La peur a changé de camp, le chant de cygne manifeste du pouvoir Faure Gnassingbé


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Réclamation des réformes / Mesures exceptionnelles pour contrer l’opposition
 
. Le Prince à Accra pour draguer John Mahama

 
La fin de la semaine passée a été rythmée par la marche du Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015), et subsidiairement la contre-manifestation de l’Union pour la République (Unir) ou des supporting clubs de Faure Gnassingbé, c’est selon. Si la manifestation prévue par l’opposition n’a pu aboutir, son annonce et son avènement ont le mérite d’avoir mis à nu la fébrilité du sommet de l’Etat qui s’est manifestée à travers le branle-bas de combat et la litanie de mesures exceptionnelles prises. Le chant de cygne d’un régime en mal de soutien, y voient des observateurs.
 
Le pouvoir a aussi recours à la rue ?!
 
Les griots du pouvoir et autres foutriquets JMP se sont toujours gaussés des militants et sympathisants de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac), du Collectif « Sauvons le Togo », bref de l’opposition, d’être abonnés aux marches, arguant que le combat d’idées ne se trouve pas dans la rue. Mais le pouvoir a cru devoir y avoir aussi recours, pour s’exprimer.
 
A peine la marche du CAP 2015 annoncée sur le 21 novembre et celle des Organisations de défense des droits de l’Homme (Oddh) sur le 28 novembre que le parti au pouvoir a aussi appelé ses militants à descendre dans la rue, avec des motivations ubuesques : montrer que nul n’a le monopole de la rue, défendre les institutions de la République, entre autres. Quelques jours après, ce sont les supporting clubs de Faure Gnassingbé, ses associations de soutien dont le Mouvement des jeunes pour la popularisation de la bonne gouvernance (Mjpg), le Mouvement de soutien à Faure (Msf), la Nouvelle jeunesse pour le soutien du président Faure (Njspf) qui sont entrés en jeu. Leurs responsables ont même promis appeler la « Majorité silencieuse » à descendre dans la rue à chaque fois que l’opposition le fera. Ils ont joint l’acte à la parole vendredi dernier, et ce sera sans doute de même le 28 novembre prochain, et ainsi de suite. Pour la marche du 21 novembre dernier, les fonctionnaires ont été presque obligés d’y répondre au risque d’avoir des problèmes au boulot. Directeurs des sociétés d’Etat et ministres étaient au rendez-vous. Togocel a été mise à contribution.
 
Rappel des anciens combattants, recours à l’armée et aux miliciens
 
C’est une constance, les manifestations publiques de l’opposition, et donc hostiles au pouvoir Faure Gnassingbé se conjuguent toujours avec répression. Pour un oui un non, les forces de l’ordre usent de violence pour les disperser. Et on s’attendait logiquement au déploiement des forces de sécurité traditionnelles constituées de la Police et de la Gendarmerie. Mais cette fois-ci, le pouvoir est allé au-delà et a eu recours aux mesures exceptionnelles, comme si sa chute était en jeu à travers la marche de l’opposition.
 
Pour la toute première fois, le régime Faure Gnassingbé a fait appel à l’armée. Bien avant le vendredi dernier, des mouvements de Bérets rouges avaient été signalés du Nord en direction de la capitale. Comme si les traditionnelles forces de répression ne suffisaient pas pour faire l’affaire, c’est toute l’armée qui a été réquisitionnée et mise en alerte, les officiers et chefs corps consignés au camp. Ces dispositions étaient ébruitées et on pensait que le pouvoir allait nous donner tort le jour j. Mais vendredi dernier, les militaires étaient bien déployés et visibles sur le terrain, malgré les mensonges XXL de l’inénarrable ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Gilbert Bawara sur les ondes – et en pleine période de civisme et de citoyenneté où les valeurs morales devraient être promues. Et ils circulaient, certains dans des jeeps et opéraient, des chars étaient visibles, comme si le pays était en guerre. Vu la violence de la répression, certains manifestants croient dur comme fer que ce sont eux qui ont pris le devant des choses. Pour ces simples marches de l’opposition, pour réclamer les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, et comme si la Police, la Gendarmerie et l’armée ne suffisaient pas pour faire l’affaire, le régime a cru devoir battre le rappel des anciens combattants aussi, oubliés et laissés à leur triste sort depuis leur retraite, de même que des miliciens.
 
Fermeture des frontières, peur d’attentat ( ?)
 
Attentat au Togo ? Cela peut paraitre drôle, d’autant plus que le Togo n’a jamais connu ce fléau et n’en est pas un terrain propice. Mais c’est bien l’argument que le très détestable Gilbert Bawara a fini par mettre dans la balance pour justifier la présence de l’armée sur le terrain, après avoir mis ses dix doigts au feu et nié dans un premier temps. En clair, il y avait des menaces d’attentat qui devraient se produire au cours de la marche du CAP 2015, et les militaires étaient sur le terrain de la répression pour empêcher qu’ils se produisent, et éventuellement mettre la main sur leurs auteurs. Mais le plus curieux, c’est qu’il n’y a eu aucune alerte de la part des autorités sécuritaires du pays pour appeler les populations à la vigilance, comme cela se fait sous d’autres cieux.
 
Sans doute que l’information du risque d’attentats allégué par Bawara est rapportée par les fameux services de renseignements du pouvoir. Ce sont en effet eux seuls qui peuvent recouper de telles informations et aviser qui de droit. Mais cela pose alors un problème sur leur efficacité – on y reviendra dans un article. Sont-ce les manifestants de l’opposition qui devraient commettre les fameux attentats ? Ou bien les auteurs devraient venir du Ghana voisin ? Quelles étaient les cibles ? Voilà autant de questions qui triturent les méninges et sur lesquelles les citoyens attendent d’être situés. Mais ce qui est certain, il n’y a eu aucun attentat vendredi dernier. Mais la psychose d’événements ou de tournure non maitrisables de la manifestation était bien réelle au sein du pouvoir. A preuve, les petites frontières terrestres formelles avec le Ghana communément appelées « Beat » ou sentiers utilisés par les populations des deux côtés ont été fermées et seule la grande frontière de Kodjoviakopé a fonctionné.
 
Mêmes dispositions maintenues, quête au sein du pouvoir
 
Comme on pouvait l’imaginer, le régime a dû casser sa tirelire pour pouvoir assurer cette contre-offensive dans les rues. Les marcheurs ont été convoyés des localités de l’intérieur pour gonfler la masse, et la facture de l’import-export et de toutes les dépenses afférentes est salée. Des sources évoquent une ardoise qui frise le milliard de FCFA. Et on peut s’en convaincre lorsqu’on a une idée des dépenses engagées : location de la sonorisation, de la dizaine de groupes de fanfare, confection des tricots, drapelets et autres gadgets, traitement des marcheurs ( on parle de 2000, 3000 ou 5000 F par personne ; et sur la base de 100 000 manifestants, il faudrait entre 200 et 500 millions pour ce faire ), le coût de la location des dizaines de bus pour leur transport), les bakchichs des organisateurs…ajouté à cela le traitement des forces de l’ordre et de défense mobilisées ( les indiscrétions parlent de 1000 F par jour pour les hommes de troupes) et de leurs chefs hiérarchiques consignés dans les camps depuis plusieurs jours.
 
Une chose est donc certaine, le pouvoir a mis la main à la poche pour organiser cette contre-manifestation. On parle de la touche particulière de l’égérie de la République. Mais c’est l’argent du contribuable qui sert à cette folie. Et les mêmes précédés et dispositifs de répression devront être maintenus pour la manifestation des Oddh de vendredi prochain, et donc les mêmes dépenses aussi – alors même que le gouvernement avance des prétextes d’indisponibilité de ressources pour refuser de satisfaire les revendications légitimes des travailleurs. Au sein du sérail, on sait que le chemin pourrait être long, l’opposition habituée aux marches pouvant les multiplier, et on craint le tarissement des sources où l’on puise. Et pour relever le défi des contre-manifestations, il nous revient qu’il est organisé une quête spéciale dans les rangs des barons du pouvoir pour soutenir ce qu’il convient d’appeler « l’effort de guerre ».
 
Autant de dispositions pour de simples manifestations publiques de l’opposition pour réclamer des réformes exigées par tout le monde ? Il faut avouer que le pouvoir Faure Gnassingbé panique grave. Il n’a en tout cas jamais paru aussi fébrile, redoutant sa fin, le contexte international actuel plaidant en sa défaveur. Et à court de soutiens, le Prince frappe à toutes les portes. C’est ce qui est manifeste dans la bien curieuse visite de trois jours entreprise depuis lundi au Ghana voisin au motif, dit-on, de renforcement de la coopération bilatérale. Mais les raisons de ce voyage sont ailleurs. « C’est un voyage qu’il effectue pour tenter de draguer le régime de Mahama et d’avoir son soutien dans son projet de s’éterniser au pouvoir. Il compte sur sa roublardise pour réussir son coup. Mais les autorités ghanéennes sont bien renseignées sur ce qui se passe au Togo et le président Mahama qui est venu aux affaires grâce à une constitution impersonnelle et à la dynamique d’alternance au pouvoir, ne s’empêcherait pas de lui dire de faire des réformes », confie une haute personnalité ghanéenne. Et comme s’il a été assuré d’un soutien, le Fils du Père a déclaré sur RFI hier soir que « la Constitution en vigueur sera rigoureusement respectée ». En conclusion, il n’y aura pas de réformes. L’opposition ainsi que l’opinion nationale et la communauté internationale apprécieront.
 
Tino Kossi
 
source :Liberté Togo
 

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