Nouveaux incendies au Togo : Un mutisme du pouvoir qui trahit son embarras

grand-marche--lome-enfeuMalgré l’interpellation des membres de l’opposition, des incendies continuent d’être signalés çà et là sur le territoire. Mais surprise, cette fois, le pouvoir se couvre d’un mutisme qui le trahit.
Cela fait quelques semaines déjà que des opposants accusés par le pouvoir d’être commanditaires des incendies dans les marchés du Togo, sont interpellés et gardés à la Gendarmerie. Mais le feu continue de se propager sur le territoire, à Lomé comme à l’intérieur.
Vendredi dernier, c’est à Nukafu qu’un nouvel incendie a ravagé une maison voisine du domicile de l’éternel Conseiller à la Présidence, Barry Moussa Barqué. Quelques jours plus tôt, le mercredi, c’est le marché de Bangéli, dans le Bassar qui était en proie à des flammes. L’infrastructure aurait été totalement consumée sous les yeux des bérets rouges déployés dans cette localité située dans la région de la Kara. Avant ces deux cas plus récents, à Doumasséssé, une maison d’habitation a également été victime d’incendie, dans des conditions pour le moins sombres.
Comme on le voit, l’arrestation de ceux qu’on présente comme les auteurs de la vague d’incendies n’a pas suffi pour mettre fin au chaos. Mais, chose curieuse, plus aucune réaction de l’Exécutif ni du Judiciaire au sujet des nouveaux cas. Ça sent de l’embarras.
Juste au lendemain des premiers incendies, le gouvernement a dit avoir ouvert une enquête confiée à la Justice. Mais voilà, pendant que l’enquête suit encore son court, et que des experts français sollicités pour déterminer les causes des incendies n’ont pas encore livré leur résultat, le gouvernement crie sur tous les toits avoir identifié les coupables. Le Col Yark Damehame, ministre de la Sécurité, vraisemblablement nostalgique et conservateur de l’ère Eyadéma, a cru devoir détailler le mode opératoire lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a montré un bidon et quelques boîtes d’allumettes comme corps du délit. Et pourtant, la veille, le Procureur de la République déclarait que l’enquête se poursuivait. Cela n’a pas empêché le gouvernement d’organiser ce montage qui convaincra difficilement le plus facile des crédules. D’ailleurs, le lendemain de cette sortie, des témoignages ont dégonflé les propos des fameux jeunes présentés à la conférence de presse et qui ont estimé avoir été manipulés par les opposants pour commettre le forfait.
Quelques jours plus tard, c’est une perquisition au siège de l’ANC qui a été montrée à la télé, avec un commentaire tendancieux. On sent que le gouvernement a envie de communiquer abondamment sur le sujet, allant même jusqu’à bafouer le « secret de l’instruction » et la présomption d’innocence dont devraient jouir les accusés.
Mais lorsque, dans un contexte aussi sensible, de nouveaux cas d’incendies se déclenchent, rien comme réaction. On a l’impression que ces nouveaux cas ne préoccupent pas vraiment les gouvernants. Comme quoi, dès qu’on a eu ce qu’on voulait : profiter d’une situation pour embastiller des adversaires politiques, le reste ne revêt plus aucun intérêt.
Cette attitude, selon des observateurs, démontre tout l’embarras du pouvoir qui, devant les nouveaux cas d’incendies, aura du mal à continuer par tenir sa position selon laquelle ce sont les opposants, aujourd’hui arrêtés, qui sont les vrais auteurs de la campagne de feu. Dans ces conditions, on préfère se taire, n’ayant aucun intérêt que la population sache que malgré les arrestations, les incendies se poursuivent.
Il faut déplorer cette curieuse attitude du pouvoir. Car, comme cela se dessine, les frais pyromanes semblent toujours en liberté et conservent leur capacité de nuisance. Là, on se préoccupe de décapiter le Collectif « Sauvons le Togo » et d’affaiblir ses organisations membres. Pendant ce temps, tout le reste de la population est exposé.
Le mercredi, c’est tout près du puissant Barqué que l’incendie a été signalé. Cela aurait pu atteindre son domicile. Tout comme, à ce jour, rien n’est garanti que si un autre incendie d’envergure se déclenche ailleurs, on a les moyens de le circonscrire. Parce que justement, les services de sécurité focalisent leur attention sur les opposants au lieu de prendre des mesures pour sérieusement prévenir de nouveaux drames. La preuve, chaque semaine apporte désormais son lot d’incendies.
Maxime DOMEGNI
lalternative-togo