Présidentielle 2020: Les grandes leçons à tirer d’une parodie d’élection

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«Aucun dictateur n’organise des élections pour les perdre,» dit-on souvent pour paraphraser l’ancien président congolais Pascal Lissouba. Une grossièreté politique qui se vérifie dans la multitude d’élections organisée depuis août 1993 au Togo, année de la première mascarade de présidentielle sous Eyadema. Aujourd’hui sous Faure, les choses semblent aller de mal en pis, comme en témoignent les élections du 22 février 2020 avec un score presque à la soviétique, 72% offert au chef de l’Etat sortant, Faure Gnassingbé. Toutefois, en face d’une opposition en mal de repères, l’on peut croire que le vin est tiré, il faut donc se tourner vers l’avenir et surtout tirer leçon des erreurs du passé.

«La folie, c’est de faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent, » déclarait le physicien américain, Albert Einstein avant que son compatriote, le philosophe Georges San-tayana ne puisse ajouter

«Les peuples qui ne réfléchissent pas sur leur passé sont condamnés à le revivre ». Du côté de l’opposition togolaise, elle ne donne jamais l’impression d’avoir appris des erreurs du passé quand bien même Mgr. Kpodzro soulignait que c’est à cause de l’égoïsme insensé et rédhibitoire des leaders politiques de l’opposition divisés par la conquête du fauteuil présidentiel que chacun estime lui être prioritairement destiné, que l’alternance tarde à se produire. Aujourd’hui, les faits sont là, têtus. Ainsi, les opposants au régime Gnassingbé se doivent de remettre l’ouvrage sur le métier. Peine perdue!

«Si quelqu’un est décidé à gagner au premier tour et que vous alignez en face 3 ou 4 candidats, vous avez échoué avant le deuxième tour qui n’aura pas lieu. Si on est divisé déjà au premier tour, c’est l’échec assuré, » avait prévenu le candidat du MPDD, Agbéyomé Kodjo qui dans la foulée, proposait la mise en place d’une cellule stratégique républicaine de l’opposition qui doit construire sa feuille de route de la victoire et de la gouvernance plurielle du Togo en 2020. Ses réflexions lors de son investiture, invitaient justement l’opposition républicaine à s’inspirer du pragmatisme et du patriotisme dont elle a fait preuve lors de l’élection des maires. Sans jamais être entendu, ils sont allés à la présidentielle en rang dispersé. La sentence est cruelle. L’opposition est humiliée par un régime sans pitié qui s’est solidement donnée de bonnes bases pour continuer à régenter le Togo. Alors, les multiples agitations des uns et des autres ne vont rien changer. Il faut juste tirer les  leçons d’une débâcle collective.

Les limites de l’ANC…

En politique, il faut savoir écouter et toujours être à l’écoute des électeurs, c’est-à-dire ce que dit l’opinion nationale. Car, pendant des années et à chaque scrutin présidentiel, le peuple togolais en majorité a toujours voulu que les leaders de l’opposition se mettent ensemble contre le régime Gnassingbé pour réaliser leur vœu le plus cher : l’alternance.

Mais à chaque fois, l’ANC se lance dans un ramassis d’arguties impropre à convaincre pour maintenir une candidature multiple face à la dictature qui progressivement, prend racine dans le pays. «Divided, we fail», disent les anglophones. Aujourd’hui, l’échec est plus que cuisant. En 2010, l’Alliance nationale pour le changement, l’ANC de Jean Pierre Fabre est allé aux élections présidentielles sous la bannière du FRAC, Front Républicain pour l’Alternance et le Changement. Il est arrivé en deuxième position après le candidat du parti au pouvoir Faure Gnassingbé. En 2015, il y était sous la bannière du CAP 2015, Combat pour l’Alternance Politique en 2015. Il fut encore deuxième après le candidat du parti au pouvoir

Faure Gnassingbé. En 2020, seul sans aucun soutien, aucun ralliement, le Grand parti ANC, n’a même pas eu 5% de l’électorat. Qui l’eût cru?

C’est dire que même si l’on doit admettre qu’il y a eu des fraudes massives au cours de ce scrutin (d’ailleurs que c’est l’habitude du régime togolais depuis des années), le peuple togolais veut quand même montrer qu’il reste le grand décideur dans le jeu politique, un peuple souverain. C’est lui qui fait et défait selon ses convictions et sa volonté. Le peuple togolais n’est plus un bétail électoral pour n’importe quel parti. Il veut se faire respecter, se faire écouter, il souhaite aussi que ses désirs soient respectés et exécutés. Pour preuve, de la manière qu’il a tourné dos, rejeté Gilchrist Olympio de l’UFC au moment où ce dernier ne voulait faire qu’à sa tête en signant un accord bidon avec le défunt RPT, c’est de cette même manière que le peuple togolais a dit stop à Jean Pierre Fabre. Aujourd’hui, UNIR de Faure Gnassingbé peut tenter de se frotter les mains, mais son tour viendra. Car, la star togolaise Emmanuel Shéyi Adebayor était adulée dans ce pays jusqu’au jour où ses frasques répétées ont provoqué le courroux du public qui lui a jeté des projectiles au stade omnisport de Lomé. C’est dire que le peuple togolais attend juste son moment de dépits pour s’imposer définitivement en un peuple souverain. Jean Pierre Fabre l’a appris à ses dépens. Trop tard!

Risque d’un retour au parti-unique-parti-Etat

Surfant sur la paupérisation de la population à qui l’on peut offrir en périodes électorales quelques feuilles de tôles, des pagnes, des tricots et casquettes, des gadgets et quelques billets de banques pour la faire ranger, le régime du père au fils a réussi à rentrer dans les bonnes grâces d’une population togolaise asservie, opprimée et souvent terrassée par le même régime. Des localités comme Sokodé, Tchamba, Bafilo…en sont des exemples. Pour une nouvelle fois, nul ne peut nier qu’il n’y a pas eu de fraudes massives au cours de ce scrutin, mais nul ne peut aussi nier que des localités de ce pays qui sont sous état de siège, ont bel et bien voté UNIR. Une telle réalité peut être expliquée d’une manière très simple : L’esclave se plaît de son maître. Sinon comment comprendre que des gens qui ne jurent que sur la chute du régime togolais, se mettent encore à l’applaudir et à chanter la gloriole du Roi.

« Quand on refuse on dit non », disait Ahmadou Kourouma. Seulement, devant la faim et la misère, une pauvreté  indicible dans laquelle les fils et filles du Togo sont laissés à dessein pour les dompter, devant une telle situation, aura-t-on le courage de dire « NON » ? Grand dilemme, dira-t-on. Mais chacun pourra en son âme et conscience répondre à cette interrogation. Mais l’évidence, c’est que beaucoup ont cédé devant la situation. Des directeurs de société, des intellectuels, des étudiants et enseignants, de peur de se faire coincer d’une manière ou d’une autre par les seigneurs de la cité, ont préféré se ranger.

Il en sera ainsi si l’éveil de la conscience tarde à prendre corps chez certains individus. Mais un jour, l’évidence du désappointement risque d’être fatale.

Source : LA MANCHETTE

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