Présidence de la République : Shegun Adjadi Bakari, un conseiller accusé de trafic d’influence

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La présence massive des conseillers étrangers à la présidence togolaise devient de plus en plus inquiétante, à la limite révoltante pour les cadres togolais qui sont mis à la touche. On était déjà habitué à Charles Debbasch, le très controversé juriste mercenaire, spécialiste des modifications constitutionnelles depuis le temps de Gnassingbé Eyadema. Depuis l’arrivée de Faure Gnassingbé, la vague des conseillers étrangers à pris une curieuse ampleur. Rwandais, Burundais, Français, Israéliens, et depuis un certain temps, Béninois. Jamais le contraire n’aurait été possible dans ces pays.

Qui peut un seul instant imaginer un Togolais conseiller à la présidence en France, au Rwanda, en Israël ? Patrice Talon a de la famille au Togo, mais personne ne peut imaginer un Togolais conseiller avec rang de ministre au Palais de la Marina à Cotonou.

Depuis une dizaine d’années le palais présidentiel togolais est devenu le repaire de conseillers étrangers au passé sulfureux pour certains. Des voleurs d’objets d’art en France comme Charles Debbasch, des violeurs et pédophiles comme Dominique Strauss-Kahn, le Général Raymond Germanos, etc. font la pluie et le beau temps au Togo pendant que des compétences togolaises sont mises à l’écart.

Les Béninois constituent la dernière vague de conseillers qui ont rejoint le peloton. Reckya Madougou, ancienne ministre de la République du Benin sous le mandat de Boni Yayi, est devenue ministre conseillère de Faure Gnassingbé depuis quelques années et étend son influence à tous les secteurs de décisions du pays. Mais elle n’est pas seule. Dans cette pléthore de conseillers étrangers, se trouve un autre franco-béninois. Shegun Adjadi Bakari, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a connu un brillant parcours professionnel. Diplômé de l’école de commerce de Lille, banquier économiste, il a travaillé à la Société générale en France, de 2013 à 2016. Chroniqueur pour Jeune Afrique, il était à la tête d’une société en France qui portait son nom.

Proche d’Abdoulaye Bio Tchané, il a été son conseiller pendant la présidentielle de 2016 au Benin et était classé parmi les « Jeunes loups de la Rupture » dans ce pays. « L’ancien président des étudiants de l’ENEAM, ex-Ine, Shegun Adjadi Bakari a été au cœur de la campagne du candidat Abdoulaye Bio Tchané. Il était conseiller spécial à l’économie. Une position qui lui a permis d’influer fondamentalement sur la rédaction du projet de société d’ABT, notamment les questions liées à l’énergie, l’emploi des jeunes et les problématiques d’investissements. Son rôle a été aussi politique puisque l’ancien leader actif de la fédération nationale des étudiants du Bénin a pu permettre d’organiser plusieurs rencontres entre ABT et la jeunesse estudiantine grâce à ses réseaux. Shegun Adjadi Bakari devrait valoriser toutes ses compétences auprès du nouveau régime dont ABT devrait être l’un des dignitaires », écrivait un site d’information béninois www. matinlibre.com le 25 mars 2016 sous le titre : « Voici les jeunes loups de la rupture ».

La fameuse rupture au Bénin n’aura pas profité à Shegun Adjadi Bakari malgré son engagement auprès de son mentor Abdoulaye Bio Tchané devenu ministre depuis et un des piliers du régime Patrice Talon. C’est donc au Togo que le jeune oublié de la rupture dépose ses valises, précisément à la Présidence de la République où il est rapidement nommé, on ne sait par quelle magie, conseiller en économie et énergie. Contacté par la Rédaction, une source proche de la Présidence confirme la présence de Shegun Adjadi Bakari au poste de conseiller sur les questions d’économie et énergie depuis fin 2016. L’homme, selon nos investigations, serait proche d’une ministre pimpante, égérie de la République qui n’a d’yeux que pour les experts étrangers. C’est donc par ce canal qu’il a débarqué aussi facilement à la Présidence togolaise. Mais lorsqu’on atterrit aussi facilement à la Présidence d’un pays dont on n’est pas originaire et à un poste aussi stratégique, la sagesse commande plus ou moins la discrétion. Visiblement, ce n’est pas le cas de Shegun Adjadi Bakari qui profite de la chienlit qui règne au sommet de l’Etat pour aller au-delà de ses prérogatives.

En effet il a été rapporté que ce dernier, par d’incessants coups de fils, met la pression sur certains directeurs de sociétés d’Etat leur suggérant d’aller ouvrir des comptes dans une banque française de la place sans passer par leurs ministères de tutelle. Un activisme suspect lorsqu’on sait que ce jeune de la « rupture » lorsqu’on sait qu’en France, ce dernier avait déjà eu à travailler dans cette banque. Dans tous les cas, ce zèle au-delà de ses prérogatives, commence par agacer à plusieurs niveaux surtout lorsqu’il est proche de la société Big Box introduite dans le projet de lampe solaire « Cizo ». Un projet d’électricité pour tous au parfum de magouille sur lequel nous reviendrons largement.

Contacté par la Rédaction sur ces allégations, Shegun Adjida Bakari parle de diffamation. Sur un ton très condescendant, il n’a pas voulu confirmer son poste à la Présidence de la République. Il s’est contenté de demander comment nous avons eu son numéro, avant d’enchainer en ces termes : « Je n’ai pas de commentaires à faire. Je ne sais pas de quoi vous voulez parler en fait. Je ne sais pas de quel directeur de société vous parlez. Donc je ne vois pas vraiment de quoi je pourrais discuter avec vous, parce que je ne vois pas de quoi vous parlez. Je ne connais pas de nom de directeur de société ». Sur la question de son lien avec une banque française de la place, il déclare : « Absolument aucun lien. Je ne sais pas dans quel cadre je suis en train de répondre à votre question. Vous pouvez vous rapprocher de la banque et des personnes auxquelles vous voulez parler, et après on serait sur un terrain de la diffamation ».

Quoi qu’il en soit, les Togolais se demandent pourquoi il y a autant d’étrangers au palais de la présidence. Le contraire aurait –il été possible ailleurs ? Pendant que les Togolais connus pour leurs compétences à l’intérieur comme à l’extérieur sont mis de côté, ce sont les étrangers qui pilotent des projets de milliards, se font une fortune sur le dos du contribuable. Bon à suivre !
 
source : L’Alternative
 

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