Lobbying pour l’exécution des réformes : Les préparatifs du scrutin de 2015 ont commencé dans les Etats-majors des partis


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L’élection présidentielle de 2015 est sans doute présente dans toutes les têtes, aussi bien des politiques que des populations. Encore une dizaine de mois, et on y sera. Même si les différents chantiers à déblayer préalablement restent encore entiers, au niveau de la classe politique de l’opposition et dans certains états-majors de partis, on s’active déjà. Qui pour créer les conditions d’exécution des réformes constitutionnelles et institutionnelles indispensables pour la bonne tenue du scrutin, qui pour se mettre en ordre de bataille pour cette élection cruciale pour la survie de la démocratie au Togo.

Black-out après les premiers échanges

Le 5 mars 2014 restera sans doute un point de repère dans l’enclenchement du processus électoral de 2015. C’est à cette date que le débat sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg)  a débuté (sic), avec la rencontre directe entre Faure Gnassingbé et Jean-Pierre Fabre au palais de la présidence, et ce, après les échanges épistolaires entre les deux hommes.

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Cette rencontre et ces courriers ont eu l’effet de pousser le pouvoir à organiser des échanges. Ainsi le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu fut instruit à ces fins et les 13 et 14 mars, il reçut à la Primature les délégations de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), de la Coalition Arc-en-ciel, de l’Union des forces de changement (Ufc), de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (Addi) et de l’Union pour la République (Unir). Il s’est agi des tout premiers échanges avec les différentes formations politiques représentées à l’Assemblée nationale sur la procédure et le cadre devant abriter les discussions sur les réformes, et chacune a donné son avis. On retiendra que la majorité est pour la création d’un cadre inclusif de discussion hors de l’Assemblée nationale ; il s’agit des deux partis du Collectif « Sauvons le Togo », de la Coalition Arc-en-ciel, et dans une certaine mesure du parti au pouvoir qui se dit prêt à toutes les concessions pour parvenir au consensus. La seule voix discordante est venue de l’Ufc résiduelle de Gilchrist Olympio qui ne veut pas perdre du temps (sic) dans d’autres discussions et souhaite passer directement à l’Assemblée nationale.

Les positions des uns et des autres et l’avis de la majorité étant connus, le bon sens s’attendait à voir les choses s’accélérer dans les jours suivant ces échanges. Mais depuis deux semaines, c’est le black-out total du côté du gouvernement. Un silence qui intrigue, au regard de la disposition d’esprit du pouvoir Faure Gnassingbé. Les observateurs y voient des manœuvres pour laisser passer le temps et pousser à la forclusion des réformes en rapport avec les dispositions de la Cédéao qui interdisent toute modification substantielle de la loi électorale à six (06) mois des élections.

L’opposition recourt à la pression internationale

Même si la délégation de l’Unir conduite par son 1er Vice-président, Georges Aïdam a paru modeste lors des échanges avec le Premier ministre et n’a surtout pas opposé un non catégorique à la proposition de l’opposition, il y a des raisons de redouter la suite du débat sur les réformes lorsqu’on considère la position du patron même de la formation politique, Faure Gnassingbé. En effet dans son courrier réponse datant du 25 février dernier au chef de file de l’opposition, il a indiqué que les réformes devraient s’opérer à l’Assemblée nationale, sachant son parti dominateur. Une position  excluant de facto la recherche du consensus, pourtant prôné par l’Apg du 20 août 2006. C’est évident que la majorité mécanique de l’Unir au Parlement sera mise à profit pour dévoyer les réformes, surtout offrir un 3e mandat au pouvoir à Faure Gnassingbé.

Devant ce piège et le silence du côté du gouvernement depuis les rencontres des 13 et 14 mars à la Primature, seule la pression de la communauté internationale parait à même de faire fléchir le pouvoir. C’est dans cette dynamique que la Coalition Arc-en-ciel a dépêché en France des émissaires, Me Dodji Apévon et Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson. Les deux leaders ont été reçus lundi dernier au Quai d’Orsay. « Nous avons été reçus au Quai d’Orsay et nous avons dit aux autorités des Affaires Etrangères de la France, de faire en sorte que les réformes que nous attendons pour l’apaisement du climat politique au Togo puissent se faire et pour qu’on puisse aborder l’avenir avec plus de sérénité, l’obligation pour le gouvernement de faire ces réformes et de nous amener aux élections locales dans un bref délai », a déclaré le président du Comité d’action pour le renouveau (Car) joint ce mardi depuis Paris par les confrères de Victoire Fm. Il s’est simplement agi de demander aux autorités européennes d’« appuyer » l’opposition dans cette démarche. « Les autorités françaises nous ont compris et elles vont utiliser les canaux qu’elles ont pour faire en sorte que la voix de l’opposition soit écoutée pour que les réformes se fassent », a-t-il ajouté.

L’Alliance nationale pour le changement (Anc) ne devrait pas être du reste. Le Secrétaire chargé à l’information du parti, Eric Dupuy, reçu le dimanche 16 mars dernier au terme de la première partie de la tournée nationale entreprise par le confrère de Nana Fm dans l’émission 12-13 de ce jour, annonçait justement avant l’enclenchement de la seconde phase de la tournée nationale début avril, une tournée européenne de Jean-Pierre Fabre qui devra le conduire notamment à Paris et à Bruxelles, aux fins de requérir l’implication et la pression des partenaires sur Lomé et le pousser à exécuter les réformes. Aux dernières nouvelles, elle devra avoir lieu fin juin-début juillet.

C’est en somme une démarche plus utile et louable de l’opposition, loin des commérages et des agitations stériles dans lesquels s’illustrent certains de ses leaders qui se sont faits des spécialistes ou des érudits en la matière – suivez les regards.

Branle-bas dans des états-majors de partis

L’heure est pour l’instant à la recherche des voies et moyens pour l’exécution des réformes constitutionnelles et institutionnelles fondamentales à la tenue de l’élection présidentielle de 2015. La classe politique peine à s’accorder sur la procédure et le débat n’a même pas encore commencé sur les questions de fond touchant à la participation de Faure Gnassingbé, à la transparence et à l’équité du scrutin, entre autres. Autant de chantiers qui restent encore à déblayer. Mais c’est déjà le branle-bas de combat dans certains états-majors de formations politiques.

L’Alliance des démocrates pour le développement intégral (Addi) se retrouve en congrès, le 4e de son histoire, le 29 mars prochain à Brother Homé à Lomé, à en croire un communiqué officiel daté du 17 mars dernier et signé du président du parti, le Pr Aimé Tchabouré Gogué. Y sont attendus les délégués du parti venus de toutes les fédérations. Même si le communiqué s’est voulu laconique et ne donne aucune indication sur l’ordre du jour, la question de l’élection de 2015 devra s’inviter aux débats, et sans doute qu’à cette occasion, les participants procéderont à la désignation du porte-flambeau du parti à ce scrutin.

De l’autre côté de la manche, c’est-à-dire à l’Union pour la République (Unir), on s’active aussi. Ce parti créé le 14 avril 2012 au cours d’une assemblée générale constitutive à Atakpamé et qui n’a jamais tenu de congrès et est dirigé par un bureau provisoire, en annonce un. Une grande réunion de préparation se serait tenue vendredi dernier au Palais des Congrès de Lomé et aurait rassemblé les délégués du parti venus de Lomé. On évoque deux dates pour abriter ce congrès électif : le 13 ou le 30 avril prochains. Ici aussi, sans doute qu’un bureau en bonne et due forme sera élu et le candidat du parti à la présidentielle de 2015 que l’on connait tous déjà – suivez les regards – choisi.

Cette agitation apparait comme mettre la charrue devant les bœufs. Mais la dynamique va sans doute continuer et d’autres partis ou entités politiques vont leur emboiter le pas. Toute chose qui illustre l’intérêt énorme de ce scrutin crucial pour la survie même de la démocratie et de l’alternance au Togo.

Tino Kossi

 
Liberté Togo