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Prison civile de Lomé : Le chemin de croix des familles de détenus

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Un proche derrière les barreaux, et la vie bascule. Regard des autres qui accusent, emploi du temps contrarié… Il faut tenir, malgré tout. Pour soi comme pour celui qui est en prison. Dans cette situation difficile où les proches des détenus ont toutes leurs pensées sur une décision de justice, tout peut basculer d’un moment à l’autre. Il n’y a aucune certitude dans cette jungle où tout le monde lutte pour sa survie. Quelques temps passés avec certains proches des détenus de la prison civile de Lomé, en dit long sur leur détresse.
 
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Lundi, 18 Avril 2016, il est 10 heures et quelques minutes. Devant l’immense porte rouillée de la prison civile de Lomé, sont assis côte à côte, deux (02) militaires, deux (02) kalachnikovs sur la cuisse. Ils disputent tranquillement mais restent vigilants et interpellent toutes les personnes voulant entrer dans l’enceinte. La grande porte donne accès à une grande cours qui ressemble à une vaste antichambre. Là sous un arbre, sont assis, quelques individus, seuls ou accompagnés d’enfants, ils attendent. Parmi eux, tenant à bout de bras des sacs en plastique bourrés de linges et de nourritures, Adjowa, la trentaine, un visage pâle, le regard lointain. On peut facilement deviner qu’elle est très angoissée. Elle est venue rendre visite comme chaque semaine à son frère incarcéré. Adjowa vient d’Agodéké, une localité situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Lomé. Je veux prendre un peu d’air avant d’entrer », dit-elle calmement.
 
Des embuches à l’entrée principale
 
Pour les familles venues parfois de loin ­ rendre visite à l’un des leurs, chaque seconde compte. Après quelques minutes passées sous l’arbre, Adjowa décide de franchir les différents passages pour rentrer dans la prison. Elle passe premièrement devant une table derrière laquelle se trouve un homme d’une quarantaine d’années. Là, elle achète un ticket obligatoire à 200 FCFA. Quelques mètres devant, juste à l’entrée principale de la première cours de la prison se trouve, sous un hangar, trois policiers. A ce niveau, elle a été dépouillée de son téléphone portable. À côté, elle passe dans une petite baraque, une gendarme lui fait une fouille minutieuse. Elle sort, la grande porte s’ouvre, elle peut enfin voir son frère.
 
Retour sous le grand arbre. A cause de la forte chaleur de cette mi-journée certains proches attendent avant de commencer les formalités de la visite. « Avoir un enfant détenu, c’est épouvantable. On est puni autant que lui », déclare avec amertume une mère dont le fils purge une très longue peine.
 
« Je me retrouve seule, obligée de tout assumer pour deux », murmure Sarah, mère d’une petite fille de 4 ans. Son mari est incarcéré depuis sept mois et elle se débrouille pour le voir. L’affaire est toujours en délibérée devant le juge. « Avant, on faisait toutes les courses ensemble. On emmenait la petite à l’école. Maintenant, je passe ma vie en passant à la prison. A la maison, j’essaie de ne pas y penser. Je me dis que c’est comme s’il était parti en voyage», se plaint-elle.
 
En plus de cet investissement en temps, les familles payent un lourd tribut pour aider leurs proches à améliorer l’ordinaire. Elles leurs apportent de l’argent, indispensable pour qu’ils puissent s’acheter certains privilèges et des articles de première nécessité
 
Chagrin, honte…
 
Dès que la nouvelle tombe que l’un de vos proches est en prison des sentiments diverses traversent l’esprit notamment le chagrin et la honte. Pour Adjowa, qui vient de sortir du cachot, après une quinzaine de minutes, les discussions sont devenues insupportables dans le quartier : «Tout le monde veut s’avoir pourquoi il est arrêté» ?
Dès lors, le sentiment de honte ne tarde pas à devenir accablant. « Je ne supporte pas que les gens sachent parce qu’en plus du chagrin, j’éprouve de la honte». Une honte dont elle dit, presqu’en larmes, souffrir parce qu’elle se croit aussi emprisonnée. « Personnellement, je ne ressens pas de la honte, parce que cette situation est une réalité explicable. Toute famille qui, un jour, s’est trouvée confrontée à la souffrance d’un de ses membres devrait être capable de comprendre», déclare Sarah, étonnée par la réaction très émotionnelle d’Adjowa.
 
Surpopulation carcérale, une situation qui préoccupe…
 
L’autre souci qui trottine dans les têtes des proches des détenus est la situation qui prévaut actuellement à la prison civile de Lomé. A force, d’incarcérer les gens sans jugement, la prison civile de Lomé est confrontée, aujourd’hui, à un problème de surpopulation. Au départ, construite pour environ 650 personnes, la prison civile de Lomé accueille à ce jour, plus de 2000 détenus
 
Avec la forte chaleur qui règne actuellement à Lomé, les familles sont inquiètes pour la vie de leurs proches. « J’ai dû amener des habits plus souples à mon frère. Si tu vois comment ils sont nombreux là dedans, tu auras peut-être du mal à oublier. C’est une situation qui me fait peur », confie Adjowa.
 
Outre ce problème de surpopulation, la prison civile de Lomé manque de tout. Selon Gmakagni Nikakou, le régisseur de la prison, « l’Etat ne fournit que la nourriture. C’est grâce aux 200 FCFA qu’on perçoit chez les proches des détenus, que l’on achète le carburant pour les déplacements des prisonniers, qu’on arrive à remplacer les ampoules etc. C’est même insuffisant».
 
Il nous souvient qu’en 2014 et 2015, la presse a largement fait échos des morts presque chaque semaine à la prison civile de Lomé. Pour éviter de tels drames, le gouvernement devrait prendre des mesures idoines pour soulager le quotidien de ces personnes en conflit avec la loi car elles demeurent toujours des citoyens.
 
Le documentaire : « L’enfer c’est la prison civile de Lomé »

 
Source : [22/04/2016] Le Canard Indépendant; vidéo : Liberté
 




 

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