Premières réactions de Pascal Bodjona à sa mise en liberté : « C’est par une procédure bancale, acrobatique, scandaleuse, atypique et illégale à tout point de vue qu’on m’a arrêté et détenu »

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L’ancien Directeur de cabinet de Faure Gnassingbé et ex-ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales écroué depuis le 1 er septembre 2012 dans une affaire d’escroquerie dite « internationale » a été remis en liberté « provisoire » mardi en début de soirée. Le Procureur de la République près du Tribunal de Première instance de Lomé, dans un communiqué rendu public quelques heures après cette relaxation a indiqué que cet ancien bras droit du Président de la République Faure Gnassingbé avait bénéficié d’une remise en « liberté provisoire » suite à une demande à cet effet, introduite le 5 avril dernier par ses avocats. « Après examen de cette demande, le Juge d’instruction a décidé de le mettre en liberté provisoire sous contrôle judiciaire à compter de ce mardi 9 avril 2013 », a indiqué Blaise Essolissam Poyodi dans son communiqué.

Accueilli en héros à son domicile d’Agbélépédogan (Lomé), l’homme a livré ses premières impressions à la presse dont voici la teneur. Lire l’entretien.

Afreepress : Bonjour M. Pascal Bodjona, qu’avez-vous à dire à l’opinion après votre sortie de prison plus de sept (7) mois après votre arrestation ?

Pascal Bodjona : J’adresse mes louanges à Dieu qui, en cette période d’épreuves difficiles, m’a donné la santé, le courage et le moral de supporter ce qui me paraissait impossible à supporter au regard de l’injustice dont j’ai fait l’objet.

Mes premières impressions vont à cette admiration permanente que je dois à mon épouse courageuse et digne, à mes enfants qui sont restés courageux, à mes parents, à mes amis et à vous tous journalistes. De tout temps nous avons cheminé, les épreuves de la vie peuvent amener certains à succomber à des tentations. Mais à tous, je vous remercie pour tout votre combat.

Je pense que l’affaire Bodjona a révélé en vous, je ne dirais pas des juristes de circonstances, mais de vrais juristes maîtrisant la procédure et le fond des dossiers. Je vous dis merci pour votre soutien, à l’ensemble des Togolaises et des Togolais pour leur miséricorde infinie. Les hommes politiques et la société civile, à toutes les confessions religieuses, je dis merci et je voudrais aussi dire merci à tous les Togolais qui dans leur prière demandaient que justice soit faite.

Les mots me manquent en cette circonstance pour leur dire ma gratitude. Je dis merci à tous ceux qui légitimement n’avaient rien à avoir dans ce dossier, mais qui se sont dit que bien qu’ils fussent notre adversaire politique, ils n’allaient pas se taire, qu’ils allaient s’élever contre cette injustice, je leur dis merci. À mes amis politiques d’hier, à mes frères je leur dis merci et je pardonne.

À tous ceux qui maladroitement, je dis bien, maladroitement ont pensé initier cette procédure cousue de fils blancs contre ma personne, je ne leur souhaite pas cette privation, cette épreuve.

Je sors d’une épreuve injuste qui m’a donné de me connaître et de connaître l’homme. J’ai été arrêté pour une affaire dont je ne connais ni les tenants, ni les aboutissants, ni ceux-là qui l’ont maladroitement et de façon immorale et inhumaine initiée contre moi, mais je n’ai aucune envie de vengeance contre personne. On peut s’élever contre moi pour toute chose, mais pas pour ce délit qu’on me reproche. Que la procédure suive son cours.

Afreepress : Savez-vous ce qui a motivé le Doyen des jugent à décider votre mise en liberté provisoire ?

Pascal Bodjona : Je n’ai pas été écouté par le doyen des juges. Le juge qui a le dossier depuis plus de deux (2) ans, c’est le juge chargé du 4e cabinet. Je l’ai dit et je le répète, Bodjona n’a jamais été dans la dynamique d’une justice de miséricorde, d’une justice pour services rendus. Je demandais seulement une justice de raison, je pense que la raison semble revenir.

Afreepress : Avez-vous l’impression qu’il s’agit là d’une affaire purement politique ?

Pascal Bodjona : C’est à vous de le déduire. Je dis que je ne sais pas ce que j’ai fait. Il faut faire la différence entre un témoin simple et un témoin assisté comme en France et un témoin sous la foi du serment. Lorsqu’on prête serment, cela veut dire que le juge qui a le dossier sait qu’il n’y a aucun indice contre vous. On a ouvert d’abord l’information et on m’a écouté sur la foi d’un serment. C’est par une procédure bancale, acrobatique, scandaleuse, atypique et illégale à tout point de vue qu’on m’a arrêté et détenu. Je pense qu’il n’ya pas à se dire quoi que ce soit, Bodjona veut que la procédure suive son cours, je suis là, je ne me soustrairais jamais à la justice, mais j’estime que je ne sais pas de quoi il s’agit. Vous êtes des journalistes, analystes des faits, il ne m’appartient pas de vous dire plus que cela, tirez vous-mêmes les conclusions.

Afreepress : Le ministre est libéré en pleine préparation d’élections, rejoindra-t-il sa formation politique ?

Pascal Bodjona : Donnez-moi le temps après huit mois de privation de liberté de donner de la chaleur à ma famille, à mon épouse et à mes amis que vous êtes. Ne voulez-vous pas de ma chaleur ? J’aurai ensuite tout le temps qu’il faut pour faire la réflexion en tenant compte du contexte. À tout ce peuple togolais que mes actions politiques depuis ont frustré, ont causé du tort, je leur demande pardon, qu’ils sachent que rien ne peut sauver ce pays que le dialogue. Que le Chef de l’© Afreepress se lèvent pour réunir tous les Togolais de tous les bords pour que notre pays soit dans l’apaisement total.

Afreepress : La situation politique est très crispée au Togo et certainement de votre cellule vous avez tout suivi. Qu’est-ce que vous pouvez préconiser pour aider le pays à sortir de cette crise ?

Pascal Bodjona : Il ne me paraît pas inutile de vous rappeler les grandes responsabilités que j’ai eues à assumer. Premier Directeur de cabinet du Président de la République, ce n’était pas donné à qui que ce soit. Ministre d’État, ministre de X et Y et j’ai apporté ma petite contribution lorsque j’étais à ces fonctions dans le cadre du règlement de certaines difficultés, qu’elles soient d’ordre sportif, syndical et politique. Après sept (7) mois de détention, je reste toujours fidèle et je crois bien que le Président restera toujours attacher à cette vertu de dialogue pour que toutes les voies du dialogue puissent permettre d’apaiser ce pays. Les conseillers ne sont pas les bons maîtres.

Photo: Pascal Bodjona à son arrivée à son domicile d’Agbalépédo. (C) Afreepress

Interview transcrite par Olivier A.

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