NICODÈME HABIA et le cadavre spirituel

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L’opposant togolais NicodĂšme Habia en grĂšve de la faim depuis deux semaines est Ă©vacuĂ© par ambulance vers le Ghana ce 2 octobre 2018 | Photo : DR


Que les hommes (du moins en ont-ils l‘apparence) qui ont la prĂ©tention de gouverner un certain pays qui est le nĂŽtre aient Ă  leur tĂȘte un autre homme ( lui aussi en a toute l’apparence ) dĂ©signĂ© ou auto-dĂ©signĂ© « homme simple », Tchalevi simplet pour les « intimes », nous pouvons le comprendre.
Nous pouvons mĂȘme affirmer que ce que l’on leur demande, Ă  cet homme simple et Ă  son entourage, n’est pas d’ĂȘtre de grands intellectuels qui rĂ©flĂ©chissent au sens des termes qu’ils emploient ou qu’ils doivent employer lorsque, d’un commun accord, ils mettent au point leurs Ă©lĂ©ments de langage.  Ils  ont d’ailleurs souvent fait usage de ce type d’élĂ©ments de langage pour tout justifier, tout expliquer, argumenter au sujet de tout, dans toutes les circonstances, tous les faits marquants de leur rĂšgne

Par exemple, leurs miliciens redoutables armĂ©s de gourdins, couteaux, fusils
 autorisĂ©s Ă  opĂ©rer Ă  mĂȘme les domiciles privĂ©s des citoyens seraient des groupes d’auto-dĂ©fense. Et, alors qu’ils ont eux-mĂȘmes recouru Ă  la CEDEAO pour les aider Ă  rĂ©soudre un phĂ©nomĂšne qu’ils n’arrivent pas Ă  contrĂŽler, malgrĂ© toutes leurs tentatives jusqu’á ce jour, ils sont prompts Ă  dĂ©clarer partout oĂč on veut bien les entendre qu’il n’y a pas crise dans le pays.  Comme dirait le premier venu : «  Contradiction, connais pas ! ». Justement, ils sont comme le premier venu, l’homme de la rue. Ils sont frustes et brutes, ils le savent. Et nous le savons aussi. Ils ne se dĂ©fendront pas de  l’ĂȘtre. C’est leur maniĂšre d’ĂȘtre. Parfois ils s’en vantent purement et simplement.
Certains appellent leur Champion, le plus fort de la bande «  Nukpekpe » par rĂ©fĂ©rence Ă  ces ĂȘtres qui, dans les contes d’horreur, font irruption sur la terre habitĂ©s par des hommes, jaillissant de quelque grotte ou caverne, de leur univers que personne ne peut qualifier de demeure des humains, ces ĂȘtres dont la rencontre avec les humains est synonyme de malheur
 et donc de tragĂ©die (  meurtres, massacres de populations, arrestations de citoyens innocents, exil d’hommes, de femmes, d’enfants ayant pour consĂ©quences toutes les souffrances imaginables, fraudes Ă©lectorales rĂ©pĂ©tĂ©es, violences politiques, viol des textes constitutionnels,  corruption Ă  l’échelle industrielle, plongeon dans l’obscurité 
On admettrait facilement que l’acte emblĂ©matique  posĂ©  par le citoyen  Habia comme d’autres du mĂȘme genre qu’ont posĂ©s d’autres citoyens hier et  que poseront encore d’autres  demain n’effleure pas l’esprit du Nukpekpe et de ses partisans comme significatif de toutes ces souffrances du peuple. Un tel raisonnement dĂ©passe les capacitĂ©s d’esprit du Champion et de son entourage.
On le nomme aussi cadavre moral et spirituel, bien sĂ»r. Cela dit tout. On aurait pu s’arrĂȘter lĂ .
Et mĂȘme en conclure que quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, quelles que soient les actions qu’entreprendront les uns et les autres aujourd’hui ou demain, il ne bougera pas d’un seul iota, ne se dĂ©partira pas de son entĂȘtement Ă  s’éterniser oĂč il s’est installĂ©, grĂące Ă  son gĂ©niteur Ă  qui il a succĂ©dĂ©, dont il a hĂ©ritĂ© le caractĂšre, les mĂ©thodes, les habitudes, l’argent, le pouvoir, tout.
Que les vils serviteurs du simplet à  esprit Ă©troit (cela va de soi) cherchent manu militari Ă  empĂȘcher le dĂ©putĂ© Habia de poursuivre sa grĂšve en envoyant les forces dites de l’ordre, dĂ©barquant farouches, se voulant impressionnantes, dans toute la brutalitĂ© des gestes et des propos qu’on leur connaĂźt, pour le dĂ©loger de l’entrĂ©e de l’Ambassade du Ghana oĂč il avait Ă©lu domicile, cela Ă©tait prĂ©visible.
Les autoritĂ©s ghanĂ©ennes, dans le souci de porter assistance Ă  personne en danger ont envoyĂ© un avion militaire pour Ă©vacuer NicodĂšme Habia qui en est Ă  son 14 e jour de grĂšve de la faim, vers leur pays, voisin du nĂŽtre, pour lui prodiguer des soins. L’un des agents dĂ©fenseurs et thurifĂ©raires du rĂ©gime, gĂ©nĂ©ral de son Ă©tat, a jugĂ© inamicale cette intention des autoritĂ©s ghanĂ©ennes. Une maniĂšre de dire que lorsqu’on est amis, on doit suivre et mĂȘme appuyer son ami dans son intention de voir  souffrir et mourir un homme sans lui porter assistance.
Que le simple d’esprit, Tchalevi simplet, refuse, sous le prĂ©texte que son pays est souverain (en fait il voudrait dire qu’il est lui-mĂȘme le souverain du pays), cela aussi est dans la logique du simplet en question.
Mais, le grand problĂšme, c’est par exemple lorsque les amis du simplet, du cadavre, du Nukpekpe dont le nom mĂȘme signifie « tragĂ©die » pour la communautĂ© des humains, se mĂȘlent de faire de l’esprit en dĂ©clarant tonitruants que cette grĂšve de la faim entreprise par l’ex-dĂ©putĂ© NicodĂšme Habia est une comĂ©die.
Or, justement, NicodĂšme Habia  par cette grĂšve tente de nous sensibiliser et d’attirer l’attention du monde entier sur notre tragĂ©die nationale  sous le clan GnassingbĂ© depuis plus de cinquante ans qui devient intenable. Le spectacle, pour le Nukpekpe et son clan,  paraĂźt si amusant,  eux qui sont habituĂ©s Ă  faire mourir et Ă  voir mourir qu’ils Ă©voquent le cas d’autres grĂšves de la faim qui ont durĂ© cent jours !
Un des procĂ©dĂ©s du comique est l’exagĂ©ration. Dans la recherche effrĂ©nĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e d’élĂ©ments de langage pour banaliser les actes posĂ©s par des opposants qui les gĂȘnent rĂ©ellement, le Nukpekpe et sa troupe jouent simplement dans un drame burlesque, ubuesque.
Alors, cela ne sert plus à rien de parler de cynisme à propos de nos personnages. Ils sont bien dans leur univers. Quel univers, voudriez-vous me demander ?
Tenez ! Vous avez oublié : nous nous trouvons en face d’une scĂšne dominĂ©e par  un cadavre moral et spirituel et ses acolytes. Il n’y a qu’une solution si on ne veut pas qu’ils continuent Ă  polluer l’atmosphĂšre : les dĂ©gager.

SĂ©nouvo Agbota ZINSOU
 

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