Parcours du 1er cas de coronavirus au Togo : Pourquoi le ministre de la Santé a-t-il menti par omission ?!

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  • La même « chinoiserie » pourrait coûter très cher au Togo

Comme une trainée de poudre, la maladie au coronavirus s’étend et se répend. Depuis vendredi dernier, le Togo aussi émarge sur la liste des pays touchés. Mais le communiqué produit par le ministre de la Santé, Moustafa Mijiyawa reflète-t-il la réalité, ou bien a-t-il cherché à cacher une partie de la vérité aux populations, comme ce fut le cas en Chine ? Contrairement à son communiqué, la Clinique BIASA a pris des mesures qui, après enquête, nous permettent de penser que la dame à laquelle fait référence le ministre y a séjourné.

Et si le ministre la Santé n’avait pas retracé tout le parcours suivi par la dame infectée par le cononavirus et avait tu, pour on ne sait quelle raison, un foyer potentiel du virus avant l’évacuation de la patiente au CHU Campus ? Cette interrogation tient des tribulations par lesquelles nous sommes passés hier, dans la recherche de la version des responsables de la clinique BIASA.

De sources médicales ayant requis l’anonymat, le COVID-19 (du nom du virus à couronne) auquel le ministre de la Santé fait allusion dans son communiqué du vendredi, aurait été suspecté à la clinique BIASA, parce que pendant une certaine période, la patiente en question y aurait séjourné avant d’être évacuée au CHU Campus lorsque les suspicions avaient fait place à des convictions. Selon les sources, la dame avait été admise et manipulée par le corps soignant pendant quelques jours avant l’apparition des vrais symptômes. Hasard de dame nature ou fortuité, depuis justement le communiqué du ministre, il est appparu une note d’information à l’entrée de la clinique BIASA. « Urgent. Dans le souci d’éviter la contamination du COVID19, Coronavirus au Togo, il est demandé à tout le personnel de la Clinique BIASA, aux visiteurs et aux parents de se soumettre humblement à la prise de température qui est un contrôle de routine dans cette période d’épidémie mondiale. Ces tests se font à chaque entrée de la clinique BIASA avant d’avoir accès à l’immeuble. La Direction générale compte sur la compréhension de tout un chacun pour éviter que ce virus ne contamine beaucoup plus de personnes ». La note n’est pas datée et est signée du Dr Moïse Fiadjoe lui-même.

Lorsque nous avons appris l’information, nous avons joint le secrétariat de la clinique pour décliner notre identité et l’objet de la demande de rendez-vous. Il nous a été demandé de rappeler à 10h, chose que nous avons fait. Alors, on nous demande d’adresser un courrier à la direction. Impossible, avons-nous répondu, vu l’urgence de la situation épidémiologique. Finalement, rendez-vous a été pris pour hier après-midi à 14h30 pour parler avec la surveillante générale. Mais peu après, la secrétaire nous rappelle et nous communique le contact du docteur en charge de cette maladie, une femme. Nous avons appelé peu avant 13h, en vain. Alors nous sommes parti à la clinique au 3ème étage pour voir la surveillante générale. On nous fait patienter, mais au finish, impossible de rencontrer la surveillante qui parlait au loin avec un personnel soignant, disant que c’est la docteur seule qui peut parler. De guerre lasse, nous sommes parti en promettant tout de même que l’article paraitra aujourd’hui, avec ou sans leur avis. De retour au bureau, nous avons encore tenté d’appeler la docteur à 15h31. Ça a sonné dans le vide, comme la première fois.

Loin de nous l’idée de déclarer la chasse aux sorcières à quelque clinique que ce soit. Mais si la Chine avait écouté les cris d’alarme du médecin qui avait prévenu des risques potentiels de propagation du coronavirus, et pris les mesures idoines, probablement que l’effet aurait été moins cinglant que ce à quoi on assiste à ce jour. De la même manière, il n’est pas concevable qu’avec la dangérosité qu’on connait au COVID19, certains, fussent-ils ministres, se permettent de taire un foyer potentiel aux populations pour des intérêts que rien ne peut justifier. D’autant plus que le Togo ne dispose pas de moyens pour déterminer qui porte ou pas le virus.

En effet, selon la carte du Bureau régional Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les pays ayant les capacités d’analyses, le Togo figure parmi ceux n’ayant pas la capacité de tester le COVID19. Ce que le ministre n’a pas laissé transparaitre dans son courrier adressé à la Représentante-Résidente de l’OMS au Togo dont la teneur est la suivante.

« Madame la Représentante résidente, Je viens par la présente faire la déclaration officielle de l’épidémie de la maladie au nouveau coronavirus (COVID-19) au Togo. En effet, une femme résidant à Lomé a quitté le Togo le 22 février 2020 pour se rendre en Allemagne, en France et en Turquie via Cotonou. Elle est rentrée à Lomé le 2 mars 2020 toujours via Cotonou par le poste frontière terrestre de Sanvee Condji. Les symptômes sont apparus le 1er mars 2020 pendant qu’elle était au Benin. Le 04 mars 2020, la patiente a consulté au Centre hospitalier Universitaire Campus à Lomé où l’infection au COVID-19 a été suspectée. Cette infection a été confirmée le 05 mars 2020 par l’analyse effectuée à l’INH, le laboratoire national de référence. La patiente a été isolée au centre de traitement des maladies infectieuses épidémiques au CHU Campus pour sa prise en charge. Une rapide investigation a permis de retracer l’itinéraire de son voyage et d’identifier 14 personnes contacts dont 04 au Benin et 10 au Togo. L’investigation approfondie se poursuit pour disposer d’amples informations sur le cas pour une riposte adéquate. Je remercie l’OMS pour ses appuis multiformes et les dispositions qu’elle prendra pour soutenir le Togo à faire face efficacement à cette épidémie… », a écrit le ministre de la Santé. Et comme on le constate, nulle part il n’a été fait mention de la clinique BIASA. Pire, contrairement aux écrits du ministre, le Togo n’a pas la capacité pour tester le COVID-19. Tout tend à faire croire aux populations que la femme aurait été transportée directement de la frontière au CHU Campus, ce qui n’est pas vrai. Alors, on se demande pourquoi le ministre n’a pas eu le courage de retracer dans son entièreté le parcours de la dame qui, soit dit en passant, serait la propriété d’un haut gradé dont nous taisons le nom.

En nous référant à la carte, les pays les plus proches du Togo ayant le potentiel pour détecter le coronavirus sont le Mali, le Niger, la Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Nigeria. Le Togo et le Benin en sont dépourvus. Donc l’information du ministre impliquant l’INH est à prendre au sens figuré. Justement, parlant des capacités de l’INH, le passé renseigne que même pour la petite peste porcine ou la grippe aviaire, les analyses se font en Côte d’Ivoire  ou Sénégal. En général, en cas de soupçons du fait des symptômes, on procède aux prélèvements qui sont envoyés par DHL à l’extérieur du Togo.

La maladie au coronavirus semble prendre des proportions qui vont impacter durablement l’économie mondiale. Aussi, faire l’économie d’une dénonciation d’un foyer potentiel serait criminel, la Chine payant au prix fort sa négligence au début du sinistre. Il urge alors de préserver la vie de dizaines, voire de centaines de citoyens. Et pourvu que le mal ne se propage pas plus que ce premier cas.

Nous avons tenté de joindre par deux fois le ministre de la Santé à 18h20, sans succès. Mais nous lui avons laissé comme message : « Bonjour M. Le ministre, nous appelions au sujet du parcours de la patiente atteinte du COVID19 ; quotidien Liberté », espérant qu’il nous rappelerait, en vain.

Godson K.   

source : Liberté

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