Processus électoral en cours et affaire des incendies : lettre ouverte pour demander la position de l’UE vis-à-vis du gouvernement togolais

Nicolas-Westcott
Un groupe de pression français et africain demande à l’UE de clarifier sa position vis-à-vis du gouvernement togolais
Après une première correspondance adressée au Service Action Extérieure de l’Union Européenne aux fins de connaître la position de Bruxelles vis-à-vis de la tragi-comédie qui se joue au Togo et dont la réponse date du 11 février 2013, le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique revient à la charge et interpelle à nouveau l’UE sur l’imperium de transparence des législatives dont le processus est en cours au Togo ; et, sur l’épineux dossier d’incendies des marchés de Lomé et Kara dans lequel on enregistre des interpellations, arrestations et inculpations des opposants réunis au sein du Collectif « Sauvons le Togo ». Et ceci, à travers une lettre de demande de précisions adressée à Nicolas Westcott, directeur général pour l’Afrique, Service Européen Action Extérieure de l’UE.

Soutien oui ou non de l’UE au processus électoral ?

Dans son courrier-réponse daté du 18 février 2013, le Service Extérieur posait déjà le principe selon lequel « Tout appui financier direct de l’UE au processus électoral au Togo, dépendra de l’existence d’un accord élargi et de la mise en œuvre des réformes électorales dans l’esprit des recommandations des missions d’observations électorales de 2007 et 2010 en particulier en ce qui concerne le réaménagement du découpage électoral. ». Or, le constat établi par le Collectif est que « visiblement, le gouvernement togolais ne s’est pour l’instant pas engagé à refaire un découpage électoral, conforme aux données démographiques, selon les recommandations des missions d’observation électorales de 2007, pour les législatives de 2013 ».
Un constat amer qui semble traduire la mauvaise volonté de Faure Gnassingbé, sinon son refus de s’accorder avec les autres acteurs politiques nationaux, sur les réformes à opérer. Car en effet, il y a longtemps que le pouvoir rétif aux réformes, les renvoie aux calendes grecques, sinon à l’horizon 2015 ou encore 2018. Pourtant, le Collectif se montre bien tatillon sur le sujet. « De quelle manière compte agir l’UE pour que le redécoupage électoral soit effectif lors des législatives de 2013 et non des suivantes en 2018 » ? Cette question est mue, argumente-t-il, par son souci d’obtenir des précisions, car dit-il, « nous accordons une importance capitale au processus électoral des prochaines législatives au Togo dans le souci de prévenir tout acte délictueux qui contribuerait à entacher la manifestation de la vérité issue des urnes dont sont malheureusement coutumières les élections au Togo » et, à y regarder de plus près, a le mérite de remettre au goût du jour la problématique des réformes constitutionnelles et institutionnelles.

Cible et intérêt des appuis financiers de l’UE non conditionnés aux réformes ?

L’Union européenne a posé comme préalable à son appui financier au processus électoral en cours au Togo, la prise en compte des recommandations prescrites par ses missions d’observations électorales de 2007 et 2010. Du moins, parlant de son appui direct. Mais alors, s’interroge le Collectif, quels sont la cible et l’intérêt des appuis indirects de l’UE, non conditionnés à l’application desdites recommandations ?
De quoi retournent ces appuis indirects ? L’appui de l’UE étant limité à l’observation ‘domestique’ via la société civile, l’institut Gorée a signé un contrat de financement avec la Délégation de l’UE basée au Togo en décembre 2012. Sur quelle base l’Institut Gorée, société civile qui a signé un tel contrat a-t-il associé un consortium de 35 organisations de la société civile togolaise regroupées au sein de SYCED et la Fondation Hanns Seidel à son projet de mission d’observation électorale ? Quelles sont les garanties de l’efficacité des actions de ces organisations dans un processus électoral conduit unilatéralement jusqu’à présent par le pouvoir en place ? Le Collectif tient à faire la lumière sur tous ces points et à obtenir des précisions.
Percer le mystère autour des incendies des marchés de Lomé et Kara !
L’affaire des incendies des marchés qui polarise l’actualité depuis le début de cette année au Togo ne laisse pas indifférent le Collectif, et pour cause. Elle sert de prétexte au régime en place dans son dessein maintes fois exprimé de décapiter le Collectif « Sauvons le Togo ». La preuve, depuis le début de cette affaire dont la gestion peine à convaincre, les personnes interpellées, inculpées, placées sous mandat de dépôt ou non sont essentiellement du front de l’opposition qui empêche le pouvoir de tourner en rond. Aussi incongru que cela puisse paraître, le pouvoir se fonde sur des déclarations à peine cohérentes de certains individus au demeurant sans scrupule, pour lancer la traque des opposants. L’opposition incarnée par le CST, qui a fait de la restitution aux commerçantes de leurs fonds saisis par les hommes du Col. Massina à l’Aéroport international de Lomé, son cheval de bataille, a-t-elle pu faire de la destruction des moyens de subsistance appartenant à ces dernières, un moyen de lutte politique, comme le soutient le pouvoir ? Sur ce plan, Faure Gnassingbé et ses missi dominici ont réussi à faire l’unanimité contre eux. Ils sont les seuls à pouvoir soutenir cette idée. Amnesty International a parlé d’arrestations arbitraires, de répressions politiques déguisées et autres. Le Collectif de Solidarité aux Luttes Sociales et Politiques en Afrique vient aussi s’ajouter à la liste déjà longue des sceptiques vis-à-vis de cette enquête nominale.
Aussi demande-t-il à l’UE de clarifier sa position sur cette situation. « Les 10 et 12 janvier 2013, des incendies d’origine probablement criminelle ont ravagé deux principaux marchés des villes de Kara au Nord du Togo et de Lomé la capitale. Ces incendies ont donné lieu à des arrestations arbitraires des responsables de l’opposition regroupés au sein du collectif « Sauvons le Togo ». Ces arrestations politiques déguisées en arrestations judiciaires compromettent les possibilités d’organisation apaisée des prochaines législatives. Entre autres, le Parti Socialiste au pouvoir en France, dans un communiqué daté du 13 février 2013 intitulé « démocratie bafouée », a demandé la libération immédiate des personnes injustement incarcérées dans cette affaire. Cette situation inquiète sérieusement le collectif qui souhaite connaître la position de l’UE sur ces arrestations ».
Le collectif, faut-il le souligner, est « constitué autour de la société civile et des partis politiques ne travaille pas pour ses intérêts, et agit dans la transparence nécessaire à l’information des citoyens togolais, africains, ou européens, sensibles à la démocratisation du Togo. Aussi, avons-nous pris la liberté de publier sur notre site internet votre réponse du 11 février 2012, et souhaiterions, si vous le permettez, continuer de cette même manière ». Dans un précédent courrier adressé au même destinataire et dont l’objet était : « Demande d’action urgente de l’Union européenne au Togo en vue d’une organisation des élections législatives transparentes, consensuelles et crédibles », il tirait déjà la sonnette d’alarme sur la situation délétère qui prévaut au Togo à l’approche des législatives et insistait sur l’urgence d’une action urgente de l’UE en vue d’une organisation des élections législatives transparentes consensuelles et crédibles. Dans sa réponse, l’UE était formelle : pas de réformes, pas de financement du processus électoral. Mais, visiblement, il en faut bien plus pour faire entendre raison au pouvoir togolais qui brille par son attitude autiste et est en train de foncer droit au mur.
Magnanus FREEMAN
liberte-togo

Ci-dessous la lettre du collectif

A l’attention de Monsieur Nicolas Westcott, directeur général pour l’Afrique, Service Européen Action Extérieure de Union européenne
Copie :
- M. Andris Piebalgs, commissaire au Développement de l’Union européenne
- Mme Ashton Catherine, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Monsieur Westcott,
Bonjour,
Le Collectif de solidarité aux luttes sociales et politiques en Afrique a bien reçu votre lettre en date du 11 février 2013, en réponse à la lettre ouverte qu’il vous a adressée le 18 janvier 2013 sur l’organisation des élections législatives au Togo (http://www.electionsafrique.org/Togo-elections-legislatives-Lettre.html), et vous remercie pour les informations que vous lui avez apportées. Suite à ce premier échange, les participants et signataires souhaiteraient obtenir des précisions, car nous accordons une importance capitale au processus électoral des prochaines législatives au Togo dans le souci de prévenir tout acte délictueux qui contribuerait à entacher la manifestation de la vérité issue des urnes dont sont malheureusement coutumières les élections au Togo.
Le collectif note avec satisfaction dans votre courrier que « Tout appui financier direct de l’UE au processus électoral au Togo, dépendra de l’existence d’un accord élargi et de la mise en œuvre des réformes électorales dans l’esprit des recommandations des missions d’observations électorales de 2007 et 2010 en particulier en ce qui concerne le réaménagement du découpage électoral. » Par ailleurs, nous savons que l’UE ne finance pas directement les législatives de 2013, se contenant au financement d’une observation ‘domestique’.
Visiblement, le gouvernement togolais ne s’est pour l’instant pas engagé à refaire un découpage électoral, conforme aux données démographiques, selon les recommandations des missions d’observation électorales de 2007, pour les législatives de 2013. De quelle manière compte agir l’UE pour que le redécoupage électoral soit effectif lors des législatives de 2013 et non des suivantes en 2018 ?
Par ailleurs, le collectif s’interroge sur la cible et l’intérêt des appuis indirects de l’UE qui ne seraient pas conditionnés à l’application des recommandations de l’UE et souhaiterait avoir des précisions sur ces appuis indirects. L’appui de l’UE étant limité à l’observation ‘domestique’ via la société civile, l’institut Gorée a signé un contrat de financement avec la Délégation de l’UE basée au Togo en décembre 2012. Dans la mise en œuvre du contrat, l’institut Gorée aurait associé un consortium de 35 organisations de la société civile togolaise regroupées au sein de SYCED et la Fondation Hanns Seidel. Quels ont été les critères de choix des organisations de la société civile togolaise ? Quelles sont les garanties de l’efficacité des actions de ces organisations dans un processus électoral conduit unilatéralement jusqu’à présent par le pouvoir en place ?
Les 10 et 12 janvier 2013, des incendies d’origine probablement criminelle ont ravagé deux principaux marchés des villes de Kara au Nord du Togo et de Lomé la capitale. Ces incendies ont donné lieu à des arrestations arbitraires des responsables de l’opposition regroupés au sein du collectif « Sauvons le Togo. » Ces arrestations politiques déguisées en arrestations judiciaires compromettent les possibilités d’organisation apaisée des prochaines législatives. Entre autres, le Parti Socialiste au pouvoir en France, dans un communiqué daté du 13 février 2013 intitulé « démocratie bafouée », a demandé la libération immédiate des personnes injustement incarcérées dans cette affaire. Cette situation inquiète sérieusement le collectif qui souhaite connaître la position de l’UE sur ces arrestations.
Le collectif constitué autour de la société civile et des partis politiques ne travaille pas pour ses intérêts, et agit dans la transparence nécessaire à l’information des citoyens togolais, africains, ou européens, sensibles à la démocratisation du Togo. Aussi, nous avons pris la liberté de publier sur notre site internet votre réponse du 11 février 2012, et souhaiterions, si vous le permettez, continuer de cette même manière.
Dans l’attente de réponses, les membres du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politique en Afrique vous prient d’agréer l’expression de leur considération.
Le Collectif de Solidarité aux Luttes Sociales et Politiques en Afrique.
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