Oppositions togolaises: une opposition de terrain…et une opposition de radio !


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Enjeux politiques et opposition togolaise
 
Une opposition de terrain…et une opposition de radio !
 

L’opposition a toujours été une problématique difficile à définir et cerner dans notre pays, tant ses composantes s’illustrent par des « togolaiseries », des attitudes bizarres, les unes se comportant en réalité comme des opposants à leurs camarades, laissant la proie pour l’ombre. Les enjeux politiques qui pointent à l’horizon, la question de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles et l’organisation des élections locales permettent de distinguer aujourd’hui deux types d’oppositions.
 
La distinction naturelle par les enjeux politiques
 
L’opposition togolaise n’a jamais été une entité homogène, comme le souhaitent souvent les populations et brandi comme l’alternative pour l’avènement de l’alternance dans notre pays. Sa conception a toujours posé problème à cause des attitudes des partis la composant. Tout en se réclamant de l’opposition, certains se donnent pour mission de ne s’en prendre qu’à leurs camarades qui leur font de l’ombre et deviennent les plus grands défenseurs du bilan du pouvoir en place, notamment de son incarnation Faure Gnassingbé. Toute l’existence de ces formations ou de leurs leaders se résume à critiquer les partis et leurs responsables qui incarnent cette opposition. L’élection présidentielle du 25 avril dernier et le débat ayant tourné tout autour en ont offert l’ultime illustration. Des pseudos leaders de l’opposition se sont publiquement réjouis de la défaite (sic) du candidat du Combat pour l’alternance politique en 2015 (Cap 2015), Jean-Pierre Fabre. Des oppositions, on en a connu différentes sortes. Vraie opposition, opposition éclairée, opposition lucide et intelligente…diverses caricatures ont été offertes par les acteurs eux-mêmes tout au long de l’histoire politique de notre pays.
 
La loi portant statut de l’opposition adoptée par l’Assemblée nationale le 12 juin 2013 devrait clarifier le débat. « Aux termes de la présente loi, l’opposition s’entend de l’opposition parlementaire. Elle comprend le ou les partis et regroupements de partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale, ainsi que les députés qui y siègent, et qui ont remis au bureau de celle-ci une déclaration indiquant leur appartenance à l’opposition. Cette déclaration est accompagnée de la liste des députés concernés, signée par le président du groupe parlementaire ou par chacun des députés, conformément au règlement intérieur de l’Assemblée Nationale. La déclaration d’appartenance à l’opposition est faite en début de législature et au plus tard quinze (15) jours calendaires suivant l’adoption du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale. Cette déclaration d’appartenance peut également être faite par la suite, à tout moment de la législature. Copie de la déclaration d’appartenance à l’opposition est transmise au ministère de l’Administration Territoriale par le bureau de l’Assemblée Nationale », indique l’article 2 qui la définit. Déjà s’il faut rester calqué sur cette définition, certaines formations et leurs leaders qui se réclament à cor et à cri de l’opposition en sont exclus de facto parce que non représentés à l’Assemblée nationale. Mais c’est manifeste que cette définition souffre de carence.
 
Qu’à cela ne tienne, l’horizon semble s’éclaircir, de fait, face aux enjeux politiques qui suscitent déjà débat, à savoir les problématiques de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles et de l’organisation des élections locales.
 
Une opposition de terrain
 
C’est la première catégorie qui se distingue. Elle est constituée par la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa), l’Alliance nationale pour le changement (Anc), et par extension les autres partis membres du Cap 2015, à savoir le Pacte socialiste pour le renouveau (Psr) et l’Union des démocrates socialistes du Togo (Uds-Togo). Ces deux premières formations citées ont débuté depuis quelques semaines, des campagnes ou séances de sensibilisation organisées dans des quartiers de la capitale ou même dans des localités de l’intérieur du pays. Ces sorties font partie des activités régaliennes des partis de l’opposition.
 
C’est la Cdpa qui a semblé avoir donné le ton. Une délégation du parti de Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson était à Agoè-Kossigan le dimanche 7 février dernier. Au menu des débats avec les militants et la population, les questions des réformes et de l’organisation des élections locales. « Les Togolais veulent les locales, et nous sommes venus expliquer aux populations d’Agoè Kossigan la nécessité de ces élections (…) », avait déclaré Pascal Adoko, le Secrétaire général adjoint qui était à la tête de la délégation. Mais il avait aussi relevé que les réformes devraient être mises en œuvre avantces locales. Baguida était la seconde étape de la tournée enclenchée par la Cdpa à Lomé où le parti a posé ses baluchons le dimanche 14 février. « Pourquoi les élections locales ne doivent plus attendre ?», tel est le thème autour duquel a tourné le meeting organisé pour sensibiliser les militants et sympathisants sur la nécessité de la tenue des élections locales et la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles au Togo. La délégation était conduite par la Secrétaire générale elle-même. La veille de ce meeting à Baguida, soit le samedi 13 février, Mme Adjamagbo-Johnson était en personne dans la préfecture de l’Ogou, accompagnée du Secrétaire fédéral, Issaka Akakpo, et a parcouru quatre villages, Illama, Akparé, Assantè et Tanago. Il s’était agi ici aussi de sensibiliser les militants, sympathisants et les populations sur la tenue des locales. Cette sortie visait également à renforcer les structures de base du parti. La tournée devrait se poursuivre dans d’autres localités.
 
Autre formation à descendre sur le terrain, l’Anc. Le parti de Jean-Pierre Fabre était en effet ce dimanche en meeting à Ablogamé à Lomé, à l’initiative de la jeunesse du parti. Au menu des interventions, l’élection présidentielle du 25 avril 2015, le statut de chef de file de l’opposition, les élections locales et l’union des partis de l’opposition. Tour à tour, ces sujets ont été abordés par les responsables de l’Anc, devant une foule mobilisée et en présence d’une dizaine de chefs traditionnels. C’était l’occasion d’éclairer l’opinion sur certaines polémiques inutiles savamment entretenues par des camarades (sic) de l’opposition pour intoxiquer l’opinion. Avant ce meeting d’Ablogamé, la jeunesse de l’Anc était en séance de mobilisation à Bè Kodjindi le dimanche 7 février. Cette sortie faisait suite à la nomination de nouveaux préfets par le pouvoir en Conseil des ministres quelques jours plus tôt et s’inscrivaitt en prévision d’une manœuvre visant à nommer à nouveau des présidents de délégations spéciales et ainsi repousser aux calendes grecques la tenue des élections locales. « On a eu vent que le régime se prépare à nommer encore des délégations spéciales pour un an, et dans cette démarche, il tente de vendre ce projet à l’Anc pour un partage des postes au sein de ces délégations spéciales sur tout le territoire national, ce que l’Anc juge illégal. C’est de l’illégalité et on ne peut évoluer d’illégalité en illégalité», avait fustigé le Président national de la Jeunesse, Jean Eklou. A l’Anc, ce n’est visiblement que le début d’une vaste campagne de mobilisation et de sensibilisation des militants, sympathisants et des populations dans la perspective des enjeux politiques à venir.
 
L’opposition de…radio !
 
C’est ainsi qu’il convient d’appeler les autres. Pour permettre aux Togolais de mieux appréhender la chose, il faut rappeler que le Togo compte à ce jour 109 partis politiques légalement constitués, et un seul est au pouvoir, l’Union pour la République (Unir), officiellement accompagné de l’Union des forces de changement (Ufc). Le reste, une bonne centaine, se positionne donc au sein de l’opposition.
 
Eh bien oui, les leaders de cette autre catégorie de l’opposition préfèrent aller sur les radios et faire leur opposition. Alors qu’ils ne sont pas réputés amis et qu’ils étaient entrés en hibernation depuis l’élection présidentielle du 25 avril dernier, c’est promptement qu’ils ont scellé une coalition conjoncturelle et se sont transportés sur les radios, au lendemain de la prise en Conseil des ministres du décret d’application le 25 janvier 2016 de la loi portant statut de l’opposition, pour « manger tout cru » Jean-Pierre Fabre, le chef de file de l’opposition à qui sont concédés plein d’avantages. Certains bandaient presque de jalousie, s’illustraient comme des « Suzanna Koulibaly », c’est-à-dire des analphabètes. Et depuis, ils sont retournés à leur mutisme, attendant le prochain pet de lapin ou la naissance de jumeaux mouche pour se (re)transporter sur les radios, entretenir la polémique, intoxiquer l’opinion. « Ils sont plus à l’aise sur les radios…Bientôt ce sera via Whatsapp, Périscope et autres réseaux et applications qu’ils se produiront. Chacun a sa façon de faire l’opposition non ? », raille un compatriote.
 
Les formations « second hand » qui font beaucoup de bruit, se réclament le titre foncier de l’opposition, et leurs leaders le brevet de meilleurs opposants, ne sont du moins pas pour l’instant intéressés par la problématique des réformes et la tenue des élections locales. Est-ce parce qu’ils se savent ne pouvoir rien gagner, à l’exception de quelque deux ou trois ? Toujours est-il que ces opposants qui se réclament les vrais défenseurs du peuple et taxent les autres de populistes et de diner avec le diable, et qui devraient logiquement prendre la tête d’une grande mobilisation des populations dans la perspective de ces enjeux politiques, ne croient pas devoir pour l’instant (sic) descendre sur le terrain. Pas de meeting de mobilisation, de sensibilisation dans les sous-quartiers de Lomé. Pas grand intérêt à ces questions des réformes et des locales.
 
Même les nouveau-venus dans le landerneau politique qui ont débarqué en Zorro, soi-disant pour corriger les erreurs de leurs ainés et surtout promis faire les choses autrement, suivent avec plaisir cette dernière tendance, s’ils ne la bouclent pas. Les éléments de cette seconde catégorie d’opposition au Togo sont facilement identifiables. Il suffit de suivre nos regards…Ici c’est Togo, dira l’autre.
 
 
Tino Kossi
 
Liberté N°2138 du mardi 23 février 2016
 

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