Présidentielle au Bénin : Patrice Talon, de la douleur à la gloire d’un homme atypique (PORTRAIT)

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Patrice Talon est sorti vainqueur du second tour de la présidentielle de dimanche au Bénin avec 65,39% des voix contre 34,61% pour le Premier ministre Lionel Zinsou, selon les « grandes tendances », publiées lundi par la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA).
Retour sur le parcours d’un homme atypique.

 

Marié et père de deux enfants, Patrice Talon est né à Abomey (Centre du Bénin) le 1er mai 1958. Il a grandi dans le quartier Déguè-Gare à Porto-Novo, où sa famille possède une maison. Son père est un cheminot originaire de Ouidah (Sud du Bénin) et sa mère est issue d’une grande lignée d’Abomey.

 

Un épisode quasiment inconnu de son histoire familiale a été révélé par son adversaire Lionel Zinsou, le 17 mars, lors du débat télévisé qui les opposait : Pierre Talon, l’un des ancêtres du futur président, est arrivé au Bénin à la toute fin du XVIIIe siècle en tant que garde du fort français de Ouidah, ancien port négrier.

 

Personnalité complexe, Patrice Talon est un homme difficile à cerner. Méthodique, fin stratège, affable, séducteur mais aussi terriblement méfiant. Soucieux de son image, qu’il aime contrôler étroitement, le +roi du coton+ (pour avoir fait fortune dans ce secteur) pèse ses mots avec une attention presque chirurgicale. Ses interventions dans les médias sont très rares.

 

Dans le même temps, celui qu’on pourrait décrire un peu rapidement comme pudique fait sans retenue étalage de sa réussite personnelle : c’est au volant d’une Porsche décapotable qu’il est allé voter lors des deux tours du scrutin présidentiel.

 

Un parcours impressionnant

 

Patrice Talon, avec le diplôme de baccalauréat série C (scientifique) obtenu à Dakar où il effectue une partie de sa scolarité, entame des études de mathématiques. Après deux ans à la faculté de Dakar, Patrice Talon réussit le concours de pilote de ligne d’Air Afrique. Il se rend en France pour poursuivre sa formation mais est recalé de l’École nationale d’aviation civile (Enac), située à Toulouse. C’est donc avec un simple Deug de mathématiques en poche qu’il se lance dans l’importation des intrants pour la culture du coton dans les années 1980.

 

En 1985, l’homme d’affaires crée la Société de distribution internationale (SDI) et décroche un premier marché auprès de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra), la première pierre de son empire cotonnier. Un peu moins de dix ans plus tard, il obtient un marché d’implantation de trois usines d’égrenage d’une capacité de 25 000 tonnes chacune.

 

Son influence sur l’économie béninoise va croître après l’élection de Thomas Boni Yayi en 2006. Deux ans plus tard, il remporte avec ses usines d’égrenage l’appel d’offres pour la privatisation de la division coton de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra).

 

En 2011, il récupère la gestion du Programme de vérification des importations (PVI) du port de Cotonou.

 

Premier investisseur privé béninois et premier employeur privé, le désormais président de la République du Bénin mène ses activités économiques au sein de la holding familiale Société de financement et de participation (SFF) qui est actionnaire majoritaire de la société SIGIB, propriétaire des hôtels Novotel et Ibis au Bénin.

 

Dans la sous-région, l’homme d’affaires fait tâche d’huile. Créée en 1985, sa SDI est présente au Burkina, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Talon fait partie du Conseil d’Administration de deux groupes ivoiriens : la Société d’engrais et de phytosanitaires de Côte d’Ivoire (SEAP CI) et AF-CHEM SOFACO, elle aussi spécialisée dans le phytosanitaire.

 

Entre Politique et business

 

Pour la réussite de ses affaires, Patrice Talon a toujours mêlé la politique et les affaires. Dès 1991, il soutient financièrement Nicéphore Soglo lors de l’élection présidentielle. En 1995, à l’occasion des législatives cette fois, il finance plusieurs partis politiques.

 

Une méthode qu’il répétera élection après élection. En 2005, un an avant le scrutin présidentiel, il rencontre Boni Yayi, alors à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Talon aura également pesé de tout son poids sur l’issue des législatives d’avril 2015 qui avaient vu Me Adrien Houngbédji s’installer au perchoir.

 

De la persécution au pouvoir politique

 

Tout serait parti, comme l’homme d’affaires l’assure, de son opposition au projet de révision de la constitution voulue par le chef de l’État, Thomas Boni Yayi.

 

Autrefois, l’ami inséparable et intime du chef de l’Etat, le président Boni Yayi désigne Patrice Talon comme son ennemi public numéro1. Visé par sept plaintes de crimes économiques, Patrice Talon fut gardé en vue puis écouté à plusieurs reprises. Peu après, le contrat PVI est suspendu unilatéralement tout comme celui de la Société générale de surveillance (SGS), avec laquelle il avait gagné l’appel d’offres.

 

Un mois plus tard, il quitte le Bénin en catimini pour la France via les Seychelles, l’Allemagne et Bruxelles. Ainsi, Patrice Talon a vécu en exil à Paris de mai 2012 à octobre 2015. Dans la capitale française, il possède un appartement cossu dans le 16e arrondissement et à ses habitudes à l’hôtel George-V, luxueux établissement cinq étoiles situé non loin de l’avenue des Champs-Élysées.

 

Pendant ses trois années d’exil, il a effectué plusieurs déplacements d’ordre professionnel en Afrique de l’Ouest, recevant, dans plusieurs villes, hommes politiques de tous bords mais aussi hommes d’affaires et de médias.

 

Les accusations à son encontre se succéderont : tentative d’empoisonnement du chef de l’État avec des pilules radioactives, acquisition de drones pour attaquer l’avion présidentiel et recrutement de commandos, vol dans les caisses des douanes de 12 milliards de F CFA (environ 18,3 millions d’euros), sans qu’aucune n’ait entraîné une condamnation de l’homme d’affaires. La justice lui donnera même raison dans le contentieux lié au contrat PVI.

 

Patrice Talon pourra sans doute profiter de l’immunité qui accompagne sa nouvelle fonction. Car l’homme d’affaires est sous le coup de plusieurs procédures judiciaires. Celle concernant la tentative supposée d’empoisonnement est clôturée au Bénin mais pas en France, où une procédure pour tentative d’assassinat et association de malfaiteurs a été ouverte en juin 2014 par la justice française.

 

Le procureur de la République a nommé deux juges d’instruction. Il s’agit de Sabine Kheris et de Gilles Pacaud, doyen des juges d’instruction. Le Bénin s’est porté partie civile à la mi-janvier 2015.

 

Par ailleurs, plusieurs autres procédures liées à sa gestion de la filière coton sont toujours ouvertes à Cotonou. Une autre action liée au contrat PVI a été intentée à Genève par la société suisse SGS, qui se présente comme le leader mondial de l’inspection, de la vérification, de l’analyse et de la certification.

 

Ses alliés pour son élection

 

Pour l’emporter le 20 mars dernier, Patrice Talon a bénéficié du soutien de la majorité des candidats à la présidentielle comme l’homme d’affaires Sébatien Ajavon (22,07 % au 1er tour), l’ancien président de la BOAD, Abdoulaye Bio-Tchané (8,29 %) et l’ex-premier ministre sous Boni Yayi, Pascal Irénée Koupaki (5,60 %).

 

On peut aussi citer plusieurs anciens proches du président Boni Yayi tels son beau-frère Marcel de Souza, son cousin et ancien ministre de la Défense Nationale Kogui N’douro, l’ancien chef de la diplomatie Nassirou Bako Arifari, l’ancien ministre des Transports Napondé Aké, et Chabi Sika, son ex-conseiller. C’est sans compter l’apport du président Boni Yayi lui-même qui, par son désir d’écraser l’homme d’affaires à tout prix, a en réalité fait sa promotion et lui a permis d’atteindre maintenant le sommet. FIN

 

Avec jeuneafrique.com

 

De Cotonou, Olphyz KOUNDE

 
source : savoir news
 

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