Mgr Nicodème BARRIGAH pourra-t-il dire la vérité à ceux qui incarnent le pouvoir d’Etat au Togo ?


Tout le monde est d’avis et reconnait au moins aujourd’hui que, la mission qui a été confiée à l’Evêque d’Atakpamé, Mgr Nicodème BARRIGAH, diplomate de carrière, en tant que Président de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation (CVJR), n’a pas été du tout aisé. Le jeune prélat togolais a traversé des moments difficiles, des situations impossibles durant sa mission en voulant servir ses concitoyens. En tant que Président de la CVJR, il a eu la chance d’écouter des énormités et animosités organisées et perpétrées par le régime qui dirige ce pays et leurs miliciens. Il a été pour ce faire, l’un des personnes privilégiées qui ont eu droit aux audiences publiques et privées que son institution accordait aux victimes qui accourraient vers eux. La tâche a été ardue mais il est parvenue à la remplir certainement parce qu’il est un religieux.
barrigah_500x290


 
Mais ce qui importe aujourd’hui est de savoir si, en tant qu’homme de Dieu, Mgr BARRIGAH pourra prendre son courage à deux mains pour dire la vérité à ceux qui président aux destinées de ce pays et qui d’ailleurs sont à l’origine des maux dont souffrent ses concitoyens et lui-même d’ailleurs et ceux que traversent le pays ? C’est ce qui importe après tant d’années de tergiversations, de renoncement et de fuite avant. La question mérite d’être posée aujourd’hui quand on sait que dans un passé, l’Evêque d’Atakpamé a laissé entendre : « Un an après, les tensions ne sont pas calmées et la situation n’a pas beaucoup évolué. (…) je suis convaincu qu’en mettant en œuvre les recommandations formulées, des situations pourront être redressées, le climat apaisé, l’impunité combattue et la réconciliation plus effective même si les signaux que nous enregistrons actuellement sont plutôt préoccupants. » C’était en avril 2013, un (1) an après la remise du rapport au chef de l’Etat où l’exécution des conclusions devaient démarrer.
 
Rappelons que le rapport contenait des recommandations, au total soixante huit (68) recommandations avaient été élaborées par la CVJR remises au chef de l’Etat Faure GNASSINGBE, le 3 avril 2012 pour leur mise en œuvre. Et si déjà un an après, la remise du rapport rien ne présageait effectivité des travaux, il y a lieu d’être sceptique. Ce qui d’ailleurs justifie de tels propos de ceux qui ont été les artisans de ce beau travail. De 2013 à 2016, beaucoup d’eau à couler sous le pont mais le statu quo demeure toujours. Le manque de volonté et la mauvaise foi des premiers dirigeants togolais ont pris le pas sur toutes les autres considérations. De l’avis des observateurs de la vie politique togolaise, il est dit que ceux qui incarnent les rênes du pouvoir au Togo ne sont pas prêts à réconcilier les Togolais, à œuvrer pour le bien-être de leurs concitoyens et à apaiser les cœurs meurtris. Dans les milieux religieux catholiques surtout, nombreux sont ces hommes de Dieu qui sont aussi sceptiques sur le travail qui se fait à l’hôtel Radisson Blue. Ces derniers ne cachent pas leurs ressentiments contre les premiers dirigeants surtout pour ce qui concerne la réparation du préjudice subi par ces Togolais qui ont été victimes d’exactions en 2005. Une réparation, selon eux qui normalement devait aboutir à la réconciliation des fils et filles togolais. Justement à ce propos, un des prélats togolais, et pas des moindres s’est confié sous anonymat à « La Gazette du Togo » en ces termes : « Sans la vérité, la justice n’est pas possible. » Puis très remonté lors des échanges, a martèlé par la suite : « Les bourreaux des exactions commises sur les populations n’ont pas été sincères. Ce qui met à mal le processus de réconciliation qui devrait être basé sur la vérité. Tant que les auteurs ne feront pas preuve de contrition pour reconnaitre leur faute, il serait illusoire de penser réussir le challenge. »
 
Nous voici donc à la croisée des chemins. Mgr BARRIGAH doit se départir de toute peur pour jeter à la figure des bourreaux de ce peuple toute la vérité puisque c’est lui qui représente toute l’église au sein de ce conglomérat de menteurs, menteuses, plaisantins, arrivistes, profiteurs, saboteurs, traitres, voleurs, assassins et assoiffés de pouvoir. Il en va de sa crédité et celle de l’église qu’il représente.
 
Idelphonse Akpaki
 
source : La Gazette du Togo