Reprise des écoles à l’opposant Fethullah Gülen : Le régime RPT/UNIR soutient la dictature turque

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Le mouvement de prise de contrôle des écoles appartenant à l’opposant turc Fethullah Gülen touche le Togo. La décision a été prise lors de la visite du ministre turc des Affaires étrangères, de rendre au régime de Erdogan, à travers la Fondation Maarif, les écoles créées par l’opposant turc.   

Le 20 juillet 2020, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, a effectué une visite au Togo. Il s’est entretenu avec son homologue togolais, Robert Dussey et a été reçu par le chef de l’Etat. Un communiqué a été rendu public pour situer l’opinion sur les échanges qui ont eu lieu entre les deux chefs de la diplomatie. On y apprend, entre autres, l’exemption réciproque de visas entre les deux pays pour leurs ressortissants disposant d’un passeport diplomatique, la signature d’un protocole et d’un mémorandum d’entente, la contribution de la République turque à la réalisation du Plan national de développement (PND), et l’ouverture prochaine d’une ambassade turque au Togo.

Les questions sécuritaires et commerciales étaient également abordées. Mais ce qui a été passé sous silence, c’est la décision du Togo de transférer la gestion des écoles de l’opposant turc Fethullah Gülen à la Fondation Maarif. Une décision qui a une importance capitale et montre le positionnement du gouvernement togolais vis-à-vis de la crise sociopolitique qui sévit en République turque.

Fethullah Gülen devenu opposant

Pour comprendre les enjeux de la création de la Fondation Maarif, il faut remonter à une dizaine d’années. Au début des années 2000, l’un des soutiens du régime du président turc Recep Tayyip Erdogan est l’actuel opposant Fethullah Gülen. Ce dernier a soutenu tous les gouvernements mis en place par le président de la République. Mais à partir de 2010, Fethullah Gülen a commencé à porter un regard critique sur les choix d’Erdogan, même en ce qui concerne la politique étrangère menée par la Turquie. La tension entre les deux hommes a duré jusqu’en 2013.

Mais les choses se compliquent davantage en 2014 à la suite de révélations d’affaires de corruption impliquant des ministres et cadres du parti au pouvoir. Le mouvement Gülen, accusé par Erdogan d’être à l’origine de ces fuites, est accusé de tentative de déstabilisation. Dans la répression qui a suivi, un mandat d’arrêt est lancé contre Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis, dont l’organisation a été déclarée terroriste. Elle est depuis désignée par la Fethullahist terror organization (FETO).

Le pont est définitivement rompu au lendemain de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016. Un  coup d’Etat que les autorités turques attribuent au mouvement de Fethullah Gülen. Plusieurs milliers de personnes impliquées dans l’organisation de cette éviction ratée ou simplement soupçonnées d’appartenir au mouvement de Gülen ont été arrêtées et mises en prison. Dans la Police, l’armée, la justice, l’enseignement, des purges des partisans de Gülen sont organisées. En plus de cette purge, Ankara cherche à affaiblir l’opposant sur le plan financier.

La prise de contrôle des écoles de Gülen

Pour atteindre « le maître » lui-même, les autorités turques créent la Fondation Maarif dont la principale mission est de prendre le contrôle des écoles créées à travers le monde par Gülen.  Près de 800 écoles sont concernées par cette reprise. Dans une interview accordée en juin 2018 à Jeuneafrique, Birol Akgün, président de la Fondation Maarif, déclare que sa structure est présente dans quarante-deux pays à travers le monde. « Notre fondation est indépendante. Nous n’avons pas de contacts réguliers avec le président de la République, mais sans doute les autorités turques emploient-elles des canaux diplomatiques pour faire part à leurs interlocuteurs africains de leurs préoccupations [concernant la menace guléniste, ndlr]. De notre côté, nous nous tenons prêts lorsqu’il faut apporter des solutions dans le domaine de l’éducation », a rapporté Jeuneafrique.

Cette diplomatie est menée un peu partout à travers le monde, surtout dans les pays où la Turquie a de l’influence, mais elle est plus active dans la zone Asie, Afrique et Europe de l’Est.

Togo-Turquie, un couple de dictateurs

A travers cette visite du diplomate turc et les concessions obtenues du Togo, le régime des Gnassingbé confirme son attachement à l’idéologie dictatoriale. Le soutien devenu ennemi juré, le Togo en a vécu, et en abondance. Sow Bertin Agba, Pascal Bodjona, Agbéyomé Kodjo, Kpatcha Gnassingbé… tous ont été à un moment de leur existence des soutiens de taille de Faure Gnassingbé. Mais ils ont également perdu cette « proximité » avec le fils de Gnassingbé Eyadéma, dans des conditions qui ont ameuté le monde entier.

La traque de l’opposant, à l’instar de ce qui se passe actuellement sous le président Erdogan, le Togo en est un champion. Il y en a même eu dans le cercle familial du chef de l’Etat. Le soutien de Lomé à Ankara dans la reprise des écoles de l’opposant Gülen n’est que service rendu à un dictateur par son alter ego. Autant l’opposition et le peuple qui le soutient souffrent au Togo, autant des misères sont faites à ceux qui, en Turquie, n’épousent pas les méthodes de gestion du bien public par le président turc. Des « Fethullah Gülen », le Togo en compte aussi.

Pour ces deux pays, la meilleure arme pour rester dans le cercle des nations demeure le sujet tabou de la lutte contre le terrorisme. La Turquie a, quant à elle, une seconde arme, celle de la lutte contre l’immigration.

G.A. / Liberté Togo

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