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Portrait croisé entre le Togo et le Bénin : Deux Gouvernances, Un Peuple, Une Crise, Un Risque

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Le Togo et le Bénin, deux voisins francophones de la CEDEAO victimes de la lâcheté politique de ce regroupement. Assis sur 56 600 km² pour 7 millions d’âmes, le premier est indépendant le 27 avril 1960. Avec 114 764Km² et 11, 2 millions d’habitants, le second se libère du colon le 1er août de la même année. Deux territoires ouverts sur le Golfe de Guinée, étirés du nord au sud et occupés par deux peuples presque identiques.

Depuis le vent de l’est, le Bénin possède une image très forte de pays démocratique malheureusement en phase de contagion avancée par la longue gangrène du sous- développement démocratique au Togo. Comme s’ils sont nés pour se ressembler, tous deux traversent une très mauvaise passe. Contre deux crises analogues, les deux gouvernances ont les mêmes approches: méthodes militaires. Sous les deux cieux, l’horizon de la stabilité politique s’assombrit d’un gangstérisme au sommet. Deux peuples, l’un appauvrit à dessein est comprimé d’une dictature sans alternance, l’autre jouissant d’une économie libérale est une vieille tradition d’alternance qui s’oppose drastiquement au retour en arrière. De l’un à l’autre, quels traits peuvent rapprocher ou éloigner ces deux territoires sous l’emprise de deux crises qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau dans leurs origines et leurs solutions ? D’où viennent-elles, que dire des méthodes de résistance, où sont-elles et où vont-t-elles: portrait croisé.

I – Ressemblances

Vision Politique

Deux crises jumelles, la même racine du mal: les élections unilatéralement organisées. Trop prétentieux de vouloir embrasser tout le passé dahoméen. Pour partir de 1972, il faut dire que c’est la date à laquelle le capitaine Mathieu Kérékou, décide de prendre le pouvoir en destituant le Conseil présidentiel. Le nouvel homme fort entame les premières modifications. En 1974, une réforme de l’administration territoriale écarte les anciens chefs de village et confie la gestion des Communes rurales à des maires et des délégués. A l’époque, chez le voisin togolais, un autre militaire fait la loi, lui aussi commence par aliéner les chefferies traditionnelles soit en faisant disparaître les chefs supérieurs soit en les mettant sous sa coupe. Un même peuple qui s’entremêle et s’interconnecte sur deux territoires. N’empêche qu’officiellement, si une cinquantaine de langues africaines sont parlées au Bénin, quarante langues se partagent le Togo et une bonne fourchette est à cheval entre les deux superficies sous l’œil vigilant des religions africaines et importées de part et d’autre.

De la date de leur accession à l’indépendance à nos jours, l’histoire politique des deux pays est marquée par deux périodes. Celle de 1960 à 1990 où les deux gouvernances se tutoient par une propagande politique, communiste, politicienne sur fond de nationalisations économiques et réformes. La seconde période, de 1990 à nos jours. A la loupe des observateurs, contrairement au Togo où le développement et la stabilité politique sont monnayés par une sempiternelle lutte pour l’alternance et la stabilité des institutions, la démocratie au Bénin peut être considérée comme la plus stable de par ses institutions et ses choix politiques. L’alternance, elle autre, coulait à flot.

Deux crises identiques

Si au Togo le pouvoir est aux mains d’un héritier crésus grâce au règne unipersonnel sur les biens publics par son père, au Dahomey, territoire jadis carrefour de la traite des nègres, un fils de négrier du nom de Patrice Athanase Talon, lui aussi enrichi par les accointances à peine voilées avec les plus grands réseaux de trafic que connaît la plupart des milliardaires béninois, remporte l’élection du 20 mars 2016 avec 65,39%. Nonobstant sa promesse de ne faire qu’un mandat, le nouvel élu se jette dans des réformes constitutionnelles qui cachent à peine les vraies intentions et donc très tôt déboutées par le parlement. Il s’annonce alors la tenue d’un référendum sur la même réforme après une veine tentative de mettre le texte fondamental au goût du jour au parlement. En 2018, comme pour être en adéquation avec la justice inféodée par le pouvoir togolais, une nouvelle cour de justice est créée à toutes fins utiles. Cette cour, créée contre ce qu’on a nommé la répression des infractions économiques, n’annonce que les couleurs. Elle s’est « érigée comme une justice superpuissante prête à neutraliser toute voix opposée à celle du chef de l’État et à empêcher toute compétition politique ». Ainsi se vassalise la politique au Bénin. Pour implémenter le système d’accompagnement politique qui a le vent en poupe au Togo, il se crée autour de monsieur Talon une union progressiste en prévision des élections législatives d’avril 2019. Entre bons voisins, on ne change pas de méthodes qui gagnent : l’exclusion de l’adversaire. Au Togo, le refus des reformes a suffi pour se débarrasser des concurrents dérangeants, au Bénin, c’est la Commission électorale nationale qui se charge de ne valider que les deux listes progressistes proches du pouvoir sur 7 listes présentées sur le plan national.

Avec les élections du 20 décembre 2018 Faure Gnassingbé compte s’ouvrir un boulevard, avec celle du 28 avril 2019 Talon aussi compte en faire de même malgré des taux d’abstention avoisinant 90% de part et d’autre. Là où passe l’argent, la légitimité n’est pas un allié obligatoire. Inutile de rappeler que, pour s’être enrichis de l’argent facile, les deux présidents sont capables d’une corruptibilité déconcertante. Et quand sur un tel terrain une institution aisément corruptible comme la CEDEAO se fait l’arbitre, bonjour les dégâts. Ici et là, le regroupement a affiché une même lâcheté puante.

II – Dissemblances

L’alternance au sommet

Le libre choix des gouvernants par le peuple souverain s’il est une réalité qui a permis de 1967 à 2019 de voir se succéder 14 présidents au Bénin, la réalité est autre au Togo. Ce n’est pas pour rien que dans le même laps de temps un monsieur et son fils se partagent la gestion du pays. Même dans le parti au pouvoir, l’investiture des candidats manque de choix. S’il y a vote, aussi bien pour l’opposition que le parti au pouvoir, il n’est qu’une formalité, un rituel de légitimation et de ratification des choix opérés par le dictateur. Se sont ainsi succédés à la tête du Togo, de 1967 à nos jours, Gnassingbé Eyadema 1967-2005 et son fils Faure Gnassingbé de 2005 à nos jours. S’il existe des optimistes pour parler d’un Abass Bonfoh, le débat est ouvert. Pour la même fourchette de temps, le Bénin a fait l’expérience de 14 alternances:

  • 22 décembre 1965 au 19 décembre 1967, Christophe Soglo;
  • 19 au 20 décembre 1967, Jean Baptiste Hachème;
  • 20 au 21 décembre 1967, Maurice Kouandédé;
  • 21 décembre 1967 au 17 juillet 1968, Alphonse Alley;
  • 17 juillet 1968 au 10 décembre 1969, Emile Derlin Zinsou;
  • 10 au 13 décembre 1969, Maurice Kouandédé;
  • 13 décembre 1969 au 07 mai 1970, Paul-Emile De Souza;
  • 07 mai 1970 au 07 mai 1972, Hubert Maga;
  • 07 mai 1972 au 26 Octobre 1972, Justin Ahomadegbé;
  • 26 Octobre 1972 au 04 avril 1991, Mathieu Kérékou;
  • 04 avril 1991 au 4 avril 1996, Nicéphore Soglo;
  • 4 avril 1996 au 06 avril 2006, Mathieu Kérékou;
  • 06 avril 2006 au 06 avril 2016, Boni Yayi;
  • 06 avril 2016 à nos jours, Patrice Talon.

Sept de ces 14 chefs d’États sont militaires. Instabilité politique au sommet, dira-t-on, mais dès le règne de Mathieu Kérékou en 1972, les successions se sont normalisées.

III – Les crises pré- et post-électorales

Togo-Bénin, deux identiques crises, l’une a commencé avant le referendum, l’autre après; toutes ont pour pomme de discorde des élections unilatéralement organisées. Pour se tirer d’affaire, les deux pays font appel à l’armée mais deux armées drastiquement opposées.

L’armée béninoise face à une approche à la fois physique et spirituelle

Au Bénin, après quelques jours de nettoyage militaire dans la capitale suite aux contestations post referendum, l’épicentre de la crise s’est déplacé au Nord, précisément à Savè et Tchaourou. Depuis que l’ancien président Yayi Boni n’a pas caché son opposition à l’entêtement politique du Négrier de Dahomey, lui et la population qui se réclame de son idéologie tout comme au Togo, Atchadam et ses militants, sont pris pour cibles. Pendant qu’il est pris en otage dans sa résidence, les contestations de Tchaourou devaient être réduites au silence pour faire passer les desiderata du roi du coton béninois. Ainsi se justifie une répression militaire systématiquement organisée dans ces localités proches du président sortant. Comme ils ont réussi à le faire à Cotonou, les forces de sécurité devaient passer dans les coins et recoins pour discipliner à la baïonnette le peuple irréductible. Sauf que Cotonou n’est pas Tchaourou, Cotonou n’est pas Savè. Les forces publiques font face à une résistance organisée, elle aussi militaire et de surcroit mystique.

Mécontent des premiers résultats, le président béninois affiche sa volonté d’aller au bout. Plus l’étau se resserre sur Yayi Boni à Cotonou, plus sa population se met en colère et des manifestants bloquent la route nationale qui monte vers Parakou. Des maisons sont incendiées, policiers et militaires sont déployés, des heurts éclatent. Dans la seule ville de Tchaourou, les dégâts sont inestimables. Certes les chiffres sont contradictoires, mais tous les camps reconnaissent qu’ils sont lourds en termes de blessés et surtout mort d’hommes dans les rangs militaires. Deux jours après c’est Savè qui s’embrase. Voyant des troupes monter en renfort vers Tchaourou, les habitants de cette ville bloquent le passage. En mine de rien, cette cité aussi compte ses morts. La police reconnaît avoir tué ce qu’elle a désigné par “des assaillants” à Tchaourou et Savè. Elle dénombre aussi une cinquantaine de blessés dans ses rangs. Tchaourou, à 50 kilomètres de Parakou est la ville natale du prédécesseur de Talon. Sur une superficie de 7,256 km2 avec une population de plus de 221 108 âmes, elle est la cite natale d’ethnie différentes principalement les Nago, Bariba et Fulani. La ville s’est développée de ses activités issues de la proximité avec le Nigéria.

Les militaires se sont retrouvés nez à nez avec les grands chasseurs venus de Kaboua, de Manigri, de Kilibo, de Okoufo, de Bantè (des villages et communes proches). Ils ont prêté main forte à ceux de Tchaourou mais surtout avec leur arsenal mystique. Ils ont montré que l’Afrique est encore debout. Les autorités ont tenté de les rencontrer mais se sont heurtés à un refus catégorique tant que le siège du domicile de l’ancien président Boni Yayi n’aura pas pris fin à Cotonou sans oublier la libération de tous les détenus politiques. Les militaires pris en otage n’ont pas pu échapper aux flammes des manifestants. Commissariats incendiés ici, dégâts sur les infrastructures là, tout est réuni pour créer une peur panique et vider les localités. Les chasseurs invisibles tirent en armes traditionnelles et abattent les militaires qui, par contre, ne les voient pas et ne savent où donner la tête. Le face à face entre les forces militaires et traditionnelles a laissé d’amers souvenirs aux autorités béninoises qui vont plier l’échine en ouvrant le dialogue. Inquiète du niveau de violence depuis le 28 avril 2019 et du risque que la crise béninoise s’internationalise, le dialogue est ouvert. Face donc à une situation qui semble difficile à contenir, des médiations ont été entamées dans l’optique de ramener la paix dans ces localités. En fin de compte, le siège sur Boni Yaya est levé et via le Togo il s’est rendu à l’extérieur pour se faire soigner. «Il faut dire aux populations : le calme revient, revenez, sortez de la brousse, revenez dans vos maisons, revenez dans vos cases… Il n’y a plus d’hostilités… », a lancé un des médiateurs. En tout cas, à malin, malin et demi, l’armée béninoise a rencontré garçon au Nord du Bénin.

Sokodé-Bafilo-Mango, une approche SPIRITUELLE

Dans les fiefs de la résistance au Togo, la répression reste identique. Une armée prête à une répression sauvage, n’en déplaise au nombre de morts. Sauf que les réponses des populations ne sont pas les mêmes. Dans ces localités, et notamment à Sododé, là aussi ville natale du fer de lance de la contestation, Tikpi Salifou Atchadam, c’était une armée en guerre contre sa propre population aux mains nues. Des innocents enfants de deux à trois ans, des non-voyants, des femmes enceintes, des chefs traditionnels, des personnes de troisième âge, des malades sur leur lit, ont été molestées de cordelettes militaires et de gourdins, tués à balles réelles, blessés de machettes. La liste est longue.

En Afrique et principalement dans nos traditions, un domicile d’autrui est sacré et donc inviolable. C’est pour cette raison que, quel que soit la faute commise par un gamin, du moment où il court pour rentrer chez lui, la supposée victime arrête la course poursuite et s’adresse aux parents de l’enfant indélicat soit pour réclamer réparation soit y laisser un avertissement. Même avec la loi dite moderne, quand on rentre dans le domicile de quelqu’un pour l’attaquer sous quelque raison que ce soit, « l’agression à domicile » réduit les chances de l’agresseur devant les tribunaux. En Afrique, c’est une des bases de la vie en société connues même des enfants mal éduqués qui ont raté l’éducation parentale et l’instruction occidentale. Mais au Togo, c’est le non droit, la loi est mise en berne. Pas de surprise, l’armée béninoise est d’abord une armée républicaine dont le comportement a été pour beaucoup dans la prospérité démocratique que connait ce pays. L’armée togolaise, eu égard à la taille de sa population est déjà pléthorique et elle a, contrairement à l’armée béninoise, une vieille tradition de violence sur son peuple donc elle reçoit une formation orientée contre le peuple. La longue expérience de tuerie militaire contre les civiles s’est encore exprimée ces derniers temps au Togo.

Au vu de tous ces paramètres, les zones ciblées au Togo ont préféré le combat plus spirituel que physique car un bon guerrier est aussi celui qui sait choisir le type de stratégie en fonction de l’ennemi en face. Dans les trois villes ciblée au Togo et dans les quartiers choisis de la capitale, ce sont les forces de défense qui sont intervenues en violant les domiciles pour casser, piller et attenter à l’intégrité physique des populations. C’étaient de véritables scènes de guerre. Ainsi, ceux qui peuvent prendre la fuite ont été obligés de rejoindre les fermes et autres forêts. Là encore, ils sont poursuivis. Ironie du sort, à vouloir, à tout prix courir derrière la population dans leurs derniers retranchements, plusieurs engins militaires roulants ont dû restés immobilisés dans des zones accidentées quitte à faire usage d’engins lourds pour les en sortir. Les fermiers qui ont eu l’humanitaire indélicatesse d’abriter les fugitifs sont passés à tabac. Plusieurs corps humains en décomposition sont retrouvés dans les brousses. Ils mouraient soit sous les coups de crosses militaires, soit par morsure de reptiles ou encore par une alimentation approximative quand ils doivent se nourrir de ce qu’ils trouvent et de racinesEn tout cas, seul un nouveau régime politique pourra y dresser le bilan des dégâts surtout humains.

D’une façon cyclique, et au gré de l’ampleur de la contestation, ces populations devraient d’un moment à l’autre aller se réfugier en brousse le temps que les bourreaux de monsieur Faure Gnassingbé se retirent des villes et villages où ils ont carrément installé des bases. Dans ces villes à majorité musulmane, même l’adoration de bon Dieu était obligé de se faire dans la discrétion quand on sait que ces localités assiégées militairement sont restées des jours sans connaître l’appel des muezzins, même les animaux de la basse-cour devaient être prudents. Les séquelles sont restées ouvertesA Mango par exemple, une partie de la population est encore refugiée au Ghana car rien ne garantit un retour au pays. A Sokodé et à Bafilo, une partie des jeunes ne reviendra y vivre qu’après le régime militaire de Faure Gnassingbé. Inutile de souligner que présentement, même les enfants de deux à trois ans sont traumatisés par toute présence militaire.Tout comme on se met en lieux sûr à la vue d’un fauve, les enfants par instinct de conservation se cachent des corps habillés. Le traumatisme est grand.

Bref, les émissaires habillés de la monarchie des Gnassingbé ont trouvé des localités qu’ils ont crues orphelines sans défense ni des hommes ni de Dieu. Comme ont fait irruption sans crier gars dans une maison en clôture de claie, ils y ont accédé de tout côté pour humilier des guerriers qui ont refusé de répondre en préférant se remettre à la politique de leur moyen : Dieu. Contrairement à Tchaourou où l’agresseur militaire n’a pas eu le temps de dérouler son schéma de guerre, à Sokodé par exemple, l’envahisseur a déroulé sa politique des terres brûlées. Ils ont fait à leur guise, ils ont abreuvés leur sadisme et on pouvait les entendre exprimer une lâche satisfaction. Mais, c’était une triste gloire si on se rappelle que c’est toute l’armada de l’état qui a été utilisé contre un poignet de togolais dans ces zones. Des zones où, comme par préméditation, au nom d’une certaine protection des zones classées, Eyadema avait dépouillé les populations et chasseurs de tout instrument de protection : fusils, armes blanches, arcs et même protection mystiques. Comme gloire, c’en était une de triste de la part d’une armée. Contrairement au Bénin où la population a choisi l’approche physique et mystique contre l’envahisseur, au Togo, les zones de résistance, conscientes de la mentalité de l’armée, ont choisi l’approche spirituelle. Ce n’est pas une lâcheté, et nous ne croyons pas si bien dire dès les premières heures : « de telles atrocités ne pourront rester impunies sous aucun ciel ». Contrairement à ce que certains pensent, ce qui s’est passé au Bénin est bel et bien possible à Sokodé, Mango ou Bafilo ou ailleurs au Togo du moment où ce sont les mêmes peuples qui habitent à cheval entre les deux frontières avec des alliances différentes entres confréries de chasseurs et communautés. Mais les populations Togolaises, pour le même résultat ont préféré répondre à l’agresseur les mains vides. Et le résultat il est bien là en termes de dégâts dans les rangs des bourreaux.

D’une part, cette population a préféré la politique de la main vide parce qu’elle doit permanemment lever les mains aux cieux pour implorer le courroux de celui qui a créer les bourreaux et les victimes. Et elles l’ont toujours imploré, elles l’implorent encore et elles le feront aussi longtemps que l’injustice survie. On peut tous refuser aux victimes sauf ça.

D’autre part, ces populations, même si elles manquaient d’implorer vengeance, sont aussi convaincues que la nature a horreur de l’injustice. Donc avec ou sans elles, la nature se vengera. Et oui, elle se venge déjà.

Dans une de nos parutions, nous publions un dossier sur les cas de plus de plus fréquents de folies, accidents et autres morts et invalidités dans l’armée togolaise et précisément dans les rangs de ceux qui s’en prennent gratuitement aux innocentes populations depuis le 19 août 2017. Nous croyons avoir alerté les autorités compétentes pour qu’elles tiennent compte de la nature dans les options qu’ils choisissent contre leur peuple. Dans une autre récente parution, on vous annonçait le cas des bérets rouges de Kpéwa, bras armés de Faure contre les populations de la région centrale. Ce camp, se vide de ses militaires par peur des représailles mystiques suite aux crimes sur les populations innocentes depuis la crise. Tout récemment, il nous revient, de sources crédibles, qu’un très haut gradé a perdu les clés de son raisonnement et son quotidien est désormais fait de tradi-thérapie sur fond d’une haute surveillance entre un camp de la capitale et son domicile. Le centre de traitement de Zébé n’est plus un lieu sûr pour les informations qui fuitent quand on sait que les bourreaux dans un état second ne savent plus garder le secret militaire. Mieux, une cellule d’agents de renseignement rôde présentement dans certains environnements pour solliciter l’aide des leaders d’opinion des zones réprimées afin d’identifier et de remonter aux parents de certaines victimes. La peur a changé de camp et le bourreau est conscient que certains assassinats et violences ne peuvent pas ne pas avoir de suite spirituelles. Intitule de rappeler que des nervis sont allés jusqu’à s’en prendre à Dieu lui-même en attaquant ses symboles.

Nous vous disions aussi que quand le SRI torture désormais les jeunes qu’il enlève, ils leur est toujours posé la question de révéler l’identité de leurs marabouts. Une chose est certaine, face à l’oppression, tous les opprimés sont ou des charlatans ou des marabouts. Bref, après la pluie c’est le mauvais temps dans les rangs des bourreaux qui tuent pour la survie de Faure Gnassingbé. Des hommes de mains qui exécutent aux hauts gradés qui donnent l’ordre, c’est n’est pas la grande quiétude. Beaucoup de milliards sont d’ailleurs versés dans l’import-export d’une bande de « faux charlatans » sénégalais et autres escrocs du domaine mystique. De l’Afrique du Nord à l’Inde, ils sont nombreux qui après avoir encaissé d’immenses sous promettent la soumission totale des Togolais au régime et la quiétude dans les rangs des bourreaux. Mais rien n’y fit.

Pour anecdote, un grand baron est même présentement surnommé « l’homme aux faux marabouts». Parce que tout ce que sa horde de marabouts promet se fait attendre. On se souvient même que, au cœur de la crise, un charlatan de son réseau venu de l’Afrique de l’Est a déjà disparu avec la voiture mise à sa disposition après avoir encaissé une partie du pactole. Si les cabinets de ces pratiques étaient identifiables, on en rencontrerait à chaque coin de rue à Lomé. Le secteur est porteur, une bonne partie du budget public va dans cet obscurantisme entretenu à dessein pour nourrir encore le prince d’un espoir évasif. C’est juste pour dire que les mains nues sont capables de plus de dégâts qu’un combat à armes égales à la béninoise.

IV – Synthèse et risques

Des ressources naturelles et économiques, allant de l’unique port en eau profonde, aux matières premières, les opportunités ne manquent pas au Togo pour être heureux. Mais qu’est-ce qu’on en a fait ? L’opportunité qu’offre le port est totalement privatisée, le tirant d’eau profonde est devenu un carrefour régional des grands trafics, l’exploitation des phosphates et autres ressources du sol est en faillite avancée. En contrepartie, des ressources économiques à la prospérité des peuples, le Bénin, si les plus pessimistes l’appellent encore une dictature, elle est une dictature positive grâce à la séparation concurrentielle des pouvoirs et de l’économie. Il existe dans l’ancien Dahomey une pluralité des centres de pouvoir, certains parleront de la polyarchie. Dans la pratique, il s’est instaurée une salutaire concurrence entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif qui, malgré ses imperfections bénéficie d’un large consensus jusqu’à l’ère Talon. A cela vient s’ajouter le libre choix des gouvernants. On a beau qualifier le multipartisme d’anarchique au Bénin, mais le libre choix des gouvernants par les gouvernés y est mieux assuré qu’au Togo. Il n’existe même pas de comparaison possible. Comme l’introduisait ce dernier volet de notre dossier, les choix politiques se reflètent sur les choix économiques au Togo et au Bénin.

Au Bénin, l’économie est libéralisée et tout le monde peut s’enrichir, le peuple n’a pas faim. Mais au Togo, la gestion de l’Etat est réservée et le peuple doit rester pauvre pour être docile.

Du point de vue économique, au Togo, s’enrichir est un luxe puant réservé aux décideurs. Ils sont nombreux qui sont devenus multimilliardaires de circonstances pour avoir gérer un poste public juteux. Malheureusement, ils se dégonflent une fois en disgrâce et commencent à quémander des bons d’essence au premier venu des anciens amis. Les hommes d’affaires crésus au Togo sont rares contrairement au Bénin. Le Togo, pour être sûr que les citoyens ne vont pas s’enrichir au point de lorgner la place de ceux qui sont nés pour diriger, a fabriqué une génération de politiciens d’affaires faciles à surveiller comme du lait sur le feu.

Au Bénin, il a germé au même moment une génération d’hommes d’affaires libres de toutes contraintes politiques. Ils ne sont pas obligés de cacher leur patrimoine, ils l’exposent dans l’investissement et embrassent des domaines économiques bien connus qui donnent du travail aux populations.

Nous pouvons dire qu’au Bénin, quel que soit ce qu’on pense présentement de Patrice Talon, 5 hommes d’affaires réunis de la trempe d’un Talon, ou d’un Ajavon peuvent employer tous les agents publics de l’Etat togolais. Mais au Togo, à quelques écarts près, les riches hommes sont de véritables braqueurs des biens publics. Tout comme un voleur qui est obligé de se cacher pour jouir de son butin, ils ne peuvent pas eux-mêmes en jouir au point de parler de contaminer les populations d’une prospérité partagée. Ils sont de malheureux délinquants protégés par l’Etat qui les emploie pendant qu’eux ne peuvent employer personne si ce n’est fuir leur pays où l’économie est aux ordres du prince pour faire des investissements à risque souvent à l’étranger. Le résultat est que la population a faim. L’argent ne circule pas, l’image du pays se démolie, le peuple est financièrement et politiquement essoufflé et la jeunesse et ses dirigeants sont à cheval entre l’exil et la prison.

De la politique aux affaires, si tout est libéralisé au Bénin, tout est centralisé au Togo. Ici, seul l’Etat, pour ne pas dire les valets de l’État, prennent parti sur le marché économique, c’est-à-dire, l’Etat ne laisse pas se dérouler les affaires de façon autonome. Il faut les ressembler pour avoir des opportunités. La monarchie surveille tout. Au Togo, ce sont des réseaux d’intérêts mafiosi qui se partagent l’économie nationale. Togo-Bénin, un peuple uni par des langues, des traditions et cultures, deux expériences de part et d’autre d’une frontière. Un côté est libre et heureux d’un libéralisme qui emploie et donne à manger, l’autre à la mine renfrognée d’un interventionnisme qui contrôle tout, ne comprend que le langage des armes, qui asphyxie et tue. Les deux pays sont aux mains de deux garçons qui ne se ressemblent pas, mais qui échangent désormais les méthodes de gouvernanceDu joug de Patrice Talon et Faure Gnassingbé, un même peuple mène une lutte de libération qui risque d’embraser la région et d’assoir une vilaine jurisprudence. Ici et là, on traverse la faveur d’une accalmie, mais si d’ici 2020 le Togo est un territoire de grandes inconnues politiques, au Bénin, la population fume encore de colère, les deux Etats se ressemblent par le risque qu’ils représentent si rien n’est fait.

Du Togo au Bénin le troisième larron qui pouvait faire la différence et servir d’arbitre est un éléphant avec un pied cassé dans la crise togolaise. A moins de se racheter et trouver une solution au Togo, la CEDEAO au Bénin ne sera qu’un lion édenté. On observe alors jusqu’où elle laissera durer les crises au Togo et au Bénin quand on sait que l’une ne peut se résoudre sans l’autre, les deux problèmes étant trop analogues dans tous les compartiments pour que les solutions diffèrent.

Abi-Alfa

Source : Le Rendez-Vous No.340 du 11 juillet 2019

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