Pourquoi Gérard Adja a-t-il été auditionné sans avocat et lui a-t-on refusé la confrontation avec les jeunes manipulés devant le juge d’instruction?

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Persistance de la violation des droits de la défense au Togo


Nous venons d’apprendre des sources proches de son parti et de la famille, que selon les dernières informations, il ne serait pas prévu une confrontation du 1er Vice-président de OBUTS avec les deux jeunes dont l’un l’a accusé d’avoir participé le 5 janvier à 2 heures du matin à une réunion au siège de l’ANC, réunion au cours de laquelle, selon ses dires, aurait été planifié l’incendie du grand marché de Lomé, et l’autre, un certain Azé, vendeur de pneus, d’avoir programmé l’incendie de stations d’essence et promis de prendre de l’argent chez le Président du parti, Agbéyomé Kodjo pour leur rétribution. Entre nous, si le Pouvoir a trouvé intéressant l’accusation portée contre Adja Gérard par rapport à l’incendie de stations d’essence, pourquoi en revanche a-t-il balayé d’un revers de main le cas du gendarme qui voulait incendier une station sur la route de l’aéroport ? Rappelons que le ministre de la Sécurité a banalisé la chose en déclarant sur les médias qu’il voulait allumer sa cigarette.


En effet, selon une source proche du Procureur de la République, les instructions seraient sur le point d’être bouclées, qu’il ne resterait que quatre personnes à présenter au doyen des juges d’instruction et dont ne ferait pas partie le sieur Gérard Adja. Rumeurs ou réalité ? En tous cas, les Togolais attendent de voir, surtout lorsqu’on sait qu’à la suite de la fameuse affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat, les droits de la défense avaient été abondamment et systématiquement violés, ce que le Pouvoir a reconnu devant les instances internationales et promis d’y remédier pour l’avenir.


Pour ceux qui ne le savent pas, arrêté le dimanche 13 janvier 2013, le 1er Vice-président de OBUTS a été gardé pendant 48 heures, délai légal de garde à vue selon les textes en vigueur. Ce délai sera prolongé jusqu’à 12 jours pour les besoins de l’enquête, selon le code de procédure pénale. Signalons, que ce même 13 janvier où M. Adja a été arrêté, Mes Kpandé-Adzaré et Afangbédji, en tant qu’avocats, et membres du même Collectif ‘’Sauvons le Togo’’ que lui, s’étaient déplacé au SRI, pour s’enquérir des nouvelles de leur collègue et se constituer avocats. Ces deux personnalités ont été interpellées par Akakpo et ses éléments et gardées pendant plusieurs heures. Il sera plus tard expressément fait interdiction aux avocats du CST de se constituer pour la défense des personnes arrêtées dans l’affaire d’incendie des marchés de Kara et de Lomé. Comme si cela ne suffisait pas, le Capitaine Akakpo a interdit qu’un avocat se constitue pour deux personnes à la fois. Au Togo, on aura tout vu et entendu.


C’est à l’orée de l’expiration des douze jours de garde à vue, que le Capitaine Akakpo, patron du SRI a réuni dans son bureau quelques-uns de ses hommes, quelques jeunes ‘’arrêtés’’ ainsi que le 1er Vice-président, pour une séance d’audition. C’était le 24 janvier et c’est ce même jour que la formalité dite d’identification avait été faite à la gendarmerie. Tenez-vous bien, seul contre tous (ils étaient sept contre M. Adja, gendarmes et accusateurs), le deuxième patron d’OBUTS n’a pas été autorisé à poser aux jeunes d’en face la moindre question de clarification qui lui aurait permis de démontrer que les jeunes manipulés racontaient des bobards. Et ce sont les propos rapportés par ces jeunes qui suffisaient à faire l’affaire du Service de renseignement et d’investigation (SRI). Pour ce service de gendarmerie l’objectif visé aurait été atteint.


Faut-il le préciser, depuis le 13 janvier où on lui a élu domicile à la gendarmerie nationale, ce n’est que le 23 que Gérard Adja a pu être autorisé à avoir un avocat. Et c’est aussitôt le lendemain, sans que sa famille et lui-même ainsi que le CST aient eu le temps de s’organiser pour voir qui prendre comme avocat, que quelques heures seulement après, c’est-à-dire le 24 janvier, il fut obligé de subir l’affront, la mort dans l’âme, de jeunes que nous appelons à juste titre de jeunes manipulés par le SRI pour les besoins de la cause. Ce fut une véritable séance d’humiliation et de choc psychologique infligée à Gérard Adja ce 24 janvier et selon les informations, il lui aura fallu plus d’une semaine pour s’en remettre, surtout qu’un jeune qu’il n’avait jamais vu auparavant, s’est permis de déclarer qu’il l’a vu à une réunion au siège de l’ANC à 2 heures du matin.


Dans la soirée, il sera conduit successivement devant le Procureur de la République et le doyen des juges d’instruction en même temps que les jeunes. Curieusement il n’y avait pas eu de confrontation. Il s’agira d’audition individuelle où ces jeunes ne feront que confirmer ce qu’ils avaient déjà débité machinalement devant les gendarmes. Dès le lendemain, l’information circulera selon laquelle, M. Adja ainsi que d’autres étaient déférés. Les autorités parleront de reconnaissance par le Vice-président d’OBUTS des faits qui lui sont reprochés. Or, l’inculpé a toujours nié les faits et n’a rien reconnu du tout. Ce n’est que le lendemain qu’il sera mis au parfum du théâtre qui se jouait sur son dos hors de sa cellule où il purgeait sa détention arbitraire, notamment les déclarations faites par les jeunes manipulés à la télévision nationale. Cela fait 51 jours de détention arbitraire aujourd’hui.


Pour la petite histoire, Claude Améganvi sera convoqué le lundi 28 janvier au SRI contrairement à la procédure à laquelle ce service a habitué les Togolais dans cette affaire d’incendie de marchés. Il s’y est rendu et reparti tel qu’il était venu. Pourquoi avait-il droit, lui, à un traitement spécial ? Les Togolais qui ne sont pas des idiots, n’avaient pas mis long à comprendre que le SRI savait très bien que Claude Améganvi qui était depuis le 16 novembre 2012 en rupture de ban avec le CST ne saurait s’impliquer dans des manifs du collectif. D’où il est aisé de comprendre qu’une telle convocation n’avait pour objectif que de divertir les citoyens qui n’en avaient pas besoin, à un moment où il est reproché à la gendarmerie ses mauvaises procédures d’interpellation.


Eu égard à nombre d’éléments qui militent en défaveur du Pouvoir que beaucoup estiment être lui-même à la base de l’incendie des deux plus grands marchés du pays, nous voudrions boucler le présent article par une analyse somme toute très pertinente d’un fonctionnaire à la retraite faite vendredi dernier par rapport à l’immobilisation des véhicules ghanéens de secours à la frontière de Kodjoviakopé pour raison de formalités. Ce type d’analyse, nous ne l’avions entendue jusqu’ici nulle part et c’est pour cette raison que, vu sa pertinence, nous tenons à la partager avec le reste des Togolais. Le monsieur déclare : « Je suis personnellement très convaincu que Dieu, voulant mettre à nu le plan machiavélique du Pouvoir, a fait naître au sein de l’appareil étatique un problème de communication au dernier moment comme ce fut le cas pour la tour de Babel ».


Il poursuit : « Pour montrer sa bonne foi à l’opinion nationale, le Pouvoir aurait donné l’ordre qu’à un moment donné, il faudrait lancer l’appel au secours du côté d’Aflao. Mais qui sait si cet appel n’est pas parti plus tôt qu’il ne fallait. Raison pour laquelle il fallait, sous prétexte de faire des formalités (ndlr : ce qui est une pure aberration et un vrai nonsense) retenir les véhicules à la frontière et attendre un signal avant de leur donner le ok de mise en route ».


Et de lancer le pavé dans la marre : « Vous avez sans doute entendu depuis la survenue de l’incendie du marché de Lomé qu’il y a eu des privilégiés à qui la directrice du marché aurait donné l’occasion de ramasser leurs marchandises ? Eh bien, il faut du temps pour commencer et terminer une telle opération. Vous avez sans doute aussi appris qu’il y a eu un pillage organisé qui aurait consisté à ramasser les fonds domiciliés depuis quelque temps au marché pour des raisons propres à nos sœurs et mères commerçantes ? Non seulement des fonds auraient été pillés mais aussi des marchandises et l’on parle de pagnes ».


Voilà une analyse d’un compatriote que nous avons jugée si pertinente et que chacun doit découvrir en attendant un autre procès du siècle après celui de Kpatcha Gnassingbé, si vraiment procès il doit y avoir, car personnellement, nous ne voyons pas le Pouvoir bien ‘’lôti’’ dans cette histoire à dormir debout, faisant un procès d’où il relèverait la tête. N’est-ce pas parce que le Procureur et ses mentors auraient été effrayés par la dernière révélation faite par le coordinateur du CST qu’il a inventé la semaine dernière cette mesure contre les trois avocats du collectif ? Il faut le croire. Affaire à suivre.


Alain SIMOUBA


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