissu social qui risque de se déchirer davantage. Figurez-vous que le Maire et ses Conseillers municipaux sont tenus de rendre compte directement aux populations qui les ont choisis. Lorsqu’une bonne partie de ces populations sont en marge de ces élections, c’est l’échec garanti. A ce jour, on sait vaguement qu’il y aura 116 communes à travers le pays dans une forme de balkanisation éhontée du pays.

Pour continuer la série du tango, en conseil des ministres délocalisé le 13 février à Tabligbo, le ministre de la Décentralisation Payadowa Boukpessi a annoncé qu’au total 1527 conseillers municipaux devront être élus à l’issue des prochaines élections locales, prévues pour se tenir dans le courant de cette année.

Depuis le 11 mars 2016, une feuille de route avait été adoptée pour ces locales. Après l’étape du renforcement du cadre juridique, on annonce une vaste campagne de sensibilisation des populations sur les défis et enjeux de la décentralisation. Selon le gouvernement, la prochaine étape devrait être la prise d’un décret relatif à la gestion du fonds d’appui aux collectivités territoriales : « il sera soumis à l’examen et à la délibération du conseil des ministres le montage du financement pour la construction partielle des sièges des nouvelles mairies étant en cours de finalisation », indique à ce sujet le communiqué. Tout cela se fera dans quel délai ?

L’évidence dans cette pagaille notoire est qu’une élection locale non inclusive est un échec assurément garanti. A moins que le pouvoir de Faure Gnassingbé soit dans sa posture de la destruction du pays. Il importe que le jeu soit clair et ouvert pour que les locales soient le début de l’humanisation de la gouvernance au Togo.

Kokou AGBEMEBIO
 
source : Le Correcteur
 

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