Nathaniel Olympio: ‘Ce traitement dangereux infligé au peuple togolais par la CEDEAO est un précédent fâcheux…’

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Dans un document rendu public dont copie nous est parvenue, Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais, a dressé une rétrospection de la crise politique que connait le Togo depuis le 19 août 2017 jusqu’à la validation de la « farce électorale » par la CEDEAO. Le responsable de la Coalition des 14 condamne le rôle trouble qu’a joué l’institution sous régionale dans la résolution de la crise. Surtout lorsqu’elle s’est évertuée à cautionner la « mascarade électorale » du 20 décembre dernier. « Ce traitement dangereux infligé au peuple togolais par la CEDEAO est un précédent fâcheux qui menace la démocratie et la stabilité des Etats. Cela pourrait amener les extrêmes à produire des actes de désespoir conduisant au conflit armé, voire encourager le terrorisme qui sévit déjà dans la sous-région », lit-on dans le document. Lecture!
A tous les citoyens de la CEDEAO
Pour que jamais personne puisse dire ‘’Je ne savais pas’’
(Par Nathaniel Olympio – Président du Parti des Togolais)
Les Togolais se battent contre un régime qui confisque les instruments du pourvoir d’Etat depuis plus de cinquante (50) ans. Dans ce régime, ils ont passé le pouvoir de père en fils par la force et la violence sur les populations dont les protestations se sont soldées par des centaines de morts au cours des dernières années, et même plus d’un millier en 2005. Une fois de plus dans notre histoire, les Togolais protestent par de gigantesques manifestations pacifiques organisées par la coalition de 14 partis politiques de l’opposition, et ce, depuis Août 2017. L’acuité de cette crise qui menace la stabilité du Togo et de la sous-région tout entière, a contraint la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à s’impliquer à travers un dialogue, afin d’aider les Togolais à trouver une solution pacifique de sortie de crise.
Ce dialogue a produit lors de la Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement le 31 juillet 2018, une feuille de route recommandant essentiellement des mesures d’apaisement (la libération des prisonniers politiques, la levée de l’état de siège des villes et la suspension des manifestations), les réformes constitutionnelles (comme la limitation du nombre de mandats présidentiels, le mode de scrutin à deux tour pour l’élection présidentielle), les réformes institutionnelles (comme la restructuration de la Cour constitutionnelle et les institutions intervenant dans les élections), puis au bout du processus de la feuille de route, l’organisation consensuelle et inclusive des élections législatives le 20 décembre 2018 présenté comme une date indicative. Bien que très insuffisant par rapport aux attentes des Togolais, la coalition a néanmoins accepté le contenu de la feuille de route, en alertant tout de même la CEDEAO sur le fait que le délai ne permettrait pas d’accomplir toutes les tâches indispensables à même de garantir la transparence et le caractère démocratique du scrutin.
Alors que la coalition suspend effectivement les manifestations pendant le dialogue, la mise en application de la feuille de route par le régime est une épreuve pour la crédibilité de la CEDEAO. En effet :
● Le régime a refusé de libérer une grande partie des prisonniers politiques et procède même à d’autres arrestations arbitraires. Le nombre de détenus s’élève à ce jour à plusieurs dizaines.
● Les villes de Sokodé, Bafilo et Mango en état de siège de fait, voient plutôt la militarisation se renforcer
● Le régime a rejeté le projet de révision constitutionnelle proposé par la CEDEAO et a ainsi empêché la réalisation des réformes constitutionnelles et institutionnelles.
● Compte tenu de l’extrême tension dans le pays, la société civile, les églises catholique, presbytérienne, méthodiste, les cadres musulmans et les imams appellent unanimement au report de ces élections afin de créer les conditions d’élections apaisées et crédibles, en vain. La CEDEAO a fait la sourde oreille à tous ces appels.
● Le régime a procédé à l’organisation unilatérale des élections, avec un fichier électoral dont 75% des électeurs n’ont pas de pièce d’identité et un découpage électoral anachronique qui fait que certains députés sont élus avec quatre fois moins de voix que d’autres.
● Le régime a réprimé les manifestations pacifiques avec une extrême violence qui a conduit à la mort de six (6) personnes pendant les élections, dont un enfant de 12 ans environ abattu par balle alors qu’il ne manifestait même pas, aggravant le bilan à, vingt-huit (28) personnes tuées dont six (6) enfants par les forces de sécurité et de défense lors des manifestations pacifiques depuis août 2017.
● Le jour du scrutin, le 20 décembre 2018, de toute évidence moins de 5% des électeurs se sont présentés au vote, ce qui a fait déclarer à l’envoyée spéciale de Radio France internationale qu’il y avait à la mi-journée dans les bureaux de vote plus d’observateurs et de militaires que de votants. Les Togolais ont massivement suivi la consigne de la coalition de ne pas participer à ce vote.
● Dans ces conditions scabreuses, la coalition n’a pas pris part à cette mascarade électorale
En dépit de ce piétinement avéré de la feuille de route par le régime et l’extrême violence qu’il a exercé sur les populations, la conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement tenue à Abuja le 22 décembre 2018 se félicite de la tenue de cette mascarade électorale qu’elle qualifie de ‘’libre et transparente’’ et met fin au dialogue en laissant les Togolais dans une situation pire qu’avant l’intervention de la CEDEAO. Alors que le protocole additionnel de la démocratie et de la bonne gouvernance de la CEDEAO indique que plus personne ne doit faire plus de deux mandats présidentiels, le chef de l’Etat togolais est à son troisième mandat et continue de manœuvrer par la duperie et par la violence pour exercer encore deux autres mandats.
Ce traitement dangereux infligé au peuple togolais par la CEDEAO est un précédent fâcheux qui menace la démocratie et la stabilité des Etats. Cela pourrait amener les extrêmes à produire des actes de désespoir conduisant au conflit armé, voire encourager le terrorisme qui sévit déjà dans la sous-région.
Cette posture de la CEDEAO ne s’apparente-t-elle pas à un encouragement à la violence d’Etat et au non-respect de la règle communautaire ?
Accepterait-on que l’exemple du Togo soit reproduit dans d’autres pays de notre espace communautaire ?
Serait-on prêt à accepter que ce précédent au Togo se concrétise et serve d’alibi à d’autres chefs d’Etat qui envisageraient de sauter ou de manipuler le verrou de la limitation de mandat pour se maintenir au pouvoir ?
Questionnons notre conscience aujourd’hui, pour que jamais personne ne puisse dire ‘’Je ne savais pas’’.
Lomé, le 2 Janvier 2019
 
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