Répressions et traque des manifestants : La colère des USA monte d’un cran !

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Deux mois après son déclenchement, la crise politique semble être loin d’un dénouement imminent. Au contraire, elle s’enlise, au fil des jours, à travers la poursuite des représailles contre les manifestants de l’opposition par le pouvoir de Lomé. Aujourd’hui, Sokodé, fief de l’opposant Tikpi Atchadam, à l’origine des contestations, est presque une ville en état de siège. Des manœuvres peu recommandables qui sont aux antipodes de l’acceptable.
 
Les USA… une diplomatie douce et en sourdine
 
Les initiatives pour aider le Togo à grandir sur le plan démocratique sont nombreuses. On se souvient que les États-Unis ont vite pris position en faveur de l’application en profondeur de l’Accord Politique Global (Apg) signé en août 2006 entre les acteurs de la vie politique togolaise. Pour ce faire, Washington, par l’entremise de sa représentation diplomatiques au Togo, a toujours recommandé aux acteurs, le dialogue qu’elle estime être la voie salutaire. Des sources concordantes révèlent d’ailleurs que l’introduction, par le gouvernement en 2014, du projet de loi portant modification constitutionnelle, qui limitait le mandat présidentiel dans l’esprit de la constitution de 1992 serait le fruit d’une diplomatie en sourdine de l’ambassade des USA au Togo, en concert avec d’autres puissances et institutions partenaires politiques traditionnelles du Togo.
 
Malheureusement, les députés du pouvoir s’adossant sur « des menaces » qu’auraient brandies leurs collègues de l’Anc ont rejeté la réforme de la loi fondamentale. Mais loin d’abdiquer, la diplomatie américaine a toujours affiché sa volonté manifeste, de jouer un rôle prépondérant aux côtés du Togo sur la question des reformes. En témoignent justement les deux récents communiqués du Groupe des Cinq (Ndlr: Coordination du Système des Nations Unies au Togo, la France, l’Allemagne les États-Unis et…) qui ont été rendus publics via le site internet de l’ambassade des USA au Togo. Qui plus est, en début octobre dernier, soit quelques jours avant les manifestations de la colère de l’opposition avec le l’ambassadeur David Gilmour est allé souligner au Président de l’Assemblée nationale, l’impérieuse nécessité qu’on garantisse la liberté de manifestation dans le pays, et surtout rompre avec les répressions sanglantes des manifestants. «Et la résultante a été la gestion très professionnelle qui a été faite de la « colère» exprimée par les manifestants, le 05 Octobre dernier, à travers des poses de barricades sur tous les artères de la ville », avions-nous commenté dans notre parution 144 du 11 Octobre dernier. Mais juste après, les Django se sont remis en selle.
 
Des actes à la limite d’une moquerie
 
Rien qu’à s’en tenir au déroulé de l’actualité depuis une semaine, l’on peut déduire que le pouvoir de Lomé a moins de considérations aux recommandations du diplomate américain. Mieux, il s’en moque éperdument. Et pour cause. Depuis les dernières marches des 18 et 19 octobre, les violences et répressions des manifestants ont monté d’un cran dans le pays. A Sokodé, les populations sont martyrisées et traquées jusque dans leurs derniers retranchements. Des descentes dans des maisons suivies de répressions aveugles et sanglantes ont fait plusieurs victimes. Des morts se comptent au fil des jours. Craignant des représailles, une partie de la ville, dont des enfants, a trouvé refuge dans la forêt et vit de la cueillette. Inimaginable en ce vingt et unième siècle. D’autres ont, par contre, franchi les frontières pour trouver refuge au Ghana. Et pendant que Sokode est en état de siège et se vide de ses enfants, Lomé la capitale est, elle, sous la hantise permanente des miliciens qui ont agi la semaine dernière en «territoire conquis». Bien structurés, véhiculés et protégés par les forces de l’ordre, ces «groupes d’autodéfense», selon e ministre de la Sécurité, Col Yark, ont volontairement et royalement violé les domiciles, traqué et violenté les populations de plusieurs quartiers de la capitale sans aucune condamnation du gouvernement. Curieux et pathétique !
 
Faure… choisir entre la force et le dialogue
 
Aujourd’hui, face au silence de l’autorité qui s’apparente au mépris et à la complicité, des rumeurs annoncent la formation d’autres groupes d’autodéfense au sein des populations pour d’éventuelles répliques. Pendant ce temps, la mise à sac d’une mosquée à Kara fait craindre les prémices d’un conflit interreligieux et communautariste qui se profile à l’horizon. Ces velléités conflictuelles ethnico-religieuses sont extrêmement dangereuses pour la cohésion pacifique et surtout, la paix sociale au Togo. Elles devront par conséquent inquiéter le pouvoir dans sa mission de protecteur de la nation, en ce sens qu’en cautionnant ces milices, il créé ainsi volontairement le lit aux exemples qu’ont connu le Rwanda, le Burundi, le Liberia, la Sierra Leone, etc.
 
Faure Gnassingbé en se taisant cautionne ainsi « la loi de la force en lieu et place de la force de la loi ». Une pratique que lui-même dénonçait en 2009 quand il mettait hors de l’Etat de lui nuire, son demi-frère Kpatcha. Apres les longs mic-mac qu’il a cautionnés à servir aux partenaires sur la question des reformes depuis 2014, le chef de l’Etat qui se retrouve aujourd’hui dans un mouchoir de poche doit plutôt jouer à sauver son image en laissant manifester librement les togolais qui ne se reconnaissent pas dans sa gouvernance. Pour montrer qu’ils ne sont plus prêts à se laisser duper, Washington vient de monter, d’un cran, sa colère. Dans une déclaration rendue publique hier par le porte-parole du Département d’Etat, les Etats-Unis se disent «profondément préoccupés par l’escalade de la violence et les restrictions de la liberté d’expression et de réunion au Togo liée aux manifestations sur les réformes constitutionnelles au Togo». Les américains se disent, par ailleurs, très indignés par la décision du gouvernement togolais de restreindre la liberté de manifestation dans la semaine et d’arrêter un Imam à Sokode. Comme l’ambassadeur américain en poste au Togo l’avait demandé très tôt, Washington invite, une fois encore, le gouvernement et l’opposition à engager un dialogue sans conditions préalables. Dans la foulée, Alassane Ouattara, en marge de a rencontre au Niger, est revenu sur les mêmes préoccupations avant de menacer qu’il faut que les auteurs des violences soient sanctionnés…
 
Autrement, c’est continuer par se moquer éperdument de la diplomatie américaine, qui avait pourtant offert très tôt, sa médiation sur la question des reformes. C’était en 2015 lors de la célébration à Lomé de la fête nationale du pays de l’Oncle Sam. Et lorsque cette dernière, par ailleurs première puissance mondiale tournera politiquement le dos au pouvoir de Lomé, il serait donc facile à d’envisager la suite logique de l’histoire. Elle pourrait s’écrire sans le Prince de Lomé. Et les exemples sont d’ailleurs légion. Le pouvoir de Lomé a donc les 07, 08 et 09 Octobre prochains pour se rattraper face aux marches annoncées par l’opposition sur ces dates !
 
Source : Fraternité
 

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