Préparation de la présidentielle de 2020 : La sourde oreille et la fuite en avant du pouvoir

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. Le CAR exaspéré menace de se retirer de la CENI

Le pouvoir en place n’a jamais été vraiment coopératif lorsqu’il s’agit d’organiser les élections. Il a toujours fait preuve d’obscurantisme et d’opacité à toutes les propositions et idées émanant de l’opposition. Cette sourde oreille presqu’érigée en mode d’emploi est encore manifeste dans la préparation de la présidentielle de 2020. Le pouvoir et sa Commission électorale nationale dite indépendante (CENI) foncent dans les préparatifs, fermant les yeux sur les appels tous azimuts à une bonne élection.

Simulation de la révision électorale

Depuis le mardi 22 octobre, TchambakouAyassor et sa CENI organisent ce qu’ils appellent «une simulation grandeur nature de la révision des listes dans 5 commissions électorales locales indépendantes », notamment Agoè-Nyivé 1-4-6, Avé, Lacs/Bas-Mono, Zio et Kloto/Kpelé. « Cette simulation permettra à la CENI de tester les équipements, les logiciels et l’ensemble des composantes des kits d’enregistrement biométrique », argue la CENI à travers un communiqué rendu public à cet effet. L’opération est censée se terminer aujourd’hui et est organisée en prélude à la révision des listes électorales annoncée par la Commission électorale avant la fin de ce troisième trimestre en vue de la présidentielle de l’année prochaine.

Doit-on prendre les arguments de la CENI pour argent comptant ? Quelles sont les réelles intentions qui se cachent derrière cette opération inédite ? On est en droit de s’interroger, car de mémoire de Togolais, c’est l’une des toutes premières fois qu’une telle simulation a lieu dans des CELI. On n’a en tout cas pas souvenance de son organisation dans les CELI, si ce n’est sur le site de la foire Togo 2000. Qu’est-ce qui explique donc sa délocalisation cette fois-ci ? Connaissant le goût du régime en place à l’obscurantisme, ce serait naïf de prendre pour parole d’évangile ces explications. Cette opération en prélude à la révision des listes électorales est organisée alors même que plusieurs voix exigent un nouveau recensement pur et simple.

Sourde oreille aux revendications légitimes

Enclencher très tôt les préparatifs pour la présidentielle de l’année prochaine est une bonne chose en soi. Mais encore faut-il qu’ils se fassent de façon concertée et dans des conditions à même de promouvoir la transparence, l’équité et autres valeurs connexes. Et dans cette dynamique, des requêtes légitimes introduites par l’opposition sont restées lettres mortes.

En effet, la première est la recomposition de la CENI. Celle qui engage le processus de 2020 a été mise en place pour les élections locales. La page de ce scrutin est tournée depuis un moment. 2020, c’est une présidentielle, et pas des moindres. D’ailleurs par rapport à la CENI de TchambakouAyassor, on avait rebattu les oreilles des Togolais que comme il s’agit des municipales, pas forcément un scrutin strictement politique, c’est pourquoi un homme de la société civile est mieux placé pour conduire le processus. Soit. 2020 est une présidentielle, un scrutin plutôt politique. Mais le pouvoir semble vouloir garder TchambakouAyassor au perchoir. A-t-il bien conduit le processus des locales et son maintien est une prime au travail bien fait ? On serait curieux d’en connaitre les motivations.

La recomposition de la CENI est même une question de bon sens. Si le pouvoir dit avoir tenu compte des résultats et de la redistribution des cartes suite aux législatives du 20 décembre 2018 boycottées par la Coalition de l’opposition, pour recomposer la Commission devant conduire le processus des dernières municipales, la donne a changé avec les locales de juin 2019. Les béquilles de l’opposition gentille qui ont usurpé des places à l’Assemblée nationale et la CENI ont été reléguées au second plan et le bon sens aurait voulu que la Commission devant conduire le processus de 2020 soit recomposée en tenant compte de ces nouveaux paramètres. Et des voix se sont élevées au sein de l’opposition pour le réclamer.

 Certains ont aussi exigé un recensement électoral, en lieu et place d’une simple révision. Ils arguent à l’appui que cette opération est indispensable compte tenu des conditions dans lesquelles s’était déroulée la révision des listes organisée pour les locales, avec des manœuvres savamment déployées par le pouvoir qui ont eu l’effet de laisser beaucoup d’électeurs sur le carreau. « L’organisation d’une élection présidentielle ne se fait pas dans la précipitation. C’est à travers elle que le magistrat suprême est élu. Il faut donc du sérieux pour l’organiser et la CENI des élections locales qui s’est illustrée dans l’improvisation serait très en deçà de cette lourde tâche (…) En annonçant les révisions des listes électorales au lieu d’un recensement puisqu’il s’agit d’une élection présidentielle, la CENI fausse déjà les données », avait fustigé le 28 septembre dernier Pasteur Edoh du Mouvement Martin Luther King – La Voix des Sans-Voix, au lendemain de l’annonce par TchambakouAyassor d’une révision électorale en lieu et place d’un recensement formel. D’autres voix encore vont jusqu’à exiger un audit formel du fichier électoral disponible.

Amélioration du cadre électoral, c’est ce qui revient dans les interventions de presque tous les partis de l’opposition traditionnelle, même s’ils sont opposés sur la question de la candidature – unique ou multiple. Mais manifestement, le pouvoir reste opaque à toutes ces requêtes et en fait selon ses humeurs…Non seulement il ne croit pas devoir procéder à la recomposition de la CENI, mais en plus il fonce vers la révision des listes électorales…

Comme en décembre 2018…

L’opacité actuelle du régime aux requêtes formulées par l’opposition et sa fuite en avant sont de la routine, disions-nous. Mais le summum a été atteint avec les dernières élections législatives de décembre 2018 où le pouvoir a fait preuve d’obscurantisme total. En effet, on se rappelle que le pouvoir s’était empressé de démarrer le processus, en procédant à une recomposition fantaisiste de la commission sur des critères que lui seul avait définis, et en plein processus de dialogue politique. Il y avait taillé de la place pour des partis extraparlementaires, en fait ses béquilles, parmi lesquels le Nouvel engagement togolais (NET) de Gerry Taama…C’était en tout cas aux dépens de la composition paritaire et sensée avec le pouvoir prônée à l’époque par la Coalition de l’opposition, protagoniste de la crise politique.

La C14 avait beau dénoncer cette fuite en avant, rien n’y fit. Le pouvoir a foncé dans les préparatifs, alors même qu’un processus de dialogue autour de l’organisation des législatives sous l’égide de la CEDEAO était encore en cours. Tous les préparatifs ont été menés par sa CENI unijambiste conduite à l’époque par un certain KodjonaKadanga et les délégués de la C14 désignés ne devraient venir que pour la forme, l’essentiel ayant été déjà fait par le pouvoir. La CEDEAO finira par imposer une composition paritaire, et il était alors question que les délégués de ces partis qui n’y avaient rien à foutre, dégagent. Mais ce retrait a posé tous les problèmes du monde, avec notamment le représentant de l’Union des forces de changement (UFC) qui avait fait de la résistance durant de longues semaines, cautionné par le pouvoir en place.

Le CAR menace de claquer la porte

 On est actuellement en face de la même fuite en avant du pouvoir et de sa CENI. Et cette attitude exaspère, même dans les rangs des partis représentés dans l’équipe de Tchambakou Ayassor. C’est le cas notamment du Comité d’action pour le renouveau (CAR) qui peste au sujet des conditions d’organisation de la présidentielle.

 « Nous avons encore le temps de préparer ce scrutin et c’est une obligation pour nous tous afin d’éviter le chaos au Togo. Le CAR exige un arrêt du processus électoral afin de mieux l’organiser »,a déclaré sur les ondes de Nana FM le Coordonnateur national de la Jeunesse, Komlanvi Kondo, réclamant tacitement de meilleures conditions d’organisation du scrutin.

Le parti de Me Yawovi Agboyibova loin et exige un arrêt du processus tel que mené. Il compte même se retire de la CENI au cas où le pouvoir reste opaque à ses revendications légitimes. «Le CAR va réfléchir, si le pouvoir ne veut réellement pas revoir le fonctionnement des institutions de la République, notamment le fonctionnement de la CENI, nous serons obligés de prendre une décision dans les jours à venir par rapport à notre maintien à la CENI ou pas », a-t-il averti.

Tino Kossi

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