Président autoproclamé Résistance : le temps joue contre Agbéyomé

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La politique est art, les minutes comptent. Dr Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo le sait. Et puisque depuis le 22 février 2020, le candidat de la dynamique Kpodzro a décidé d’entrer en résistance au motif qu’il est et demeure le vrai gagnant du dernier scrutin présidentiel nonobstant le verdict de la Cour constitutionnelle qu’il a saisi et a plutôt annoncé Faure Gnassingbé vainqueur, Agbéyomé se doit donc d’aller vite pour se faire lui-même justice. C’est la logique de la résistance et de la contestation. Mais le temps presse, car la monotonie et le statu quo sont souvent balayés par l’usure du temps.

Dans l’apprentissage d’un être qui se détermine et qui s’assume rationnellement, celui-ci doit savoir lire les instants de vie, c’est-à-dire, le temps présent. Il doit avoir la lucidité nécessaire pour comprendre les situations auxquelles il est confronté. Cela voudrait aussi dire que face à la force, face à tous ceux qui ne comptent que sur la force, sur la brimade politique pour s’imposer et imposer leurs desiderata à la majeure partie de la population dépitée, face donc à ceux-là, il n’y a pas de résistances qui tiennent, mais des actions qui triomphent. Car, face au régime Gnassingbé qui se régénère perpétuellement, beaucoup de grands combattants, entre autres, Emmanuel Bob Akitani, Gilchrist Olympio, Jean-Pierre Fabre, Tikpi Atchadam, etc. ont tenté des résistances, ils se sont défendu tant bien que mal sans penser à passer à l’offensive. Au final, fatigués de ce combat qui se résume à la monotonie et le statu quo, de braves hommes se sont tus, leurs déterminations se sont envolées. Le régime, quant à lui, a retrouvé son mordant et s’y plaît au grand dam de la population togolaise. Seule la récente période de contestation du PNP a montré là où ce régime peut être touché pour s’effondre définitivement. C’est la leçon de l’action.

En effet, l’histoire des crises politiques à répétition que la nation togolaise a connues et leur dénouement, donne aujourd’hui plus d’éléments aux observateurs de la scène politique togolaise afin qu’ils puissent mieux analyser la situation politique actuelle et d’envisager son épilogue. « Les mêmes causes produisent essentiellement les mêmes effets », dira quidam pour couper court et donc, pour tout résumer.

Agbéyomé, pas comme Fabre…mais comme Fabre

Depuis le 22 février 2020, le candidat de la dynamique Kpodzro, Dr Agbéyomé Kodjo s’est autoproclamé président de la République Togolaise car, estimant être celui qui a « démocratiquement » gagné la dernière élection présidentielle.

« Président élu » soutient-il, le candidat du MPDD a aussitôt appelé les populations à occuper massivement la rue pour, non seulement défendre leur victoire, mais surtout faire barrage au forcing de « l’autorité illégitime ». Plus tard, il a nommé un Premier ministre qui, résidant à l’étranger, appelle Faure Gnassingbé, le président « régulièrement battu à la présidentielle du 22 février 2020 et ses alliés à négocier pacifiquement leur départ ». Une première dans l’histoire politique de la nation togolaise puisqu’en 2005, le candidat de l’UFC, Emmanuel Bob Akitani s’est juste arrêté à l’auto-proclamation de sa victoire. « Togolaises, Togolais, votre Président vous parle. Oui, votre Président, car nous n’avons pas perdu cette élection présidentielle du 24 avril 2005. Vous devez le savoir pour rester mobilisés… La lutte sera longue. Mais la lutte populaire est invincible ». De cet ultime appel lancé au peuple togolais  pour dire non à l’arbitraire et défendre courageusement sa victoire, le vieux Bob Akitani, qui a déjà fêté ses soixante-quatorze printemps est, en réalité, en train de finir avec la politique au Togo puisqu’il est rentré dans la clandestinité puis dans le silence, le silence éternel. Réfugié en France d’après les indiscrétions, il y passa le restant de ses jours. Qu’il repose en paix !

En ce qui concerne le candidat de la dynamique Kpodzro, même si Agbéyomé Kodjo a changé de stratégies politiques, même s’il est allé loin dans sa résistance, brisant avec le mythe de la répétition dans les actions de l’opposition qui, pour la nième fois, conteste la victoire des Gnassingbé, au vu de ce qui se fait aujourd’hui, et à l’analyse des stratégies ou méthodes nouvelles du président autoproclamé, tout semble tristement converger vers l’éternel retour du même. D’aucuns parlent des « agitations stériles » de M. Agbéyomé qui bientôt, prendront fin.

Fabre dans ses contestations électorales de 2010 et 2015, Agbéyomé Kodjo, le président du MPDD pourrait finir comme le président de l’ANC. « Bien souvent, les leaders de l’opposition mobilisent la population pour des objectifs dont ils n’ont pas la maîtrise des tenants et aboutissants…ils s’engagent dans des bras de fer avec le pouvoir en place sur des questions aux fondements pertinents, mais ne prévoient pas des plans alternatifs au cas où leurs objectifs ne seraient pas atteints », a déclaré Mgr Kpodzro en janvier 2019. Une vérité qui se vérifie à nouveau dans la situation politique actuelle au Togo.

Agbéyomé face l’usure de la lutte

De 1990 à nos jours, plus de 30 ans de lutte démocratique avec une opposition togolaise qui toujours est dans la réaction au lieu de l’action, la lassitude s’est donc emparée de la population qui progressivement, s’abandonne à la fatalité et à la Providence. C’est croire que tant que le peuple togolais restera dans la réaction, rien ne changera au Togo. Alors, pour conclure la lutte, ce peuple a besoin d’être dans l’action, c’est-à-dire  passer en premier à l’offensive. Faut-il le répéter, pour la seule fois qu’un parti politique, le PNP s’est soulevé, adoubé par le peuple, des « victoire d’étape » ont été engrangées dont la limitation du mandat présidentiel à deux, et la question des deux tours du scrutin, réglée.

De l’analyse de tout ce qui précède, il appert que le candidat de la dynamique Kpodzro a cultivé une nonchalance qui lui est très préjudiciable dans sa stratégie de contestation. M. Agbéyomé Kodjo devait être plus dans l’action pour s’attendre à des réactions du parti au pouvoir qui, dans sa riposte, comme il en a l’habitude des violences aveugles et barbares sur de pauvres populations sans défense, commettrait des erreurs au profit du candidat de la dynamique. Pendant ce temps, le Premier ministre nommé devait très actif, multiplier de grandes déclarations sur les médias nationaux et internationaux pour attirer l’attention de la communauté internationale sur le Togo. C’est croire en effet que se confiner chez lui, dans sa résidence privée depuis son annonce d’avoir gagné le scrutin présidentiel, et y faire des conférences de presse, des vidéos et des audio appelant le peuple à la résistance, tout cela se révèle insuffisamment ou contreproductif dans la lutte M. Agbéyomé pour la vérité des urnes, car Faure Gnassingbé, son principal challenger, commence à avoir une reconnaissance internationale de sa réélection.

En définitive, le temps joue contre Agbéyomé dans sa résistance. Il est en train de « taper poteau » comme le disent les ivoiriens puisque la politique n’est en réalité qu’un rapport de forces. Il lui revient donc d’en tirer les meilleures conclusions, prendre de bonnes résolutions afin de ne pas être pris au dépourvu par le régime Gnassingbé qui aussi joue la montre dans cette nouvelle crise. La politique est art, les minutes comptent. Tâchons de ne jamais l’oublier.

Sylvestre BENI

source : La Manchette

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