Que coûte-t-il à un Pouvoir qui va jusqu’à sortir la marine contre une poignée de journalistes, d’incendier des marchés ?

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Pour l’histoire, l’ONU doit prendre en main l’épineux dossier togolais

Le génocide rwandais n’a pas encore instruit les autorités togolaises dont certains se sont souvent amusés à cause de leurs ventres, à se référer à ‘’la radio et télévision libre de Mille collines’’ en signe de mise en garde pour des faits qui n’ont pratiquement rien à voir avec cette radio du Rwanda. Ceci, non pas parce qu’elles sont des patriotes avertis, mais par pure menace à l’égard des médias qui n’y vont pas du dos de la cuillère, lorsqu’il s’agit de dénoncer la culture du tribalisme institutionnalisé par le Pouvoir du père au fils à des fins d’exploitation et d’auto-maintien, parce qu’elles se sont toujours placées dans la dynamique d’une réédition du drame rwandais. De vrais êtres humains devraient se dire : « Plus jamais pareil drame sur notre continent ! ».

Dans la réalité, le drame rwandais est brandi comme élément de terreur pour amener la presse privée critique et éveilleuse de conscience au Togo, à garder le silence sur le tribalisme et laisser le peuple subir. Cela ne peut pas se passer ainsi. Le Togo doit être reconstruit et les morceaux recollés, le tissu social réhabilité. On a comme l’impression que les régimes qui avaient apporté leur soutien à Alassane Dramane Ouattara (ADO) dans la crise politique qui l’a opposé à Laurent Gbagbo en vue de déstabiliser ce dernier, sont en droit d’attendre une dette de reconnaissance de la part de l’actuel président ivoirien.

Le silence de la CEDEAO entraîne-t-il celui de l’ONU ?



Il faut dire que c’est Alassane Ouattara qui est depuis son arrivée à la tête de la Côte d’Ivoire, le président en exercice de la CEDEAO. Il se trouve être par ailleurs redevable à Faure Gnassingbé dans la livraison du « colis Lida Kouassi ». Aussi curieux que cela paraisse, ADO est devenu un « éternel président en exercice », ce qui ne s’était jamais vu depuis 1975 que cette institution est créée. Question de deal secret ? Ainsi, il aurait choisi d’accompagner dans ses dérives autocratiques celui qui lui a livré Lida Kouassi, fermant les yeux sur toute la pagaille organisée au Togo depuis un bon moment. ADO fait semblant de ne pas savoir qu’il existe dans la sous-région un pays du nom de TOGO où les textes en vigueur au sein de la CEDEAO interdisant une modification non consensuelle de la loi électorale dans les six mois précédant les élections, sont violées. Même la composition de la Commission électorale pose un très sérieux problème. L’opposition a beau crier, l’organisation est demeurée sourde. Cela a bien l’air d’un complot.

Pour mémoire, Faure Gnassingbé a été reconduit une fois déjà à la présidence de l’UEMOA. Peut-être, le sera-t-il une seconde fois prochainement comme ADO dans le cadre d’un deal secret qui ne dit pas son nom ? On attend de voir. Tout cela sent du pourri et l’on se demande quelle est aujourd’hui la vraie raison d’être de cette Communauté, économique au départ et qui a fini, au fil des ans, par s’intégrer une dimension politique pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits, mais ne prévient et ne règle les conflits que là où ça l’arrange.

N’est-on pas en droit de se demander comment la CEDEAO avait-elle pu se prononcer contre des dérives similaires au Niger et qu’au Togo où il se passe depuis des années des choses inimaginables et autrement plus graves sous Tandja, et que pour toute réaction, c’est la loi du silence qui prévaut ? Si la CEDEAO ne dit rien, ce n’est pas la moribonde Union africaine (UA) qui va rompre l’omerta, d’autant plus que tout devrait se jouer d’abord au niveau du regroupement sous-régional. On ne peut pas s’amuser délibérément avec la vie de toute une nation, et c’est pour cela que nous lançons l’alerte en direction de Ban-Ki Moon et de sa structure qui avait cru en la sincérité du pouvoir togolais de vouloir redresser le Togo et rebâtir l’économie en lui libérant en 2008 le haut fonctionnaire de l’ONU, Gilbert Houngbo nommé Premier ministre qui sera obligé de démissionner de son poste face à la mauvaise foi du régime dans lequel des sécurocrates qui n’ont rien à voir avec la politique font la loi.

Pour mémoire, le Général et sénateur canadien Roméo Dallaire, commandant de la Force de maintien de la paix au Rwanda pendant le génocide de 1994, avait tenté vainement d’attirer l’attention de l’ONU sur les crimes que les Hutu commettaient contre les Tutsi et les Hutu modérés dans ce pays et sur la nécessité d’avoir un équipement conséquent permettant à la MINUAR de s’interposer entre les deux camps. Il le faisait en connaissance de cause et eu égard à ce qu’il voyait sur le terrain. Ces appels étaient demeurés lettre morte. La MINUAR n’était autorisée à agir qu’en cas de légitime défense. Le résultat, tout le monde le connaît : En un peu plus de trois mois, 800 mille Rwandais (Tsuti et Hutus modérés) ont été assassinés gratuitement.

Faure Gnassingbé dans une logique de destruction



Nous arrivons à présent aux événements de ces derniers jours concernant les journalistes togolais et l’affaire d’incendie des marchés de Kara et de Lomé. Mais nous tenons tout de suite à dire, que si nous faisons le lien entre le génocide rwandais et les événements qui se produisent au Togo depuis l’avènement de Faure Gnassingbé, c’est de bonne guerre. Tout se passe dans le camp des hommes au pouvoir comme s’ils mettaient en avant « la politique de moi ou le chaos » et nous ne croyons pas nous tromper, si l’on se réfère aux propos qui filtrent des milieux proches de tous ceux qui profitent de la vache à lait qu’est devenu Faure Gnassingbé, contrairement à l’époque Eyadèma. Les rencontres secrètes ne manquent pas et les signaux sont inquiétants, vu le refus d’un vrai dialogue, ajouté la détermination de Faure à se maintenir au pouvoir par la répression tous azimuts. Il faut dire que le quart de ce qui se passe au Togo ne s’est pas produit ailleurs avant que des pays ne s’embrasent. Il est étonnant que l’ONU ne prenne pas la mesure de la gravité de la situation que les autorités ont créée depuis la mort d’Eyadèma et ce, jusqu’ici.

Le 19 février dernier, le gouvernement a fait voter par l’Assemblée nationale une loi scélérate et liberticide contre la presse. L’objectif est de restreindre le grand espace de liberté dont jouissait la presse avant même l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé. Cela veut dire qu’il était en voie d’instaurer une dictature implacable sans concession. A toutes les occasions qui s’étaient présentées dans ce pays à Faure Gnassingbé de faire montre d’esprit d’apaisement et de se comporter en digne chef d’Etat bâtisseur, de dialoguer réellement pour sortir les Togolais des problèmes qui les accablent, il s’est arc-bouté à sa faiblesse congénitale : refus de reconnaître son tort en fonçant droit dans le mur. Pourtant, le voilà confronté à d’innombrables mouvements de mécontentement. Et c’est dans cette logique que semble s’inscrire celui que la France, à travers Jacques Chirac, ami personnel de son père, avait aidé au décès de son père en 2005, à porter au pouvoir par les services d’un mercenaire en col blanc, Charles Debbasch.

Depuis son arrivée au pouvoir et après avoir prêté serment de respecter la constitution et d’agir en tant que le garant de celle-ci, que de fois Faure n’a agi contre cette dernière et ne l’a violée ? Et justement la dernière loi qu’il a fait voter par l’Assemblée et qui devait amener l’organe de régulation des médias (HAAC) à se substituer à la justice, viole la constitution togolaise en son article 26, al.3. Tous les grands juristes de notre pays, y compris les professeurs de droit sont unanimes là-dessus, alors que les interprétations fantaisistes des plus farfelues et des plus erronées ont fusé au lendemain du 19 février du camp des zélateurs et des apprentis juristes de tout acabit et peinent à convaincre. En définitive au Togo, on s’efforce de s’amuser avec les textes et la loi fondamentale.

Un jeudi qui met le régime encore à nu



Le mercredi 13 mars, la Cour constitutionnelle était attendue pour se prononcer sur la constitutionnalité ou non de ladite loi. Mais voilà que d’après les informations, des dissensions sont apparues au niveau de cette institution fourre-tout où siègent des têtes couronnées qui ne connaissent rien du droit, eux qui font de la figuration à la Cour constitutionnelle et dont la seule mission consiste à aller aveuglement dans le sens du Pouvoir, histoire de lui plaire. Visiblement, l’inconstitutionnalité ne fait l’ombre d’aucun doute. Le Pouvoir en serait-il conscient et alors, obligé sous la pression des journalistes, de faire marche arrière, n’aurait-il trouvé autre moyen que de se livrer au minable spectacle de jeudi sur la mer ? La réponse est reportée au mercredi en huit. De toutes les façons, les Togolais sont toute ouïe et attendent ce mercredi ce que dira le président de la Cour qui n’a jamais convaincu personne depuis qu’il est là. Si déjà au sein de la Cour constitutionnelle il y a problème, les journalistes peuvent se frotter les mains et maintenir la pression.

C’est dans ce contexte que jeudi dernier, un sit-in PACIFIQUE organisé à la plage en face de la présidence de la République par des journalistes aux mains nues a vu, tenez-vous bien, la sortie par le Pouvoir des deux vedettes dont dispose la marine togolaise (s’il y en avait plus, elles seraient toutes sorties) pour réprimer la poignée de journalistes inoffensifs à coup de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Il s’est agi d’une véritable opération sol-mer menée pour la première fois au Togo par les forces de sécurité et de défense contre des citoyens togolais. Cette sortie conjointe a fait des blessés dans les rangs des hommes à la plume, aux micro et caméra. N’est-ce pas vrai que si l’opportunité s’offrait à un pouvoir inconséquent et peu responsable comme le nôtre, il jubilerait, n’ayant jamais été au front ?

Ceci nous amène à poser la question de savoir, si un régime qui n’a pas de scrupule et se permet de faire sortir des vedettes sur ses côtes pour un oui ou un non et prendre en étau avec les forces de sécurité postées en terre ferme, quelques dizaines de journalistes dans leurs droits au moyen de tirs de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc, les blessant gravement, n’est pas en mesure d’envoyer des hommes en uniforme et spécialistes, incendier les grands marchés de Kara et de Lomé ? La réponse ne peut qu’être oui. Et en guise de rappel, nous avions déjà eu, à signaler dans nos colonnes qu’à la veille du démarrage des « Derniers tours de Jéricho », nous avions reçu l’information de plusieurs sources dignes de foi, selon laquelle toutes les casernes du pays avaient été mises en état d’alerte. Allez-y savoir pour quoi faire. Une telle disposition prouve à suffisance que le régime est prêt à tout pour un GENOCIDE. Sans doute, ce qui s’était passé en 2005, pour Faure Gnassingbé, était bien en deçà de ses attentes.

Ceci vient conforter la thèse selon laquelle, pour lui « c’est moi ou le chaos », juste parce qu’il a réussi à se laisser embrigader par des officiers qui lui imposeraient leurs volontés et visions de la conduite du pays et auxquelles il adhère sans autre forme de procès. Pourtant, Ali Ben Bongo et le Roi Mohamed V qui ont hérité aussi du pouvoir à la mort de leurs géniteurs sont perçus l’un et l’autre à peu près positivement par les Africains. Il est triste, et très triste, que le successeur d’Eyadèma, « le jeune et diplômé », depuis 8 ans, n’ait pas été en mesure d’amener les Togolais à oublier la dictature et la mauvaise gouvernance antérieures.

La semaine dernière le procureur de la République, intervenant sur RFI par rapport à l’interpellation de Fabre et Kaboua dans le cadre des enquêtes sur l’incendie des marchés, a parlé de « preuves graves ». Avec sourire, bien de concitoyens se sont demandé si, aller au siège de l’ANC et emporter une lettre circulaire appelant les militants à aller s’acquitter de leurs devoirs civiques, c’est ça « preuves graves » ? Cette sortie du procureur Poyodi sur un média comme RFI n’aurait pour objectif que de faire croire à l’opinion internationale que le Pouvoir a de sérieuses raisons d’arrêter les leaders et militants du CST, alors que le procureur et le Pouvoir savent que ces messieurs et cette dame arrêtés sont innocents. Ne serait-ce pas, pour ensuite, et le moment venu, faire croire qu’au nom de l’apaisement, le relâchement a été demandé par le chef de l’Etat ?

Au vu des éléments dont nous disposons en tant que journalistes avec nos propres investigations et au vu des différents montages et tentatives de corruption dont s’est rendu coupable le Pouvoir lui-même, nous disons qu’aucun opposant n’a brûlé de marché ni à Kara ni à Lomé, ni ailleurs. La logique du moi ou le chaos est passée par là. Au demeurant, que le Pouvoir et ses hommes de loi sachent qu’en droit la fraude corrompt tout. Pourquoi le Pouvoir a-t-il tant cherché à frauder ? Décidément, tout joue contre ce régime qui est dans la logique de tout détruire sur son passage si ce n’est lui qui doit poursuivre la gestion scabreuse et chaotique du pays fait de pillages systématiques. Le jeudi 14 mars 2013 a encore mis à nu le pouvoir de Faure Gnassingbé.

Magnanus FREEMAN & Alain SIMOUBA

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