Note menaçante du ministre de l’Administration aux maires : Payadowa Boukpessi confond les mairies à ses épiceries

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Payadowa Boukpessi
Payadowa Boukpessi

. Le symbole d’une décentralisation dans une dictature

Le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Payadowa Boukpessi fait encore parler de lui. Dans une note en date 15 juin 2020, il s’adresse aux maires tel à ses subordonnés.

Un ministre tout-puissant. Ce titre va bien à celui qui occupe actuellement le département de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Payadowa Boukpessi. L’homme ne rate aucune occasion pour montrer sa supposée mainmise sur les affaires qui concerne les collectivités locales. Il s’est parfaitement illustré dans le cadre des manifestations populaires de l’opposition, interdisant ou délocalisant ces regroupements à son gré et selon ses humeurs.

Eh bien, il a transposé sa suffisance sur le terrain de la gestion des communes. Dès l’élection des conseillers municipaux, il s’est fendu d’un communiqué enjoignant les présidents des délégations spéciales à faire le compte de leur gestion avant leur départ. Aujourd’hui, c’est aux maires qu’il s’adresse. Dans une lettre en date du 15 juin 2020, Payadowa Boukpessi leur demande de lui faire parvenir les comptes des dépenses de salaire, la liste de leurs personnels ainsi que la situation des paiements des salaires de la période janvier-mai 2020. Les maires ont jusqu’au 19 juin 2020 pour s’exécuter. Le ministre précise qu’il attache du prix au strict respect de ses instructions.

Cette sortie du ministre passe mal au sein de l’opinion. D’abord, avant que la note ne parvienne aux premiers concernés, elle était déjà disponible sur les réseaux sociaux. Drôle de communication de la part d’un ministre. Quand on attache du prix à une mesure ou à une instruction, les canaux pour la véhiculer sont bien déterminés. Cette instruction ne se transmet pas comme une vulgaire note.  

Ensuite, pour s’adresser aux maires ou leur transmettre des informations, le ministre de l’Administration territoriale doit le faire par une correspondance en bonne et due forme. Une enveloppe sous plis fermés doit être adressée aux maires. Et puis, les mairies ne sont pas des services rattachés au ministère de l’Administration territoriale. La note n’est pas la formule indiquée puisqu’elle s’utilise normalement à l’interne des départements. Même si nous sommes à l’ère de la technologie de l’information et de la communication, l’administration fonctionne à travers les documents physiques, surtout quand il s’agit d’une question aussi importante que la gestion des mairies. Les messages via Whatsapp ne sont pas indiqués pour communiquer officiellement au sein de l’administration.

Si le ministre a fauté dans la façon de faire passer son message, il l’a également fait dans les termes utilisés. Payadowa Boukpessi s’est comporté comme s’il s’adressait à ses subalternes. Il n’a fait usage d’aucune formule de politesse ni au début, ni à la fin de sa note. Il s’est adressé aux maires de façon drue et a pris le soin maladroit de terminer sa note par une menace à peine voilée. Et pourtant, les maires ne sont pas des sujets d’un ministre. Et pour cause, le mandat nominatif dont jouit un ministre n’est pas plus important que le mandat électif des conseillers municipaux. Ces derniers émanant directement de la volonté populaire alors que la nomination au poste de ministre est le fruit d’un militantisme politique, souvent aveugle comme il est de coutume au Togo.

Enfin, cette façon de communiquer ne doit pas surprendre, même si cela choque. Le Togo n’est pas une démocratie où ministres, secrétaires d’Etat, préfets et commissaires de Police connaissent les limites de leurs mandats. Ici, tout est fait à la Faure Gnassingbé, c’est-à-dire au forceps. Sous d’autres cieux, les mairies n’auraient pas répondu favorablement au ministre. Malheureusement, nombre d’entre eux sont aussi calamiteux que Payadowa Boukpessi. Cette sortie du ministre n’est que le signe de la décentralisation dans une dictature.

G.A. / Liberté Togo

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