Pauvre Yark !



Hier 18 octobre 2017, le colonel Yark Damehame, ministre de la Sécurité, a tenté de rectifier le chef d’accusation contre l’imam Hassan de Sokodé en prison à Kara. Dans une interview qu’il a accordée à un média togolais, avant de répondre à la question du journaliste, il a tenu à revenir sur ceux qui n’ont pas cessé de le traiter de menteur à propos du chef d’accusation qu’il a fourni à la justice pour l’arrestation du guide religieux. Comme le chef d’accusation « appel à la violence contre les corps habillés » ne convainc pas, il brandit un nouveau chef d’accusation sorti toujours du même prêche du 13 octobre : il a dit qu’il a créé un tribunal pour juger les militaires.
 
M. Yark, un colonel, de surcroît ministre de la république, est-il sérieux ? Prend-il sa fonction au sérieux ? A l’heure où beaucoup de familles sont endeuillées, où de nombreux blessés gémissent sans soin, est-ce le moment de jouer un théâtre à deux sous ?
 
L’imam Hassan a effectivement dit ceci : nous avons créé un tribunal pour juger les militaires, un par un, sans l’aide d’un avocat ; ce tribunal est installé au sommet de la montagne la plus haute du Togo.
 
Avant de prendre l’auteur de tels propos au sérieux, n’est-ce pas plus intelligent de se poser la question de la faisabilité d’un tel projet par un seul individu. Et puisque l’imam dit que le tribunal a déjà été créé et qu’il est installé sur le mont Agou, le plus haut sommet du Togo pourquoi ne pas aller le vérifier par un simple survol d’hélicoptère avant de juger de la dangerosité de l’individu ?
 
En réalité, le saint homme n’est ni fou ni dangereux, il est simplement dans son rôle de formateur religieux. Pour un musulman, comme pour un chrétien d’ailleurs, ce tribunal existe vraiment, sauf qu’il n’est pas réservé seulement aux militaires togolais tueurs de civils innocents. Simple question de foi car il s’agit du tribunal du Jugement dernier. Chacun y passe, sans l’aide ni d’un témoin, ni d’un avocat. Quand l’imam Hassan dit « nous » le pronom n’inclut pas sa petite personne. Dans le saint Coran, quand Allah s’adresse aux hommes, il utilise le pronom « nous ». Quand l’imam Hassan parle du sommet le plus haut du Togo, le profane pense au mont Agou, mais le croyant, lui, pense au Ciel. Dans le prêche du 13 octobre, l’imam Hassan était dans la rhétorique religieuse. El hadj Yark, en musulman complet pour avoir accompli le cinquième pilier de l’islam, aurait dû être le premier à comprendre le langage de son guide.
 
Ah, l’ignorance ! L’ignorance est un gros handicap qui, souvent, conduit l’innocent en prison et l’enfant à la mort.
 
Pauvre Yark. Il a fait arrêter un innocent à cause de son ignorance et causer des morts inutiles. A cause de son ignorance, Sokodé et les villages environnants sont devenus des agglomérations fantômes. Les gaz lacrymogènes y ont rendu l’atmosphère irrespirable. Les populations ont gagné la brousse pour échapper aux tueurs de l’armée. Sous le régime sanguinaire et obscurantiste de Faure Gnassingbé, la place des fournisseurs de lumière est la prison.
 
Prof. Zakari Tchagbale
Professeur Zakari Tchagbalé